AccueilLa UNECes médecins qui n'ont pas tort de quitter le pays (Reportage Photos)

Ces médecins qui n’ont pas tort de quitter le pays (Reportage Photos)

« La Tunisie importe des glibettes blanches, et exporte des blouses blanches », pouvait-on récemment lire sur plusieurs statuts fb, en commentaire à la vague de migration du personnel médical tunisien frais émoulu des universités.

Selon le secrétaire général de l’Ordre national des médecins, Nizar Laadhari, l’année 2021, a vu plus de 970 médecins tunisiens quitter le pays pour travailler à l’étranger contre 570 en 2018.

La même source a expliqué que « la décision d’émigrer émane de la conjonction de plusieurs facteurs, dont l’insuffisance des ressources financières et les conditions de travail déplorables dans les hôpitaux.

Après 11 ans d’études, un médecin  parmi ceux que nous avions pu rencontrer et qui avaient tous requis l’anonymat, nous a indiqué être payé  quelque 1.300 ou 1.400 DT. Et faisant la comparaison avec ceux qui ont émigré à quelque 1.300 ou 1.500 euros, il nous fait observer que « à parité de pouvoir d’achat, ils sont presque payés comme en Tunisie, ce qui détruit l’argument qu’ils partent pour de meilleures conditions financières ». Et  d’un large geste du bras désignant l’hôpital, il ajoute  que « c’est juste pour un meilleur environnement de travail, qu’ils vont ailleurs »

Il y a certes aussi la hausse de la violence contre le personnel médical et paramédical pendant l’exercice de la profession (6 % des violences physiques enregistrées dans le secteur public concerne le secteur de la santé), sans compter les violences verbales  qu’ils essuient quotidiennement. Et qu’on comprendrait presque, à cause de l’exiguïté des salles d’attente dans une atmosphère maladive des interminables files d’attente qui s’allongent en alentour. Mais il y a surtout, comme nous avions pu le constater nous-mêmes dans l’un des plus importants hôpitaux de la capitale tunisienne, l’état de délabrement de l’infrastructure hospitalière en Tunisie.

–        Un hôpital d’un autre siècle, et des conditions d’exercice exécrables

Comme beaucoup de citoyens, j’ai pris ce vendredi 11 février 2022 la direction de l’hôpital Charles Nicolle à Tunis, pour une consultation dans le service orthopédique. Fondé en 1897 pendant  le protectorat français, cet établissement  est presqu’une ville dans la ville, avec des bâtisses délabrées de l’intérieur, malgré les aires verdoyantes qui les jonchent. Des services, conçus  à l’enseigne d’un  protocole sanitaire d’un autre temps, selon lequel la dispersion permet d’éviter la contagion. Derrière la porte en fer forgé, d’où on entre comme dans un moulin, des véhiculent de tous genres en stationnement sauvage.

Une vieille conception qui n’a pas changé depuis plus de 120 ans, et qui fait que pour déplacer un malade d’un service à l’autre, il faut parcourir des dizaines de mètres, brancard devant, dans le froid ou la chaleur, à slalomer entre les voitures dans un espace devenu parking en plein air. Des mètres de couloirs et des escaliers de vieux marbres tous délabrés. Des portiques où les vieux fils d’électricité et de téléphone, pendent  çà et là, parfois en bottes entières apparentes, accrochées aux frontons des bâtisses.

En bas, des couloirs en plein air en guise de passage entre des services. Des couloirs en enfilade qui parcourent des murs au ciment verdoyant de moisissure, pour colmater les fissures de murs qui menacent ruine. Des murs, parsemés de petites fenêtres d’un bleu décrépit sous l’effet et du soleil et de la pluie et qui tombent en morceaux. Des portes en fer rouillé, fermées au fil de fer, pour cacher des déchèteries sauvages de mobiliers et d’appareils médicaux hors d’usage. Des petites terrasses où l’on entrepose des matelas, plus que fatigués et rongés par le climat et les salissures de tous genres. Et sous les couloirs en ciment noir qui servent de passages entre services, des poubelles, et des fruits de bigaradiers qui pourrissent au soleil.

