La nouvelle loi de finance 2022 porte notamment augmentation des droits de douane dus sur les produits de consommation (ar) ou ayant un équivalent fabriqué localement, de 20%, 30% ou 36% à 43% ou 50%. L’article 57 de ladite LF, promulguée par simple décision présidentielle du chef de tout l’Etat tunisien Kais Saïed, fixe les listes de produits dont les droits de douane ont été augmentés à 43 % et 50 %.
- Marbre, parfums, réfrigérateurs et éléments de construction, coûteront plus cher
Ces produits, en milliers, sont détaillés dans des centaines de nomenclatures douanières. On y trouve notamment le marbre, le gypse, le ciment hydraulique, les parfums et produits de maquillage, les savons, les baignoires et autres douches et éviers, la vaisselle et autres articles de ménage et articles de voyage en cuir.
Mais aussi les articles d’équipement pour la construction, les produits céramiques, verre et ouvrages en verre, les barres et profilés en aluminium, les réfrigérateurs et congélateurs, les machines à laver le linge, les chauffe-eaux.
Et encore les bicyclettes, les véhicules pour le transport de 10 personnes et plus (bus et minibus), meubles, sommiers, stylos et crayons à bille. Et même les thermos, les serviettes hygiéniques, le café, le chocolat, les eaux minérales, les bières, les vins, les tapis, les vêtements, les couvertures, les linges de lit et les chaussures. Pour toute cette très longue liste de produits, que vous pouvez télécharger ici, les droits de douane augmenteront de 43 % et de 50 %.
- Protéger le « Made In Tunisia », rationnaliser l’importation, et ramasser plus d’argent
On le comprend par la nature des produits, l’Etat voulait par ces hausses, d’abord on s’en doute, faire exploser la cagnotte des droits de douane dans ses recettes propres. Mais aussi, maîtriser les dépenses d’importations en devises, et enfin même si cela paraît plus comme couverture d’une mesure non populaire, protéger l’industrie tunisienne.
Les industriels du textile, de l’aluminium profilé, du froid en Tunisie, tout comme les céramistes, les verriers, ou encore ceux des produits hygiéniques, devraient ainsi devenir mieux concurrentiels et augmenter leurs ventes, tout comme les sociétés de montage de bus, et autres minibus et bicyclettes tunisiens, les fabricants de bière et de vins tunisien ou encore les fabricants d’eaux minérales.
D’autres enseignes de marques étrangères commercialisées en Tunisie sous franchise, pourraient peut-être s’inquiéter et pourraient changer leurs fusils d’épaule en s’approvisionnant auprès des industriels de ces marques installées en Tunisie.
- Bananes, café, parfums et téléphones ont-ils des similaires fabriqués en Tunisie ?
On ne comprend cependant pas cette décision d’augmenter les droits de douane sur des produits qui n’ont pas d’équivalent local. Selon le cabinet d’expertise comptable de Mohamed Triki, qui vient de publier une brochure de présentation du décret-loi portant loi de finance 2022, il a été également prévu l’augmentation des droits de douane des téléphones mobiles de 0 % à 20 % et des bananes fraîches ou sèches de 0 % à 50 %. Tout comme pour le café, toujours importé par l’Office du commerce, ou encore les parfums qui sont une industrie que ne maîtrise pas encore la Tunisie.
Il n’en restera pas moins vrai que les droits de douane augmentant sur les produits des listes que nous citions, impacteront certainement les prix en Tunisie, et donc se feront aux dépens du pouvoir d’achat d’au moins une partie des consommateurs tunisiens.
- Les semi-produits, exonérés des droits de douane
Selon la même source, par contre, « bénéficient de l’exonération des droits de douane exigibles à l’importation, les matières premières, les produits semi-finis ainsi que les autres articles n’ayant pas de similaires fabriqués localement destinés à être transformés ou à subir un complément de main d’ouvre, ou à être utilisés pour le montage ou la fabrication d’articles et équipements et autres produits dont les produits similaires bénéficient à l’importation d’un taux de démantèlement inférieur à 10 % dans le cadre des articles 10 et 11 de l’accord instituant une association entre la République Tunisienne d’une part, et l’Union Européenne et les États membres, d’autre part ».









Encourager les produits tunisiens, c’est un impératif national et économique sans équivoque mais faut-il encourager en même temps la mise à niveau de ces entreprises concernées par ces produits pour améliorer leurs produits et se mettre au standard international, si non cette opération est perdante à 100%. En fait, si la concurrence avec les produits importés est exclue, le monopole s’installe et la qualité des produits tunisiens fait défaut et donc les consommateurs fuient ces produits et tout investissement est perdant. Il faut éviter les solutions faciles qui rappportent beaucoup d’argent à court terme et réfléchir davantage sur l’application des droits de douane sur tout produit importé et son impact directe et induit.