Trop peu de désastres environnementaux ont nui autant aux riverains que celui qui est en train de faire des misères qu’il ne serait pas impropre de conglomérer sous les traits d’un syndrome, celui d’Agareb dont la décharge résume tous les errements d’une politique écologique et les tourments de la population de Sfax.
Qu’il se soit agi de décisions et de contre-décisions de justice, de mesures et demi-mesures municipales ou de fins de non-recevoir citoyennes, le feuilleton des ordures ménagères à Sfax aura révélé dans toutes ses péripéties l’impéritie de l’Etat et la connotation politique de maintes attitudes.
La dernière en date de ces péripéties est le refus du conseil municipal de Menzel Chaker de mettre en place une décharge temporaire contrôlée dans la localité de Limaya qui relève de son ressort territorial bien que des mesures aient été annoncées plus tôt par les représentants des organisations nationales et la société civile en coordination avec le gouvernement pour trouver une solution à la crise des déchets qui dure depuis plus de 2 mois et demi à Sfax. Parmi les mesures annoncées figuraient le démarrage de la levée et la collecte des déchets dans une nouvelle décharge temporaire située à 62km de la ville de Sfax à partir de mercredi 8 décembre 2021.
En tout cas, les travaux d’enlèvement de 30 000 tonnes d’ordures ménagères dans les rues de la ville de Sfax, ont commencé. Un activiste de la société civile d’Agareb, s’est dit satisfait de la décision du gouvernement de déplacer la décharge. « Le nouveau site se trouve à 62 km de Sfax et à environ 22 km d’Agareb », a-t-il déclaré. « C’est un bon emplacement, mais il n’est que temporaire. Nous devrons voir ce qui se passe », a-t-il dit cité par The Guardian.
L’agitation civile autour du site a marqué les premiers signes de désobéissance publique depuis la prise de pouvoir du président Kais Saied en juillet, qui l’a vu suspendre le parlement et supprimer l’immunité de poursuites pour ses membres. Ce geste reste populaire auprès de la population tunisienne, lassée par la stagnation économique du pays, la pandémie et les querelles de partis et de politiciens.
Cependant, à Agareb, où Saied s’est rendu en tant qu’universitaire avant l’élection de fin 2019, il reste un sentiment de trahison vis-à-vis du professeur de droit qui les avait incités à protester et du président qui a envoyé la police avec des gaz lacrymogènes, indique la même source.
Accumulation d’immondices et de problèmes !
Utilisée en continu depuis sa création en 2008, l’accumulation de déchets dans la décharge, dont une partie serait industrielle, prendra de nombreuses années pour être résorbée. L’Anged (Agence nationale de gestion des déchets), l’organisme gouvernemental chargé de superviser les décharges du pays, n’a fourni aucun détail sur son engagement envers le site d’Agareb. Toutefois, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), qui a suspendu vendredi son appel à la grève générale dans toute la région, a subordonné le report de l’action syndicale à la sécurisation du site.
La gestion des déchets reste un problème important pour la Tunisie. Selon un rapport de la Banque mondiale, moins des deux tiers des ordures de la capitale, Tunis, sont collectées. La corruption au sein du secteur est devenue une préoccupation croissante. En juillet 2020, le premier ministre de l’époque, Elyes Fakhfakh, a démissionné après avoir été accusé de liens de corruption avec l’industrie des déchets. En décembre, le ministre de l’Environnement a été limogé et arrêté après avoir été prétendument lié à une tentative d’importation clandestine d’une cargaison de déchets italiens dans le pays, rappelle The Guardian.








