A la Sopat au 30 juin 2021, les produits d’exploitation dépassaient un peu les 67,3 MDT, en hausse de 13,1 MDT par rapport à la même période de 2020. A la fin de juin dernier et les charges augmentant, l’entreprise du groupe de Kamel BelKhiria était déjà déficitaire de plus de 2,338 MDT.
Un déficit en hausse de presque 1,17 MDT par rapport à juin 2020, et la trésorerie de fin de l’exercice était négative de presque 2,2 MT. Après modifications comptables, le résultat net du 1er semestre chez la Sopat était une perte nette de 3,405 MDT. Les pertes cumulées sont de 43 MDT, contre un capital de 37 MDT.
Expliquant ces mauvaises performances, Sadok Chabchoub de la Sopat indiquait en septembre dernier pour Africanmanager que « c’est en lien avec la courbe du prix du marché qui fait toujours du yoyo, l’offre et la demande, ainsi que le prix de l’aliment qui est un facteur qui échappe au contrôle de l’entreprise pour le maïs et le soja. Un coût qui a augmenté de presque 20 % cette année ».
– Des fraudes, pas encore punies
Plus loin dans l’état du bilan dressé par les commissaires aux comptes, ces derniers indiquent, dans la Note 10, que « les modifications comptables ont été constatées au cours de l’exercice 2013. Elles résultent particulièrement de l’impact de diverses fraudes commises au cours des exercices 2012 [Ndlr : On nous confirme qu’il s’agissait des anciens propriétaires de la Sopat] et antérieurs, à hauteur de 2.730.802 dinars et d’autres corrections de divers comptes, à hauteur de 576 379 dinars. En 2019, l’impact du control fiscal des années 2012 à 2015 a été porté en modification comptable pour une valeur de 2.893.951 dinars. En 2020, l’impact de l’accord définitif avec l’administration fiscale au sujet du contrôle fiscal des années 2013 à 2015 a été porté en modifications comptables pour une valeur de 899.255 dinars ».

Interrogé par Africanmanager sur cette fraude, Sadok Chabchoub de la Sopat a indiqué que « cela remonte à un contrôle fiscal qui avait concerné la période jusqu’à l’année fiscale 2012, où l’entreprise était dirigée par un autre groupe, et donc avant le rachat par le groupe La Rose Blanche ». Y a-t-il des poursuites judiciaires ? Chabchoub élude la question.
– Des créances au recouvrement entaché de risque
L’examen des créances clients fait apparaître des créances dont le recouvrement est entaché de risques liés à leur encaissement dans des conditions normales. La société a procédé, au cours des exercices précédents, à la couverture d’une partie des risques identifiés par des provisions pour dépréciation qu’elle a jugées nécessaires.
L’état des créances clients faisant l’objet de procès en contentieux totalise 3.804 mDT à la date du 30 juin 2021, les soldes comptables des créances contentieuses identifiées sont de l’ordre de 2.952 mDT à la même date. La société dispose de garanties réelles d’une valeur de 1.182 mDT qu’elle a reçues pour couvrir une partie de ces créances.
Des provisions pour dépréciations sont constatées pour couvrir les risques de non recouvrement identifiés pour un montant de 919 mDT. Il en résulte que les créances contentieuses dont le recouvrement n’est pas certain et qui ne sont pas couvertes par des provisions pour dépréciation à la date du 30 juin 2021 sont de l’ordre de 1.702 mDT.
– La Sopat sous risque de dissolution ?
La situation nette de la société dégage au 30 juin 2021 un total de capitaux propres négatifs de 4.758 mDT. Cette situation exige l’application des dispositions règlementaires et notamment les articles 388 et suivants du code des sociétés commerciales. Ce dernier dispose essentiellement que « Si les comptes ont révélé que les fonds propres de la société sont devenus en deçà de la moitié de son capital en raison des pertes, le conseil d’administration ou le directoire doit dans les quatre mois de l’approbation des comptes, provoquer la réunion de l’assemblée générale extraordinaire à l’effet de statuer sur la question de savoir s’il y a lieu de prononcer la dissolution de la société. L’assemblée générale extraordinaire qui n’a pas prononcé la dissolution de la société dans l’année qui suit la constatation des pertes, est tenue de réduire le capital d’un montant égal au moins à celui des pertes ou procéder à augmentation du capital pour un montant égal au moins à celui de ces pertes.
Si l’assemblée générale extraordinaire ne s’est pas réunie dans le délai précité, toute personne intéressée peut demander la dissolution judiciaire de la société (…) ». Rien de tout cela ne semble être jusque-là fait !
Sadok Chabchoub de la Sopat indique à Africanmanager que « une AGE s’était tenue le 16 septembre 2021, et qui a décidé la continuité de l’activité, malgré les capitaux propre négatifs depuis 2018 à cause des pertes cumulées». Et le responsable de préciser qu’il y avait eu en 2020 « une augmentation de capital de 16 MDT, dont 6 sous forme de prime d’émission. A ce jour, il y a toujours 5 MDT qui n’ont pas été encore libérés. Il nous faudra donc une nouvelle AGE, à faire en 2021 et qui devrait de nouveau décider la continuité de l’exploitation ».
Et Chabchoub, confiant dans le soutien du groupe, d’assurer que « même avec la prochaine libération des 5 MDT, on restera sous menace de l’article 388 du CSC, mais nous n’irons pas à la dissolution. Il faut rappeler que nous appartenons au groupe La Rose Blanche, et il est exclu que le groupe ne continue pas à nous soutenir ».
– Où va l’entreprise des Belkhiria ?
Entretemps, la Sopat qui a au moins deux gros concurrents (Mazraa de Poulina, et Chahia du groupe Chaâbouni) essaie de réduire sa dépendance en matière première qu’est le poussin, en créant Savinord à Tabarka et en travaillant en intégration avec les agriculteurs, leur fournissant ainsi les poussins et les aliments. Elle a même entamé l’élevage propre, faisant l’économie des marges données aux agriculteurs, ses propres charges, et maîtrisant par ses propres techniciens la qualité de la viande fournie.
A tout cela, l’entreprise dit vouloir augmenter ses investissements (6 MDT en 2021), d’abord au niveau des abattoirs de plus en plus automatisés, et ensuite multiplier les points de vente propre qui sont actuellement au nombre de 150, et qui devraient passer à plus de 200. Ceci devrait lui assurer de récupérer, par le volume les parties du chiffre d’affaires perdues sur le prix.