–        « Il y a des jours où on reporte des opérations chirurgicales importantes, pour manque de gants »

C’est dire que les murs de ce service d’orthopédie, pour ne parler que de lui, n’en pouvaient plus d’être troués, raccommodés à l’emporte-pièce. Des murs qui tombent en cloques, car non repeints, rongés par l’humidité, et devenus dangereux à cause des anciens réseaux électriques emmurés. L’année dernière, le réseau électrique pourri avait causé un incendie dans la salle de garde des médecins. Nous y sommes entrés, et depuis un an, rien n’y a changé. Ni les murs noircis par la fumée des flammes, ni les rideaux en lamelles déchiquetées. Ni encore les boitiers d’électricité, ni les dossiers certainement médicaux, n’ont été déplacés. Dans la salle de garde, donnée en remplacement, un matelas sale et aux ressorts fatigués, était posé par terre sur un autre en mousse, en guise de lit de repos. Un petit lit, déglingué à côté, et un boitier électrique délabré jeté par terre, avec l’odeur repoussante de la moisissure qui n’incite guère à y rester.

Et c’est dans cet environnement, insalubre, déglingué, où les conditions humaines basiques de travail n’existent tout simplement pas, que vivent et assurent leurs gardes, de jeunes médecins formés pendant plus de dix ans. « Les gardes sont normalement assurées, sur appel téléphonique au médecin qui passe la nuit ans ce taudis, qui n’a même pas une prise d’électricité pour assurer recharger son téléphone », nous dit un jeune médecin qui a préféré garder l’anonymat. « Il y a des jours, où on reporte des opérations chirurgicales importantes, car on n’a pas les gants nécessaires, ou que l’appareil de stérilisation des instruments chirurgicaux ne fonctionnent plus », nous dit tout aussi anonymement un autre. Dans les dédales de cet hôpital, on rencontre un « malade » qui nous parle des vols, surtout  de médicaments, de solutions injectables, et même de poulets du restaurant de l’hôpital déserté par les médecins, pour son « infecte qualité de nourriture », nous dit aussi un infirmier rencontré au hasard de notre ballade, et qui n’avait pas l’accoutrement  de l’emploi.  

Devant la salle des consultations, au bout d’un couloir exigu et bondé de patients, impatients et parfois en colère, ce sont  des murs sales, parsemés d’images de stars de TV et de football, un écran pour radiologie qui cherchait encore une prise pour se brancher, une table d’examen non aseptisée par un drap hygiénique, et un jeune médecin qui résiste encore au chant de cygne de l’émigration

Notre jeune médecin anonyme, semblait  moins affecté que nous par l’état de son service. Mais peut-être qu’il s’y était simplement habitué. D’autres ont préféré quitter le pays. Lui pas. Stoïque, il se laisse aller à commenter dans un sourire jaune, que « qui restera dans le Public pour ces malades, si on partait tous ? ». Sa femme, jeune médecin comme lui, a déjà quitté l’hôpital public pour le secteur privé. Et c’est ainsi que lorsqu’ils ne quittent pas le pays, pour la France par exemple qui ne cache plus qu’elle facilite beaucoup ce genre de migration choisie et sélectionnée, les jeunes formés aux frais du budget de l’Etat finiront dans le secteur privé.

