Cela fait huit mois que Kais Saied est aux commandes de la totalité de l’Etat. L’heure n’est-elle pas venue d’en dresser un premier bilan, à charge comme à décharge ? Quelles qu’en fussent les formes, l’autogolpe du 25 juillet a marqué un tournant que le pays se devait de négocier, ne serait-ce que pour mettre fin à la pathétique image qu’il réfléchissait de sa scène politique, de ses simagrées de démocratie , singulièrement dans un Parlement qui n’était pas formaté pour faire des lois et faire office de dépositaire de la conscience du peuple et des attentes de ceux qui l’ont élu.
Le bilan n’en est pas moins catastrophique sous bin d’autres rapports, selon une opinion publiée par l’influent magazine américain Nesweek. Il se décline dans « la suspension de la Constitution, la fermeture du Parlement, de l’Instance nationale de lutte contre la corruption et du Conseil supérieur de la magistrature, et dans le refus de former la Cour constitutionnelle. La situation des droits de l’homme en Tunisie aujourd’hui n’en est pas moins tragique : depuis le 25 juillet de l’année dernière, date à laquelle Saied a orchestré son coup , des dizaines de personnes ont été assignées à résidence, y compris des parlementaires, des hommes politiques et des juges ».
Alors que la Tunisie a bénéficié de 10 ans de démocratie depuis son soulèvement de 2011, comment Saied a-t-il pu entraîner le pays sur cette voie sombre ? Qui l’aide à détruire l’expérience démocratique de la Tunisie ? Deux interrogations à la réponse desquelles sont cités « les parrains de la tyrannie dans le Golfe avec le soutien de l’Égypte et de la Libye qui ont coopéré avec certains des soi-disant libéraux tunisiens pour mettre fin au parcours démocratique de la Tunisie. Question subsidiaire : Qu’est-ce qui réunit une alliance aussi improbable – des régimes autocratiques et des factions politiques libérales ? Leur ennemi commun, l’islam politique.
C’est un scénario banal qui se répète en Tunisie comme en Égypte avant elle : jeter le bébé démocratique avec l’eau du bain. Dans leur désir d’éliminer l’Islam politique de l’équation politique, certaines factions prétendument « libérales » ont soutenu des dictateurs et ont complètement rejeté la démocratie.
Le 25 juillet, le président Saied a présenté son coup comme une mesure visant à corriger la trajectoire de la Tunisie, à la suite des protestations contre la gestion lamentable de la pandémie de COVID-19 par le gouvernement, l’aggravation de la récession économique et en réponse à ce qu’il a appelé le mauvais fonctionnement du parlement. En fait, il n’a rien corrigé.
Pour aggraver les choses, les forces contre-révolutionnaires et le palais présidentiel ont trouvé dans la pandémie de COVID une occasion rêvée pour effrayer la population et se concentrer sur l’échec du gouvernement. Le résultat de tout cela est que lorsque Saied a annoncé, le 25 juillet de l’année dernière, qu’il gelait le parlement et assumait l’autorité judiciaire, certains se sont réjouis, voyant naïvement dans ce geste la possibilité d’améliorer les circonstances de leur vie.
La France, les pays du Golfe, l’Égypte et le libyen Khalifa Haftar ont soutenu l’action de Saied l’année dernière, et l’UGTT, le Syndicat des journalistes et d’autres factions politiques locales, prétendument démocratiques, ont approuvé cette action en gardant le silence. Ils ont applaudi la déformation de la démocratie et le retour brutal de la tyrannie, rappelle l’analyse. Mais Saied, sans surprise, s’est également retourné contre eux. Il ne les a pas inclus dans son processus de décision politique et n’a pas éliminé leur ennemi historique, le parti islamiste Ennahdha, qui était le bloc le plus important au Parlement. En oscillant entre démocratie et tyrannie, ils ont rappelé la célèbre notion paradoxale connue sous le nom d’Âne de Buridan, une situation hypothétique dans laquelle un âne qui a faim et soif est placé à mi-chemin entre du foin et un seau d’eau. Incapable de choisir entre les deux, il meurt de faim et de soif.
Préconisations pour la communauté internationale
La communauté internationale doit empêcher les ennemis de la démocratie à l’intérieur et à l’extérieur de la Tunisie d’enfoncer des clous dans le cercueil de la démocratie du pays, souligne l’article de Newsweek. Elle doit faire pression sur Saied pour qu’il rétablisse le Parlement, qu’il restaure le contrôle judiciaire du pays et qu’il fasse respecter le pluralisme politique et les droits de l’homme. Les médias internationaux doivent soutenir les démocrates en Tunisie, en faisant la lumière sur les manifestations hebdomadaires des citoyens tunisiens qui dénoncent la résurgence de la tyrannie dans leur pays, et en contribuant à mobiliser l’opinion publique internationale en faveur de la démocratie.
Enfin, les parlements démocratiques du monde entier doivent intensifier leur soutien à la Tunisie et rencontrer les Tunisiens qui aspirent réellement à la liberté et à une voie d’avenir. Tout comme les positions hypocrites de certaines factions soi-disant démocratiques en Tunisie menacent d’anéantir les espoirs de démocratie dans un pays et une région en difficulté, il en va de même pour le silence de la communauté internationale, conclut l’article.








