Comme toutes les entreprises publiques, à quelques exceptions près, celles du transport vont mal, très mal. Et c’est en partie dû à un Etat mauvais payeur qui voudrait se faire transporter sans en payer le prix.
La STS, société de transport du Sahel, avait réalisé en 2019 un chiffre d’affaires de 76,752 MDT, grâce notamment à une prime d’exploitation versée par l’Etat tunisien, d’un peu plus de 46 MDT. En tout état de cause, les rentrées financières de l’entreprise publique de transport avaient augmenté de presque 8 MDT. Or, ses charges d’exploitation avaient augmenté plus vite, passant de 75 à 92 MDT, dont plus de la moitié en salaires (46,5 MDT). Et donc, déjà à l’exploitation, l’entreprise affichait un déficit financier de plus de 15 MDT.

– Déficitaire, et pas de peu, mais à cause de ministères mauvais payeurs !
Au final, et après impôts, le déficit montait à 18,555 MDT, le double des 9,3 MDT de 2018. Un déficit, qui représente plus de 23 fois le capital social de la STS, qui n’est que de 0,4 MDT. Autant dire que cette entreprise publique a tout bouffé, et plus de vingt-trois fois son propre capital.
Il est vrai que si seulement les ministères de l’Intérieur et de la Défense remboursaient un jour la STS, à laquelle ils doivent la somme de 15 MDT (13,295 MDT pour l’Intérieur et 1,956 pour la Défense), l’état des finances de l’entreprise publique de transport de Sousse serait nettement mieux, et peut-être même qu’elle serait bénéficiaire et pas que de peu.
A cela, il faudrait ajouter les 1,5 MDT que lui doivent les gouvernorats de Sousse, de Monastir et de Mahdia, et les un peu plus de 1 MDT aussi, que lui devait le RCD dissout et dont les biens ont été, soit repris par l’Etat mauvais payeur, soit distribués ailleurs que pour rembourser ses dettes.
La STS a certes fait provisions de ses créances carbonisées, de 19,748 MDT, qui expliquent aussi ses énormes pertes. Des sommes, qui dénotent cependant d’une mauvaise politique de recouvrement de l’entreprise, dans une conjoncture où d’autres entreprises étaient allés en justice et avaient même fait des saisies pour se faire payer.
– La SRTGN, à 47 % privée, a bouffé 43 % son capital
Comme la STS, la société régionale de transport de Nabeul (SRTGN) avait doublé ses pertes en 2019, et fait même mieux, en les menant de -10,345 MDT en 2018, à 26,504 MDT une année plus tard. Ses revenus d’exploitation ont certes augmenté de 1,471 MDT après les 51,064 MDT de 2018. Mais ses charges ont augmenté plus, passant de 58,2 MDT à 65,6 MDT, dont plus de 29 MDT en salaires et rémunérations. Et son résultat d’exploitation de carrément exploser, doublant et plus, en passant de 7 à un peu plus de 13 MDT. Et au final, c’est un résultat net, plus que déficitaire, de 26,5 MDT en 2019, après les 10,3 MDT de l’exercice 2018. La SRTGN, où 47 % du capital est entre les mains de privés, aura ainsi en 2019, bouffé plus de 40 fois son très modeste capital social de 600 mille DT.

Et encore comme la STS, les CC rappellent que les fonds propres de la SRTGN étaient, en fin d’année, inférieurs à la moitié du capital, un euphémisme puisque le déficit était de 26,5 MDT pour un capital de 600 mille DT, et que l’entreprise se retrouve sous le couperet de l’article 388 du CSC
Et de nouveau, comme pour la STS, ce sont des montants faramineux que doivent des institutions publiques à cette entreprise publique de transport qui, s’ils avaient été versées, changeraient le visage du bilan et son résultat.
Ces sommes, dues par les ministères de l’Intérieur, de la Défense, de la Justice, des Finances, et de l’Office de la protection civile, totalisaient au 31 décembre 2019, un peu plus de 22,87 MDT, que la SRTGN n’a provisionnés q’à hauteur de 13,107 MDT. « Le non-paiement, dans des délais raisonnables, et l’augmentation de ces sommes dues, sont de nature à les rendres encore plus difficiles de recouvrement, ce qui impacte la situation de l’entreprise », font à ce propos remarquer les CC.
Et comme pour la STS, c’est une politique de recouvrement qui laisse à désirer pour une entreprise, déficitaire et pas que de peu, qui se permet un compte clients et rattachés, de plus de 26,178 MDT, et en hausse de 2,752 MDT d’une année (2018) à l’autre (2019)
– Une affaire de corruption en cours
Les CC ont par ailleurs rapporté l’existence d’une plainte, de la direction de la SRTGN contre l’un de ses employés. Ce dernier était en charge du service social. L’objet de la plainte tient à l’existence dans les récépissés des bons de repas, et soupçons de manipulation, faux et usage de faux de documents administratifs, pour faire croire à autrui de l’existence d’un concours pour les recruter, contre monnaie sonnante et trébuchante.








