On s’était dit, en écoutant l’allocution vendredi soir du chef de l’État, qu’il fuyait l’annonce claire et nette du confinement total dans une déclaration qui sentait l’indécision à des kilomètres à la ronde. Une indécision qui l’a amené à renier publiquement l’objet même de son projet qu’il résumait alors par le gouvernement par la base. Publiquement, il mettait en garde les gouverneurs contre le fait de déroger aux instructions de la centrale du pouvoir qu’il représentait.
Quelques heures plus tard, en lisant le communiqué de la présidence du gouvernement, transformée pour l’occasion en « traducteur assermenté » du discours-énigme du chef de l’État, on avait aussi l’impression qu’il lissait, lui aussi, les mêmes mesures annoncées par Kais Saïed. C’était comme s’ils s’étaient déjà entendus sur la question du confinement. L’un et l’autre voulaient l’éviter et ont fini par la lisser à un point tel qu’ils avaient fini par l’éviter. Et c’est ainsi un confinement, total et général, mais qui ne concernera pas ceux qui travaillent dans les secteurs, publics et privés, jugés vitaux de la nourriture (agricole et agroalimentaire), la santé, l’administration, la justice, l’énergie, la sécurité, l’eau, le transport, les télécommunications, l’hygiène et les activités industrielles essentielles. Autant dire tous les travailleurs, publics et privés, dans presque 90 % des secteurs économiques.
Des sources financières, officielles, ont indiqué à Africanmanager que les banques, publiques et privées, ne seront pas concernées par le confinement, tout comme la bourse de Tunis, et aussi les supérettes et les supermarchés, mais pas les Malls.
Réagissant au communiqué du chef du gouvernement, Aymen Errayes écrivait sur sa page : « juste par curiosité, qui est de mes amis qui n’est pas dans un de ces secteurs : Agroalimentaire, santé, administration, judiciaire, énergie, sécurité, eau, transports, communications, médias, hygiène et activités industrielles vitales ».
En effet, c’est à la fin une décision de confinement, totale et générale mais qui exclut tous ceux qui travaillent, qui avait été annoncée par le chef de l’Etat et confirmée par le chef du gouvernement. Une décision fortement critiquée, car n’appliquant pas le principe de la distanciation que nécessite le confinement sanitaire. Le communiqué du chef du gouvernement n’a pas non plus expliqué les côtés pratiques de l’application du confinement. Le gouvernement n’a pas ainsi expliqué comment il comptait interdire les déplacements entre les villes (exemple Tunis, Ariana, Ben Arous, Nabeul Hammamet qui sont des villes mitoyennes et serrées les unes aux autres), ni expliquer comment avoir l’autorisation de rompre le confinement, qui donnera cette autorisation, et comment y accéder sans sortir de chez soi. Manifestement donc, le document de la présidence du gouvernement a été fait à la hâte, et resté dans l’ambigu.
- Ce qu’en pense Taoufik Rajhi
Pour l’ancien ministre Taoufik Rajhi qui nous faisait part de quelques réflexions à propos du traitement gouvernemental de la pandémie de Coronavirus, “ la lutte contre la crise sanitaire est la priorité des priorités et toutes les ressources financières requises par le ministère de la Santé doivent être fournies sans aucune hésitation”.
Pour l’ancien ministre en charge des Grandes réformes, “la politique budgétaire devrait être orientée principalement pour faire face aux impacts sociaux, même au détriment de l’investissement en infrastructure. Les difficultés financières de certaines couches sociales, en particulier dans le secteur privé, se transformeront en besoins importants de liquidités. Les nouvelles mesures et les nouveaux transferts sociaux directs doivent être programmés avant la fin du mois”.
Et alors que la Tunisie attendait une nouvelle sortie télévisée d’Elyes Fakhfakh qui devrait annoncer des mesures, sociales et économiques, pour les citoyens confinés et les entreprises qui seront touchées par le confinement, Taoufik Rajhi estime nécessaire de “soutenir les entreprises économiques en fournissant des liquidités d’abord, des liquidités en deuxième lieu, puis des liquidités en troisième lieu, directement par l’intermédiaire des banques ou les nouveaux fonds créés à cette fin et de diverses manières, comme retarder le paiement des versements et d’autres”.
L’ancien ministre du gouvernement Chahed recommande “la signature d’un accord-cadre entre le gouvernement et l’UTICA, CNAM et CNSS qui prévoit les modalités et les mesures nécessaires pour maintenir le pouvoir des salariés dans les entreprises ont cessé leurs activités entièrement ou partiellement en raison de l’épidémie et de continuer à bénéficier d’une couverture sociale jusqu’à l’été”.
Pour lui, “l’endettement et les déficits budgétaires sont des questions importantes, mais aujourd’hui, elles sont secondaires. La politique monétaire devrait se concentrer sur la fourniture des liquidités à tous : les banques, entreprises et Etat, et elle doit sortir de l’utilisation des instruments traditionnels et adopter une politique monétaire non conventionnelle. Permettre au Trésor public d’obtenir des facilités de caisse ne fait pas partie des instruments de la BCT tel qu’il est exposé dans la loi de la BCT alors que les lois d’autres banques centrales le permettent (par exemple, la nouvelle loi de la Banque centrale du Maroc adoptée récemment lui permet d’octroyer auTrésor public une facilité de caisse qui ne dépasse pas 5% des recettes fiscales de l’année écoulée et pour une période limite de 120 jours par an non renouvelable ou l’ancien statut de la Banque de France qui permet au trésor et la banque centrale de signer une convention de facilité de caisse ratifiée par la Chambre des représentants). La facilité de caisse n’a rien à voir avec la planche à billet et la crise actuelle a montré sa pertinence et le besoin urgent de l’inclure dans les statuts de la BCT”.
La crise du Coronavirus ne devra cependant pas faire oublier au gouvernement la nécessaire et urgente mobilisation des ressources financières extérieures qu’il juge « question clé et nous devons commencer aussi à préparer des dossiers pour obtenir le soutien des fonds internationaux récemment créés pour lutter contre l’épidémie comme la Banque mondiale, le FMI et d’autres”.
Ancien négociateur pour la Tunisie avec le FMI notamment, Rajhi conseille de « discuter de la question du glissement du calendrier de remboursement de la dette des institutions internationales et des pays amis tout en respectant le calendrier de la dette des marchés financiers. Techniquement, c’est possible et n’est pas considéré comme un rééchelonnement de la dette”.









Finalement on ne sait pas si on peut travailler ou non … et surtout qui prendra en charge les salaires des personnes empêchées de travailler ??