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L’outrageusement optimiste

C’est, malheureusement désormais, le seul responsable tunisien à parler de la situation économique. Pour le chef de l’Etat, la seule économie qu’il connaisse, c’est le « Fassed » , les hommes d’affaires qui doivent passer devant sa réconciliation judiciaire, et les Haro sur le complotisme de tous bords. Pour la cheffe du gouvernement, c’est « Circulez, il n’y a rien à voir à La Kasbah ». Chez la ministre des Finances, c’est « motus et bouche cousue », et au ministère du Plan, on planche encore sur les dossiers, le reste est relégué au second plan.  

La Tunisie est pourtant à deux mois d’un nouvel exercice financier, alors que celui de 2021 n’est pas encore clôturé, et que celui de 2022 ne sait toujours pas comment il va être financé. Point de budget 2022, qui donnerait un quelconque éclairage sur l’avenir, n’est à l’ordre du jour, alors que fuitait une loi des finances vite démentie par le ministère du Flous. Une situation inédite depuis l’Lndépendance, mais qui ne semble déranger personne … ou presque !

A la 42ème Assemblée Générale de la Chambre Tuniso-Allemande de l’Industrie et du Commerce qui débattait il y a quelques jours de la « situation économique et perspectives en Tunisie », le Gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), Marouane EL Abassi, a parlé de ce dont personne ne voulait parler, mais il pouvait des fois paraître outrageusement optimiste par rapport à tout ce qui se dit autour de lui

Pour le Gouverneur de la BCT, en effet, « la situation du secteur extérieur en 2020 et 2021 reste soutenable », et il l’explique par la consolidation des revenus du travail qui a permis de maitriser le déficit courant pour revenir à 4,2% du PIB à fin septembre 2021 contre 5,3% une année auparavant.

Il relève une baisse de l’inflation moyenne au cours des neuf premiers mois de 2021 (5,4% contre 5,8%), et explique ce retour des pressions inflationnistes (6,2% en septembre en glissement annuel) essentiellement par l’orientation haussière des cours des matières premières sur les marchés mondiaux.

Il ne nie certes pas qu’il y ait des problèmes de financement du budget, liés au tarissement des ressources extérieures et compte tenu de l’importance des besoins de financement et du déficit budgétaire.

Défendant sa chapelle, El Abassi a estimé que la Banque centrale a privilégié les considérations de stabilité financière en optant pour le sauvetage des entités productives et les emplois, et en gardant à l’esprit la nécessité de veiller à ce que les entreprises préservent leur pérennité pour qu’elles soient prêtes à tirer profit des nouvelles opportunités qui s’offrent à elles, aussi bien sur le plan national qu’international. Et il ne rate pas l’occasion pour rappeler les nombreuses mesures prises par la BCT et destinées à soutenir le pouvoir d’achat des ménages et la viabilité des entreprises. Mais aussi l’effort fourni par la BCT pour contrecarrer les risques de dérapage des équilibres macroéconomiques suite à la détérioration des fondamentaux de l’économie tunisienne enregistrée particulièrement entre les années 2017 et 2018. Cela, à travers les mesures restrictives de sa politique monétaire et macro-prudentielle entamée en 2018. Les années 2020 et 2021 auraient enregistré des résultats économiques plus graves avec des marges de manœuvre plus réduites pour lutter contre la pandémie sanitaire COVID-19, selon El Abassi.

  • De quoi ravir Tabboubi et Saïed

Pour lui, « malgré la conjoncture toujours difficile, des évolutions positives ont été relevées ». El Abassi cite, à ce propos, l’amélioration de la situation sanitaire avec la hausse des taux de vaccination, les perspectives économiques dans la Zone Euro qui demeurent positives, la reprise des exportations et des IDE, notamment dans les industries manufacturières exportatrices dans un contexte de relocalisation des chaînes d’approvisionnement post-COVID  qui devrait booster la croissance économique, et l’amélioration de la situation politique et sécuritaire chez les pays voisins et particulièrement en Libye. Mais aussi, et toujours selon le Gouverneur de la BCT «  la reprise de la production des hydrocarbures en 2021 par des gisements prometteurs de Nawara (31,5% de la production nationale de gaz naturel) et Halk el Manzel (14,2% de la production nationale de pétrole brut). Aussi, la Tunisie s’est  engagée dans un grand projet d’énergie renouvelable permettant de couvrir 30% des besoins nationaux d’ici 2030, ce qui contribuera à une meilleure maîtrise du déficit énergétique. En dépit des difficultés du financement extérieur, la situation reste soutenable avec une prévision du déficit courant de moins de 7% pour l’année 2021 et des niveaux de réserves de change aux alentours de 130 jours d’importations.

Des paroles qui devraient ravir l’UGTT et rendre bancables ses demandes de nouvelles augmentations salariales. S’inquiéter, comme le font certains experts, en deviendrait presque honteux. Ne rien dire, comme le font le chef de l’Etat et sa cheffe de gouvernement, en deviendrait aussi presque souhaitable !

Mais, nonobstant son optimisme acharné qui s’apparenterait presque à du « tout va bien, Madame La Marquise », le Gouverneur de la BCT ne peut cacher le constat de l’institut d’émission qui considère que « la sortie de la crise ne sera ni facile ni imminente ». Et Marouane El Abassi d’esquisser les solutions. « Pour la Banque Centrale de Tunisie, certaines actions à mettre en œuvre étaient identifiées ». Et il cite ainsi, à court terme, la consolidation d’un plan national de stabilisation macroéconomique avec le soutien des bailleurs de fonds, principalement du Fonds Monétaire International (FMI), parallèlement à l’activation de financement bilatéral pour boucler le schéma de financement.  Par la suite, la mise en œuvre d’un plan de relance économique à même de permettre à l’économie tunisienne de créer de la richesse et de sortir de cette crise aigüe. A moyen terme, il s’agit d’implémenter les réformes structurelles relatives au « climat des affaires », la « caisse de compensation », la résolution des « difficultés des entreprises publiques » … l’objectif étant de sortir de cette situation qui a longuement duré. Quid alors de la Banque Centrale de Tunisie ?

« La BCT continuera avec persévérance à jouer pleinement son rôle quant à la maîtrise des prix et la consolidation de la stabilité financière mais aussi du soutien de l’activité économique dans un contexte caractérisé par des enjeux économiques et financiers importants et des défis considérables à relever. Le futur ne sera que meilleur. Il faudrait reprendre la notion fondamentale de l’économie, à savoir le travail ! », promet  El Abassi sans rien dire de précis !

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