La réunion tenue entre la ministre des Finances, Méchket Salama Khaldi et les présidents des banques a remis au premier plan une problématique à laquelle les finances publiques tunisiennes font face depuis plusieurs années. Il s’agit du recours croissant à l’emprunt intérieur pour couvrir les besoins du budget de l’État, tout en veillant à préserver le rôle des banques dans le financement de l’économie réelle et l’appui à l’investissement.
Lors de cette réunion tenue, mardi dernier au siège du département des finances, la ministre a appelé les établissements bancaires et financiers à poursuivre leur appui au budget de l’État en participant activement aux différentes émissions de bons du Trésor prévues au cours du second semestre, tout en respectant les indicateurs de solidité financière et les normes de gestion prudentielle.
Pour leur part, les représentants du secteur bancaire et financier ont réaffirmé leur engagement à soutenir les efforts de l’État en faveur du maintien de la stabilité financière, dans l’intérêt de la Tunisie, selon un communiqué du ministère des Finances.
Pour l’expert économique spécialisé dans la gestion d’actifs, Arbi Ben Bouhali, cette réunion réflète l’approche du gouvernement visant à renforcer les souscriptions aux titres du Trésor afin de couvrir les besoins de financement au cours de la prochaine période, dans un contexte marqué par des options limitées de financement et l’augmentation des dépenses publiques.
Dans un entretien à l’agence TAP, il a expliqué que cette orientation fait suite à une précédente réunion entre le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT) et les présidents des banques commerciales, au cours de laquelle il a appelé à accroître les financements destinés au secteur privé afin de soutenir l’investissement et la croissance économique.
Cette situation place les banques dans une situation difficile qui consiste à répondre aux besoins de financement de l’État et maintenir leur rôle dans le financement de l’activité économique.
Selon l’expert, les pressions qui pèsent sur les finances publiques s’expliquent par plusieurs raisons, notamment, la persistance du déficit budgétaire chronique, l’alourdissement de la facture des subventions à l’énergie et aux produits de base, ainsi que la faiblesse des recettes fiscales due à l’ampleur de l’économie parallèle, estimée à près de 40 % de l’activité économique. Cette situation prive l’État, selon ses estimations, d’environ 12 milliards de dinars de recettes fiscales par an.
La BCT a injecté près de 25 milliards de dinars dans l’économie au cours des trois dernières années, répartis entre 7 milliards de dinars, puis 7 milliards de dinars, puis 11 milliards de dinars, dans le cadre du financement des besoins de l’État, selon ses estimations.
Et de rappeler que plusieurs institutions financières internationales ont appelé à plusieurs reprises à limiter le recours au financement monétaire du déficit budgétaire en raison des pressions inflationnistes qu’il est susceptible de générer.
Il a souligné que les banques commerciales sont confrontées à des pressions croissantes au niveau de liquidités, notamment avec l’octroi au gouvernement de plus de 33 milliards de dinars de financements en 2025, tandis que les créances douteuses ont atteint environ 19 milliards de dinars, soit 16 % du total des prêts. Parallèlement, le volume de liquidités circulant hors du système bancaire est estimé à environ 28 milliards de dinars, a-t-il encore dit.
Selon l’expert l’orientation des liquidités bancaires vers l’achat des bons du Trésor pourrait limiter la capacité des banques à financer les entreprises privées, un phénomène économique connu sous le nom d’« effet d’éviction du secteur privé » (Crowding-out). En fait, ceci réduit les financements alloués à l’investissement et la production, d’où un impact négatif sur la croissance économique et les opportunités d’emploi.
Il a fait savoir, dans ce sens, que la résolution de ce problème requière des réformes structurelles des finances publiques, dont la rationalisation des dépenses, la réforme du système de subventions, l’élargissement de l’assiette fiscale et le renforcement de l’intégration de l’économie informelle dans le cycle économique afin de réduire la dépendance aux emprunts intérieurs et de permettre aux banques de consacrer davantage de ressources au financement du secteur privé.
Le gouvernement œuvre à mobiliser les ressources nécessaires à l’exécution du budget de l’État, tandis que les investisseurs et le secteur bancaire suivent l’évolution de la politique budgétaire dans les prochains mois, compte tenu des difficultés économiques nationales persistantes et de la volatilité de la conjoncture économique mondiale.
Le défi principal auquel sont confrontées les autorités demeure l’identification d’un équilibre entre les besoins du Trésor et la nécessité d’assurer le financement de l’économie réelle.
La Tunisie renforce son recours à l’emprunt intérieur, un expert met en garde contre un « effet d’éviction » du secteur privé
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