AccueilLa UNEDevrions-nous soutenir ou diaboliser notre secteur privé ?

Devrions-nous soutenir ou diaboliser notre secteur privé ?

Le 12 mars 2020, le Président français a dit : « il y a des services qui ne doivent pas être laissés aux lois du marché. Ainsi, l’alimentation, la protection et la capacité à soigner ne doivent pas être déléguées et laissées aux règles du marché ». Cette règle n’est pas nouvelle, et chaque fois, les grandes crises nous la rappellent. Cependant, on finit toujours vite par l’oublier. Selon cette règle, L’Etat doit donc maintenir en permanence des stocks minimums de certains produits (céréales, pétrole, médicaments, semences, …), et effectuer des investissements minimums dans certains secteurs prioritaires (santé, éducation, sécurité, etc.).

Chez nous, la crise de 2008 a montré l’importance du secteur alimentaire. Je me rappelle qu’avec de l’argent comptant et à des prix anormalement élevés, l’Office des Céréales n’arrivait pas à assurer facilement l’approvisionnement normal du pays en céréales. Puis, la crise du terrorisme a mis en relief nos fragilités en matière de sécurité et l’importance des moyens à engager pour y remédier. J’entends par sécurité, celle des biens, des personnes, du territoire et de plus en plus des données nationales et individuelles.

La mainmise sur ces dernières par une partie étrangère peut faire perdre à un pays sa propre souveraineté et même ses dirigeants pourraient être choisis par ses pires ennemis (on a beaucoup parlé ces derniers mois de l’intervention des services secrets étrangers dans les élections américaines, le référendum sur le Brexit, diverses élections africaines dont nos dernières). Et dernièrement, la crise sanitaire a mis à nu les négligences subies au cours des dernières années par notre système de santé (désertification des hôpitaux et fuite du personnel médical d’abord vers le secteur privé puis vers l’étranger). Mais, avec ses moyens très limités, l’Etat a toujours besoin du secteur privé dans les domaines qui sont moins prioritaires.

Certains pays, dont la Tunisie des années 70 à 90, n’ont épargné aucun effort (sous forme de subventions parfois très généreuses et de fiscalité plus ou moins incitatrice) pour favoriser l’émergence d’un secteur privé capable d’assurer sa relève.

Mais malheureusement depuis les années 2000, la corruption a frappé ce secteur en Tunisie et l’a complètement gangrené au cours des dernières années. L’instabilité politique et les difficultés de financement du trésor sur le marché extérieur et son recours au financement intérieur ont engendré un effet d’éviction du secteur privé qui ne peut plus se financer normalement auprès du secteur bancaire à cause de l’assèchement de ses liquidités. La fiscalité n’a pas non plus été neutre et a encore fortement handicapé sa survie.

Malgré toutes ces difficultés, avec la crise sanitaire, différentes parties (syndicat, médias, politiciens, etc.) sont de plus en plein enclines à diaboliser le secteur privé. De même, au moment où d’autres pays n’arrêtent pas d’annoncer tous les jours des nouvelles mesures pour soutenir leur secteur privé afin d’éviter les multiples faillites et la mise en chômage d’une population de plus en plus grande, notre gouvernement n’arrête pas de brandir de plus en plus haut sa menace de surtaxer le secteur privé, qui est en bonne partie en grandes difficultés, s’il n’intervient pas pour l’aider.

Mohamed Ali Daouas

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