Les réseaux sociaux autant, il est vrai dans une moindre mesure, les médias sont jonchés de fake news, ces allégations ou imputations de faits, inexactes ou trompeuses. Très rares sont les pays qui en sont indemnes, surtout ceux où la liberté d’expression est un exercice de tous les instants, constitutionnellement et légalement garanti comme en Tunisie où on a pris l’habitude d’en faire des tonnes, le plus souvent dans l’impunité totale. Non parce qu’il n’y existe pas de lois qui répriment les contrevenants, mais essentiellement parce qu’elles sont rarement appliquées, et si il leur arrive de l’être, elles le sont à dose homéopathique.
C’est dans cette configuration qu’il a été important de souligner, que vient de circuler avec grand fracas une « information » qui nous apprend que « le FMI vient de reporter sine die la visite de son directeur Moyen-Orient et Asie Jihad Azouz, prévue le 30 juin, et menace de geler sa prochaine tranche d’aide financière ». Et dans un remarquable esprit de suite, la même source ajoute que « le FMI et d’autres bailleurs de fonds auraient aussi fait savoir à Tunis qu’ils ne se contenteraient bientôt plus de la seule signature de l’Etat tunisien pour garantir de futurs emprunts, exigeant des garanties réelles (infrastructures, entreprises publiques) soient gagées en échange des sommes prêtées ». Traduisez : la Tunisie sera mise sous la tutelle du FMI qui aura ainsi un droit de regard absolu sur son économie et les secteurs y associés, et à terme confisquera sa souveraineté.
L’information, dûment colportée et emballée pour faire vrai qualifie rigoureusement son auteur, le site Maghreb Confidentiel, servilement relayé par certains médias locaux qui en ont fait leurs manchettes et leurs choux gras en y mettant du leur. Et pour faire bonne mesure, ils ont pris soin d’agrémenter- le plus innocemment et subtilement du monde- leur production d’emprunts puisés dans maints communiqués où le Fonds monétaire international distillait ses recommandations et autres injonctions déguisées.
Des officines d’inquisition
Il ne faut pas être clerc en la matière pour se convaincre que l’on est, dans le cas de l’espèce, dans un cas d’école d’une campagne inavouée orchestrée contre le gouvernement en place et singulièrement celui qui le dirige pour le jeter en pâture à l’opinion publique et en faire le coupable tout désigné de ce qui fait de mal dans le pays, avec une gestion hasardeuse de la chose publique ayant pour corollaire des résultats qui effarouchent même son principal soutien financier, en l’occurrence le couple FMI-Banque mondiale, et incidemment tous les autres bailleurs de fonds. Déjà des officines d’inquisition étaient en place çà et là pour instruire des catilinaires de la même eau avec des griefs voisins qui renvoient en fait à des règlements de compte politiques portant la marque d’une guéguerre politicienne dont le pays éprouve le cruel besoin de faire l’économie.
Car, en définitive, ce ne sont pas les personnes que l’on cherche à faire passer sous les fourches caudines, qui paieront les pots cassés. C’est tout le pays et d’abord son économie, déjà claudicante, qui en feraient immanquablement les frais, et des plus nocifs, alors que les indicateurs économiques et financiers commencent à signer un léger mieux décliné dans une croissance de 2,5% programmée pour faire encore mieux, une balance commerciale qui se redresse, un chômage qui se rétrécit et surtout un déficit budgétaire dont on peut raisonnablement espérer qu’il sera ramené au taux prévu de 4,9%.
S’écharper, mais pas aux dépens du pays !
Certes, il est de bonne guerre que les politiques s’écharpent et se cherchent des noises en puisant dans un catalogue aux contours imprécis voire illimités. Les nôtres en font ample usage que ce soit dans l’hémicycle du parlement ou ailleurs en ayant recours parfois à des procédés pas toujours orthodoxes. Mais dès lors que l’intérêt général du pays est en cause, comme c’est le cas pour la question qui nous occupe, il y a péril en la demeure. Et les intox qui sont actuellement propagées sont ostensiblement frappées de ce sceau. Vox populi vox dei, semblables informations sont susceptibles d’acquérir de la véracité surtout aux yeux des investisseurs tant domestiques qu’étrangers qui auront alors assez de raisons de faire faux bond et chercher ailleurs.
Les faits sont têtus
Le fait est, cependant, que ces fake news ne sont pas en train de gagner le crédit que leurs auteurs s’échinent à leur donner. Le Fonds monétaire international tiendra bel et bien son Conseil d’administration pour donner le feu vert au déboursement de la présente tranche de son crédit. Ce sera le 6 juillet prochain, a affirmé le Directeur de son département de la communication, Gerry Rice. Le FMI n’a pas ordonné à son directeur Moyen-Orient et Asie Jihad Azouz de reporter sine die sa visite prévue le 30 juin en Tunisie où il n’y sera pas à cette date pour de strictes considérations de calendrier. La Banque Mondiale accordera une ligne de crédit de 500 millions de dollars, pour soutenir les réformes-clés visant à promouvoir l’investissement privé, améliorer la sécurité énergétique et financer l’énergie verte en Tunisie. Surtout, le FMI a, dans sa dernière Revue, « pris bonne note des progrès enregistrés par la Tunisie dans l’application des réformes structurelles ».
Si après tout cela, on se prend à parler de « relations [qui] se dégradent à vue d’œil entre le FMI et la Tunisie », c’est au mieux grotesque, au pire malveillant.








