AccueilLa UNETransparence financière : Quand les institutions accusent des retards qui interrogent

Transparence financière : Quand les institutions accusent des retards qui interrogent

La transparence financière reste une promesse à géométrie variable en Tunisie. De la Banque centrale (BCT) au ministère des Finances, en passant par le Conseil du marché financier (CMF), les publications censées éclairer les décideurs, les investisseurs et les citoyens accusent des retards qui se comptent souvent en années. Tour d’horizon d’un déficit d’information qui touche au cœur la crédibilité de la place.

–          À la BCT, l’essentiel en temps réel, le reste à la traîne

Sur le site de la Banque centrale de Tunisie, trois rubriques vivent au rythme de l’actualité. Les activités du gouverneur, les communiqués du conseil d’administration et les principaux indicateurs sont régulièrement alimentés. Ces derniers, les journalistes ont d’ailleurs appris à les surveiller comme du lait sur le feu, tant ils livrent en continu le pouls de la monnaie, des réserves et du crédit.

Le contraste est saisissant dès que l’on descend dans la rubrique des publications. Le rapport annuel et son fameux « mot du gouverneur » date encore de 2024. Même millésime pour les rapports sur la supervision bancaire et sur la médiation bancaire.

Le périodique de conjoncture, supposé paraître chaque mois, remonte à avril 2026. Le retard frappe aussi le bulletin des statistiques financières, le rapport statistique de la dette extérieure, la balance des paiements et position extérieure globale de la Tunisie, ainsi que le rapport de la Commission tunisienne des analyses financières (CTAF). Tous datent de 2024.

L’enjeu n’est pas mince. Ces documents constituent la matière première de l’analyse économique. Sans dette extérieure actualisée, sans balance des paiements récente, l’évaluation du risque souverain repose sur des bases vieilles de plusieurs exercices.

–          Au ministère des Finances, le budget 2026 dans l’angle mort

Du côté du ministère des Finances, l’exécution budgétaire pose un problème de visibilité encore plus aigu. Les résultats provisoires de l’exécution du budget 2026 ne sont toujours pas accessibles, même sous forme provisoire. Et ce, alors que le débat s’est déjà déplacé vers le budget 2027. Ces chiffres existent pourtant bel et bien sur le bureau de l’actuelle ministre, comme c’était le cas avec sa prédécesseure.

Ce décalage prive l’observateur d’un repère essentiel. Comment apprécier la trajectoire des finances publiques, la rigidité de la masse salariale ou le poids du service de la dette, lorsque l’exercice en cours reste une boîte noire jusqu’à sa clôture comptable ? La Tunisie n’est pas une Royauté, mais une démocratie, mais qui ne sait pas ce que font, au nom du peuple, ceux que ce dernier a mis en place.

Le rapport sur la situation des entreprises publiques (EP) illustre une autre facette du problème. Publié une seule fois par an, à l’occasion de la loi de finances (LF), il ne couvre que 88 entreprises sur un total de 114. Plus troublant encore, les chiffres qu’il livre portent sur les seuls exercices 2020, 2021 et 2022.

Le paradoxe mérite d’être souligné. Si c’est une autorité de la stature du ministère des Finances qui peine à obtenir des données à jour sur le périmètre public, on imagine la difficulté pour un chercheur ou un journaliste indépendant. Heureusement, en somme, que c’est une autorité qui les demande.

–          Sur la place financière, le CMF en retard d’un mandat

La même opacité gagne le marché. Le dernier rapport du Conseil du marché financier (CMF) date de 2023. Il aura fallu l’arrivée d’un nouveau président pour que progresse la transparence de ceux qui gèrent l’argent des autres, ces sociétés de gestion de portefeuilles de valeurs mobilières pour le compte de tiers.

Le constat se prolonge au niveau des émetteurs. Rares sont encore les sociétés dites faisant appel public à l’épargne qui publient leurs états financiers et leurs bilans. Certaines, comme la BTL, auraient carrément arrêté de se faire voir sur les pages du CMF, depuis 2021. D’autres, comme Tunisair, depuis 2023, et cela ne semble déranger personne, surtout pas le CMF qui est le régulateur du marché. Or la publication régulière des comptes est le socle même de la confiance sur un marché financier. Sans elle, l’épargnant investit à l’aveuglette et la formation des prix perd sa boussole.

–          Un déficit d’information qui pèse sur la confiance

Mis bout à bout, ces retards dessinent un système où l’information financière publique arrive trop tard pour servir à la décision. La BCT diffuse en continu ses indicateurs phares mais laisse vieillir ses publications de fond. Le ministère des Finances communique sur le budget à venir sans clôturer la lecture du budget en cours. Le CMF avance, mais part de loin.

Cette asymétrie n’est pas neutre. Elle alimente la défiance des investisseurs, complique le travail des analystes et fragilise le discours officiel sur l’attractivité de la place. À l’heure où les autorités appellent de leurs vœux un retour de l’investissement privé, la première brique reste la donnée fiable, complète et publiée à temps.

- Publicité-

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Réseaux Sociaux

108,654FansJ'aime
480,852SuiveursSuivre
5,135SuiveursSuivre
624AbonnésS'abonner
- Publicité -