AccueilLa UNESamir Majoul changerait-il son fusil d'épaule?

Samir Majoul changerait-il son fusil d’épaule?

Sa dernière prise de position sur les réformes, dont celles concernant les entreprises publiques, où il disait devant les congressistes de l’UGTT à Sfax que « nous refusons la privatisation des entreprises publiques qui doivent être la locomotive de l’économie », avait quelque peu étonné.

Une position, venant du patron des patrons tunisiens, en face du SG d’un syndicat qui n’avait pas hésité à privatiser ses propres entreprises. Et voilà Samir Majoul, qui met sa main, celle d’un patronat pour lequel  le salaire est un coût qui se doit d’être concurrentiel, dans la main de l’organisation qui le harcèle par les incessantes demandes d’augmentations salariales et par les grèves, tout aussi incessantes, pour tout et pour rien. Est-ce un changement de stratégie des patrons, ou de simples positions de circonstances ?

Et on pencherait facilement vers cette dernière explication, lorsque Majoul indique à l’agence d’information Tap, au sujet de la privatisation des entreprises publiques, qui a constitué un point de discorde avec l’organisation syndicale, que « cette décision [Ndlr : Donc de la privatisation] est devenue une nécessité », rappelant dans ce contexte les expériences de plusieurs pays, dont la Chine et la Russie, qui ont fait leur ce choix. Il avait oublié de rappeler que son partenaire avait aussi fait la même chose qu’il refuse désormais pour l’Etat.

En ce qui concerne les domaines prioritaires en termes de privatisation, Majoul a mis l’accent sur « l’économie de rente dans les institutions de l’Etat et le monopole de l’importation ». Rappelons, au passage, que ce sont des patrons de son organisation aussi, qui travaillent dans des secteurs, dits de rente, comme la concession automobile, et dans l’importation comme les grandes surfaces et les Franchises.

  • « Marchons main dans la main, sans nous soucier du lendemain »

Toujours est-il que le président de l’UTICA a souligné que son organisation ainsi que la centrale syndicale, l’UGTT sont appelées à mettre en place un plan de relance économique afin de le présenter, dans les plus brefs délais, à la Banque mondiale et au Fonds Monétaire International (FMI).

« Le patronat et le syndicat doivent assumer leur responsabilité avec l’Etat face à la crise économique actuelle », a-t-il souligné dans une déclaration à l’agence TAP, en marge du 25e congrès de UGTT, en espérant certainement que son ami Tabboubi comprendra cet appel du pied.

Selon Majoul en effet, la Tunisie fait face aujourd’hui à une crise économique « difficile » qui nécessite des solutions « urgentes », mais aussi l’implication de toutes les parties prenantes « sans conditions », soulignant que la sortie de cette crise est tributaire de la création des emplois et de la relance de la croissance ainsi que de l’investissement.

Rappelons, au passage, que l’UGTT avait pris connaissance du plan de relance du gouvernement de Nejla Bouden, depuis décembre dernier, et n’y a pas encore répondu, allant jusqu’à  notifier au gouvernement qui le pressait, qu’elle y penserait après le résultat du congrès de Sfax. Un congrès qui se déroule dans une atmosphère de division, entre pro-Tabboubi qui voudrait garantir un nouveau mandat, et contre Tabboubi qui avait dû amender un texte interne à Sousse l’été dernier, pour  assurer  son maintien à la tête de l’omnipotente organisation syndicale, sacrée unique organisation syndicale du pays malgré l’existence d’au moins deux autres.

Interrogé par la Tap, sur une réunion qui a été suggérée par le partenaire social dont la date est prévue le 19 février, Samir Majoul a fait savoir que cette réunion a été décidée en lien  au fait que  la crise actuelle doit être résolue dans les plus brefs délais, d’autant que les experts du FMI et de la Banque mondiale sont actuellement en Tunisie pour poursuivre les négociations avec les autorité tunisiennes.

Conscient, peut-être, du poids politique de sa position pro-syndicale dans un environnement politique où l’UGTT est partie prenante et qui le revendique haut et fort, Majoul tente de prendre ses distances, en évoquant « la nécessité de rester à l’écart des considérations politiques dans le domaine économique, afin de relever les défis, estimant que les entreprises publiques sont dans une « situation catastrophique » et ont besoin de solutions urgentes ».

Par ailleurs, Majoul a souligné que la Tunisie se trouve dans l’obligation de respecter ses engagements dans le domaine des énergies renouvelables dans un pays qui souffre d’un déficit énergétique et fait face à une forte hausse des prix des hydrocarbures [Ndlr : Suivez son regard, peut-être, vers les syndicats de l’UGTT qui ralentissent encore tous les projets solaires], appelant à la mise en place d’un programme pour réduire les émissions de dioxyde de carbone comme une condition pour pouvoir travailler avec des partenaires internationaux et exporter vers l’étranger, en particulier vers les pays européens.

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