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Ce que les Etats-Unis doivent apprendre de la Tunisie en matière d’égalité des femmes, selon Carnegie

Un nombre sans précédent de femmes, en particulier des femmes de couleur, siègeront au Congrès américain en janvier. A l’enseigne de ce qui a été convenu d’appeler une autre Année de la Femme, 272 candidats au Congrès et à la fonction gubernatoriale sur 964 étaient des femmes. Mais même avec cette vague, les femmes ne représenteront que 21% du Congrès en 2019, et occuperont environ un quart des sièges dans les assemblées législatives des États. Ces chiffres sont minimes par rapport à la toute fraîche démocratie du monde, la Tunisie, où 36% des parlementaires et près de la moitié des élus locaux sont des femmes.

Un hommage appuyé à la femme tunisienne, certes, mais venant d’une fondation aussi prestigieuse que Carnegie et de son think tank éponyme si influent, cela prend un relief tout particulier. D’autant plus qu’il est jumelé à l’interrogation « Pourquoi un pays qui a ratifié sa première constitution démocratique il y a à peine quatre ans a-t-il élu plus de femmes que la plus ancienne démocratie du monde? ». En deux mots: quotas de genre, répond Carnegie qui, explique que « le succès de la Tunisie est dû à la combinaison de mesures descendantes/ascendantes.

Les quotas de genre sont passés par là !

« La Tunisie est célèbre dans le monde arabe pour sa position en faveur de l’égalité des femmes. C’est l’une des lois les plus progressistes au monde en matière de parité hommes-femmes. Cette loi oblige les partis politiques à répartir à parts égales les membres de leurs listes de candidats entre hommes et femmes et à faire en sorte que la moitié de leurs listes soit dirigée par une femme. Ces mesures s’inscrivent dans la continuité de la Constitution tunisienne de 2014, selon laquelle les hommes et les femmes «ont des droits et des devoirs égaux et sont égaux devant la loi, sans discrimination aucune».

Les quotas de genre sont efficaces en partie car ils obligent les électeurs à choisir des candidates, et se traduisent par un nombre plus élevé de femmes élues, ce qui signifie qu’avec le temps, l’électorat ne voit pas la participation politique des femmes comme quelque chose sortant de l’ordinaire. Sans quotas, la différence est flagrante. Cela assure les candidates potentielles d’un plus grand nombre de sièges, mais devrait également entraîner des changements à plus long terme dans l’idée que l’on se fait des femmes qui occupent des postes politiques.

Cela s’est confirmé en Tunisie, note Carnegie qui cite un sondage Afrobaromètre réalisé en 2018 où 67% des Tunisiens sont d’avis que «les femmes devraient avoir les mêmes chances d’être élues à des fonctions politiques que les hommes», contre 58% en 2013. Aux États-Unis, où le nombre d’élus reste faible, les attitudes de la société à l’égard de la participation politique des femmes n’ont pas suivi la hausse observée chez les candidates. Un sondage Pew de juin 2018 a révélé que seulement 48% des Américains estimaient qu’il devrait y avoir un nombre égal d’hommes et de femmes aux postes électifs.

Encore des progrès à faire

Les quotas sont la première étape pour offrir des opportunités aux candidates et pour familiariser le public avec l’idée de la représentation féminine. Mais ils ne suffisent pas pour autonomiser pleinement les femmes. La Tunisie a peut-être progressé au scrutin, mais ses femmes continuent de faire l’objet de discriminations au sein de l’establishment politique. Malgré le nombre élevé de femmes au parlement, les femmes ne détiennent que trois sur vingt-neuf portefeuilles ministériels. Souad Abderrahim, la première femme élue maire de Tunis, a récemment déclaré : «Changer la mentalité masculine du peuple est notre plus grand défi. Les réactions négatives à mon élection en sont la preuve. « 

Le rôle catalyseur de la société civile

Les dispositions constitutionnelles garantissant l’égalité des droits des femmes et les lois électorales avant-gardistes ont vu le jour en Tunisie grâce à une société civile puissante (syndicats, organisations non gouvernementales, etc.) qui réclamaient l’égalité des sexes. Les pressions politiques externes exercées par la société civile par le biais des manifestations et du tollé général ont obligé les représentants du gouvernement à y attacher beaucoup d’attention. En conséquence, la Tunisie a non seulement inscrit des quotas électoraux par sexe dans la loi, mais a également adopté une loi historique interdisant la violence à l’égard des femmes en 2017. Le Conseil des ministres a récemment adopté un nouveau projet de loi instaurant l’égalité successorale entre hommes et femmes, rappelle Carnegie, en attendant que le texte soit discuté et très probablement adopté par le parlement.

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