AccueilLa UNEAprès Moody’s pour l’économie, Fitch enfonce le clou pour le risque politique

Après Moody’s pour l’économie, Fitch enfonce le clou pour le risque politique

Ce n’est pas totalement la loi des séries, mais cela y ressemble. Après avoir vu la perspective de sa note souveraine dégradée de stable à négative par l’agence de notation Moody’s, la Tunisie vient d’essuyer une évaluation de la même eau infligée par Fitch Solutions Macro Research qui a réduit son score de l’indice de risque politique à court terme de 61,5 sur 100 à 56,9, sachant qu’un score élevé désigne un risque faible et vice versa.

Fitch Solutions avance trois raisons majeures à l’appui du score décerné. D’abord, les tensions politiques augmenteront fortement avant les élections législatives et présidentielles de 2019. Ensuite, le sabordage de la coalition entre Nidaa Tounes et le mouvement Ennahdha paralysera le processus décisionnel, amenuisant, ce faisant, les possibilités de mise en œuvre de réformes économiques. Enfin, le vide politique et la dérive politique qui en résultent frustreront les Tunisiens et risquent d’aggraver les troubles au cours de l’année à venir.

Des tensions politiques exacerbées

C’est que, estime Fitch Solutions, la lutte pour le pouvoir au sein de Nidaa Tounes a entraîné une volatilité politique considérable, alors que le parti Ennahdha semble, du moins à ce stade, bien placé pour sortir plus fort des élections législatives de 2019, pour autant que Nidaa enregistre davantage de scissions. S’agissant particulièrement des Présidentielles, il est spécifié que le président Caïd Essebsi aura 93 ans à la fin de 2019, ce qui soulève des questions quant à la durée de son mandat. Parmi les autres candidats possibles figurent Youssef Chahed et le fondateur d’Ennahda, Rached Ghannouchi, âgé de 77 ans. « En attendant, nous ne pouvons exclure le report des élections, comme le préconisent certaines personnalités politiques. Cependant, ce serait une initiative très controversée, car cela susciterait la colère de l’opinion publique et nourrirait l’incertitude et la dérive politique », ajoute l’analyse qui s’attend à ce que « la rivalité entre BCE et le chef du gouvernement, Youssef Chahed, exacerbe les risques.

Au demeurant, assènent-ils, cette rivalité « croissante » est au cœur de l’impasse politique actuelle. Youssef Chahed, âgé de 43 ans, représente une génération de politiciens plus jeune, mais le président de la République soutient son fils Hafedh Caid Essebsi, 57 ans dans la lutte pour le pouvoir et le contrôle de Nidaa Tounes. Les sondages indiquent que Chahed est très populaire, alors que le Hafed Caid Essebsi est profondément impopulaire. « À la suite de la lutte pour le pouvoir, le président a suspendu à la mi-septembre Chahed du parti, bien que ce dernier cherche à conserver le poste de chef du gouvernement avec le soutien d’Ennahdha », souligne Fitch Solutions.

L’instabilité politique retardera les réformes

La politique tunisienne étant en pleine mutation, le gouvernement et le parlement ne sont pas en état de mettre en œuvre les réformes économiques souhaitées par les entreprises et les investisseurs. En particulier, le FMI a fait pression sur le gouvernement pour raboter les subventions, limiter la taille du secteur public et remédier à l’inefficacité des entreprises publiques. Cependant, de telles réformes sont difficiles à mettre en œuvre, même dans le meilleur des cas, et seront beaucoup plus difficiles à l’être dès lors que les hauts dirigeants politiques mènent une lutte pour le pouvoir et souhaitent éviter des changements impopulaires avant les élections. Dans le même temps, souligne Fitch, l’organisation syndicale, l’UGTT, a appelé à des grèves pour exiger des salaires plus élevés et un gel des coupures dans les emplois publics. Étant donné que le taux de chômage des jeunes dépasse déjà 30%, toute nouvelle augmentation importante du chômage pourrait entraîner des troubles sociaux, estime l’analyse.

Le risque du vide politique pour la sécurité

Les autorités tunisiennes resteront vigilantes face à la menace persistante du terrorisme islamiste, note Fitch, qui évoque l’attentat-suicide perpétré, le 29 octobre, par une femme de 30 ans dans le centre de Tunis. Il semble que la femme ne soit liée à aucun groupe radical et les premier éléments disponibles indiquaient qu’elle était une diplômée sans emploi titulaire d’un diplôme en anglais. Indépendamment de ses motivations ou de ses affiliations, relève l’agence, cet attentat-suicide est le premier attentat connu dans la capitale depuis 2015 et le premier dans le pays depuis mars 2016. Cet attentat pourrait exacerber les divisions politiques avant les élections de 2019, alors que les partis laïcs et leurs partisans pourraient chercher à l’imputer à l’idéologie islamiste, même si cette dernière est pacifique. Les partis islamistes et leurs partisans pourraient craindre qu’un durcissement des mesures de sécurité puisse être utilisé pour sévir contre eux ou laisser présager un système politique plus autoritaire.

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