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2 Commentaires

  1. oui c’est triste un hôpital du 19 siècle construit par les français avec une architecture arabesque avec des pavillons séparés sans tunnels de raccordements entre eux l’usure du temps , le manque d’entretien et le non renouvellement de l’infrastructure par une infrastructure moderne du 20 siècle ont venu à bout de cet édifice sanitaire qui a gardé le non de son promoteur Charles Nicole premier directeur de l’institut Pasteur de Tunis mais c’est la faute des dirigeants du pays surtout depuis feu Ben Ali et aggravée par les islamistes et leurs differents alliés au pouvoir depuis 10 ans qui n’ont pas su le moderniser au moins par étapes au vu de la progression vertigineuse de la population tunisoise ces 30 dernières années tout en profitant de sa situation géographique je me rappelle l’hopital Farhat Hached à Sousse construit par les français un petit hôpital qui comprend une maternité et une salle d’opérations et des petites salles pour les malades hospitalisés après l’indépendance il est agrandi comprenant toutes les spécialités et devenu un hôpital universitaire avec la création de la faculté de médecine de Sousse à coté . La mauvaise gestion du pays par les islamistes et leurs differents alliés est venue à bout dans tous les secteurs y compris la santé publique les milliers des médecins qui partent à l’étranger surtout depuis la révolution bénie ont raison pour gagner leur vie et assurer l’avenir de leurs enfants et de travailler dans des bonnes conditions modernes qui n’existent pas dans les hôpitaux publics tunisiens les citoyens tunisiens sacrifient leurs maigres économies pour se soigner dans les cliniques privés bien équipés et de meilleurs services dont leurs tarifs sont trois fois plus chers que ceux des hôpitaux publics .

  2. Et pourtant, nous avons d’excellents architectes et ingénieurs aux services de la santé publique et privée.
    Il ne faut pas cacher que certains employés de l’administration publique travaillent en parallèle dans des secteurs privés et sans déclarations.
    Les cadres spécialisés dans les secteurs de la santé, de l’informatique et de la maintenance sont très utiles pour notre pays et sont demandés en dehors de nos frontières.
    Le contribuable Tunisiens et les parents de ces cadres ont investis pour leurs formations et les différents gouvernements ont octroyé des crédits de l’étranger pour la préparation de ces produits locaux.
    La mauvaise gérance de l’administration publique en matière des ressources humaines et des autres richesses du pays, est principalement causée par l’instabilité politique et par le manque de stratégies claires dans le court, moyen et long terme.
    De plus la création par les pays prédateurs avec l’aide des corrompus locaux, des bandes de terroristes et de mercenaires font des pays proies leurs sources de richesses.
    En effet, ils les mettent en crises sociales et financières et les obligent à acheter des armes pour s’entretuer, à octroyer des crédits pour tenter de calmer les révoltes intérieures. Ils les obligent à vendre leurs richesses aux plus bas prix. Ils facilitent la fuite sous plusieurs formes de leurs capitaux financiers et humains sélectionnée à quitter leur pays.
    Ils mettent en esclavage financier et politique les générations actuelles et futures de leurs proies qui manquent de discipline, de stratégies claires et de pouvoir réels leur permettant de renégocier tous les contrats d’exploitations de leurs richesses pour lesquelles ils n’ont que le rôle de gardiens au profit de leurs maitres prédateurs.
    Des chances restent encore possibles pour nos cadres, toutes disciplines confondues.
    Il fut un temps où on disait que « lorsque le bâtiment va, tout va », puis «lorsque le tourisme va » car ce dernier faisait en plus travailler l’agriculture, l’artisanat et plusieurs autres services indirects.
    On peut, actuellement lancer l’idée de « lorsque la santé va tout va », car la Tunisie pourrait développer le tourisme médical et de bien-être, qui fera travailler en plus des autres secteurs du tourisme, celui de la santé, de l’hygiène urbaine et du sport pour tous et toutes les industries et échanges internationaux annexes.
    Rien ne se perd et rien ne se crée, tout se transforme (Mr. Lavoisier). Nous sommes capables de transformer nos déperditions énergétiques en véritables sources de développement intégral et durable.
    Rien n’est impossible devant l’optimisme, la bonne volonté et le sincère amour à notre pays et à ses enfants et petits-enfants. Les maudits mauvais politiciens, les corrompus et les mercenaires nous ont mis, malgré nous, dans une situation de mendiants et esclaves financiers et politiques. ان غدا لناظره قريب

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