Dans l’attente de l’accès au niveau 3 de la stratégie de lutte contre la propagation du coronavirus qui ne saurait tarder, la Tunisie fait du mieux qu’elle peut pour limiter les dégâts, en se barricadant, pour voir le bilan des cas de contamination confirmés suivre une courbe dont on pourrait dire tout sauf qu’elle est exponentielle. A ce jour (jeudi 19 mars) on en dénombre 39, mais aussi zéro décès et un cas de guérison totale.
Mais hormis quelques ratés mis sur le compte de l’incivisme de nombre de citoyens, la Tunisie s’est astreinte à une évidente discipline, d’abord en ne baissant pas la garde, et ensuite, en s’inscrivant dans une communication transparente, adossée à des approches cohérentes, mises en œuvre par des ressources humaines compétentes et dévouées.
On pourrait en dira autant mutatis mutandis des pays voisins de la Tunisie, singulièrement l’Algérie et le Maroc où, pourtant, « le secteur de la santé est une zone de vulnérabilité critique, mais où les systèmes de soins de santé publics et privés sont présents dans tous les pays d’Afrique du Nord », a déclaré Theo Wye, analyste de la région MENA au cabinet de conseil en risques S-RM, basé à Londres, au site Al-Monitor. « La facilité d’accès et les options de traitement favorisent fortement ces derniers. En outre, l’efficacité du traitement et du diagnostic de la COVID-19 sera probablement différente entre les zones rurales et urbaines, ce qui rendra la véritable propagation du virus très difficile à évaluer », ajoute-t-il.
Ces différences entre les villes et les campagnes ainsi que les niveaux de pauvreté en Afrique du Nord sont également susceptibles de façonner la propagation du virus. En Europe, si les mesures d’auto-isolement ont provoqué des perturbations, imposer les mêmes restrictions à de nombreux travailleurs faiblement rémunérés en Afrique du Nord pourrait s’avérer presque impossible. « En Égypte et en Tunisie, par exemple, on ne sait pas vraiment comment les travailleurs faiblement rémunérés [tels que les chauffeurs de taxi, les serveurs et les travailleurs agricoles] vont se débrouiller sans aide. Pour beaucoup, ce n’est pas vraiment une option », a indiqué Edna Bonhomme, post-doctorante à l’Institut Max Planck d’histoire des sciences.
Combien de temps cela va durer ?
Les personnes infectées étant incapables de s’isoler, l’Afrique du Nord risque de reproduire l’expérience de la Chine, les premières infections se propageant principalement par le biais des cercles familiaux. Les premiers indices sont venus d’Algérie, où 16 membres d’une même famille de la province de Blida sont tombés malades après avoir accueilli un visiteur français et sa fille en février. « Tant de gens vivent au jour le jour », poursuit Bonhomme. « Sans soutien du gouvernement ou même sans aide pour la garde des enfants, je ne sais pas comment ils vont s’en sortir ».
On ne sait pas exactement quel soutien les gouvernements seront en mesure d’apporter à leurs citoyens face à la pandémie. La Tunisie et le Maroc ont déjà vu leurs secteurs du tourisme, domaines d’emploi clés, frappés par des interdictions de voyager. Il est impossible de prédire combien de temps ces restrictions vont durer. En Afrique du Nord, comme dans le reste du monde, les perspectives économiques sont sombres.
« Actuellement, la situation autour du COVID-19 évolue et il est difficile de juger de manière fiable de l’impact exact sur des économies spécifiques », a écrit Cvete Koneska, responsable de l’analyse chez S-RM. « Ce que nous pouvons dire avec certitude, c’est que l’économie mondiale sera affectée et que les économies nord-africaines ne seront probablement pas à l’abri d’un ralentissement mondial ».
Et d’ajouter : « La mesure dans laquelle certaines économies nord-africaines seront gravement touchées dépendra de leur résilience et de leur capacité à résister aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, aux restrictions en matière de voyages et de commerce et aux pénuries de main-d’œuvre ».
La Tunisie bien placée pour résister à la tempête
Etant donné leur dépendance vis-à-vis du tourisme, il se peut que les économies plus diversifiées de la Tunisie et du Maroc soient les mieux placées pour résister à la tempête, a expliqué Koneska. « Toutefois, il existe peu de précédents pour évaluer l’impact des pandémies mondiales sur les économies nationales, de sorte que nous puissions voir émerger un modèle de reprise économique différent des chocs extérieurs précédents », a-t-elle conclu.
Dans toute l’Afrique du Nord, l’inquiétude de l’opinion publique s’accroît et les appels à des réponses plus fermes de la part des gouvernements se font de plus en plus pressants. En Tunisie, l’une des seules démocraties de la région, des groupes de la société civile et des hommes politiques ont adressé une pétition au président pour qu’il impose un couvre-feu et déploie l’armée, des mesures, que des gouvernements plus autoritaires seraient mieux à même de mettre en œuvre. Le président de la République tunisienne a décrété, le 17 mars courant, le couvre-feu dans tout le territoire national [Ndlr].
Personne ne sait comment le coronavirus peut se propager en Afrique du Nord. La maladie est trop récente et son apparition l’est tout autant pour que l’on puisse faire des prévisions fiables. Tout ce que nous pouvons dire avec certitude, c’est qu’elle est bien là.
Synthèse & traduction AM








