Siégeant d’habitude aux alentours de chaque fin de mois, le Conseil d’administration de la Banque centrale de Tunisie a causé celle fois-ci la surprise en y dérogeant au travers d’une réunion extraordinaire dictée par les graves événements liés à l’invasion d’Ukraine par l’armée russe , et leurs répercussions économiques et financières sur la Tunisie .
Il ne peut que tomber sous le sens que l’Institut d’émission ait agi de la sorte alors que l’ordre économique mondial est en proie à un chambardement quasi général, marqué par une flambée des cours de matières aussi vitales que les céréales, le pétrole et le gaz, pour ne citer que ceux-ci.
Le paradoxe est, cependant, que l’économie tunisienne venait, mutatis mutandis, de tirer en quelque sorte son épingle du jeu en traversant une année 2021 avec moins d’encombres que prévu, réalisant un taux de croissance de 3,1%, alternant avec une contraction de 8,7 % l’année précédente. Une croissance tirée par l’expansion rapide des secteurs minier et gazier. Le secteur minier a fait un bond de 78 %, tandis que celui du gaz naturel a progressé de 20 %. Tout cela jure avec l’activité lente qui a été celle du secteur manufacturier, modérée dans les services et en déclin dans l’agriculture. Au quatrième trimestre 2021, l’économie tunisienne a connu une croissance de 1,6 %, contre 0,4 % au trimestre précédent.
Tout flambe, du blé au pétrole !
Sans devoir lire dans les astres, on serait enclin à penser que la Tunisie ne serait pas dans semblable configuration, cette année, tout naturellement parce qu’elle est exposée, à l’instar de maints pays de la planète, et d’abord ceux du Maghreb, gros importateurs de céréales, à de très difficiles répercussions des hostilités actuellement en cours en Ukraine. Les prix du blé, pour autant qu’il soit disponible, flirtent avec les sommets, et même si l’on se hasardait à aller chercher ailleurs de quoi remplir les silos, en Amérique du Sud ou en Europe de l’Ouest, les cours seraient bien plus renchéris.
Sans parler bien sûr des prix de l’énergie avec un baril qui a allégrement dépassé les 110 dollars , et qui pourrait flamber encore plus, et des cours de gaz à l’avenant. Regardées à l’aune de la compensation et des subventions que l’Etat tunisien est tenu de décaisser, ces fluctuations sont de nature à mettre outrancièrement à mal les caisses de l’Etat .
D’autant que le pays était déjà aux prises avec une dette publique et un déficit budgétaire avant même la pandémie de Covid-19 et a été durement touché lors des confinements imposés par le gouvernement et l’effondrement de son industrie touristique. Les bailleurs de fonds étrangers, qui cherchent à obtenir des réformes économiques crédibles en Tunisie afin de réduire le déficit budgétaire, craignent que le pays ait du mal à financer ses budgets 2021 et 2022 sans un accord de prêt du Fonds monétaire international (FMI).
En février, la ministre des Finances, Sihem Boughdiri Nemsia, a déclaré aue la situation du pays était difficile, mais que les autorités continuaient à essayer de stabiliser l’économie. Elle a également déclaré qu’elles espéraient parvenir à un accord avec le FMI d’ici avril.
Effets néfastes de la guerre en Ukraine
La Banque centrale, méditant des soubresauts et des rebondissements hautement probables, a averti en ce début de semaine, que le conflit en cours entre la Russie et l’Ukraine aurait des répercussions importantes sur les finances publiques et ferait augmenter l’inflation.
« Au niveau national, le CA de la BCT note que la flambée des prix internationaux tant des matières premières que de l’énergie, la contraction de l’activité chez les principaux partenaires commerciaux de la Tunisie et le climat d’incertitude, en l’absence de mesures d’urgence appropriées, conduiraient à une aggravation du déficit de la balance des opérations courantes et à une exacerbation des pressions inflationnistes au cours de la période à venir », met en garde l’Institut d’émission.
Il appelle à « une extrême prudence et à l’adoption d’une approche proactive pour compenser les retombées de la crise russo-ukrainienne sur l’activité économique nationale et les équilibres globaux ».
La dépendance de la Tunisie vis-à-vis de l’Union européenne en matière de commerce et d’investissement la rend également vulnérable aux conséquences de la guerre. Les autorités ont travaillé à la finalisation d’un ensemble de réformes proposées pour aider à obtenir un nouveau prêt du Fonds monétaire international, un accord considéré comme essentiel pour soutenir l’économie qui a lutté pour la croissance après le soulèvement de 2011.
Divers scénarios sont sur la table, à cet égard, et celui de politique d’austérité préconisé par le FMI pour réduire la dette publique de la Tunisie ne serait sans doute pas le pus approprié, eu égard aux aléas et risques sociaux qu’il induit . C’est qu’il prévoit la réduction de la masse salariale, la levée progressive des subventions et la réforme des entreprises publiques. Ceci contribuera certes à réduire la dette publique à 86% du PIB en 2025, mais dans le même temps, il aggravera la crise socio-économique du pays.







