C’est, portée par les promesses d’investissements dont elle avait fait le plein à la Ticad de Tunis, que la cheffe du gouvernement s’est récemment déplacée à Paris. Et c’est certainement animée par l’espoir qu’ils se réaliseront qu’elle a pris l’avion pour la France pour faire le point avec nombre de dirigeants africains, et exprimer devant partenaires et concurrents la détermination de tirer le meilleur parti d’un partenariat avec la France, où les objectifs sont parfois divergents et pour lesquels les bourses prennent généralement du temps à se délier.
- Najla l’Africaine
Prêchant l’afro-optimisme, la cheffe du gouvernement tunisien a rappelé « les énormes potentialités et ressources, et un vaste marché avec une amélioration notable des niveaux de vie durant la dernière décennie ». Elle a mis l’accent sur « l’important potentiel d’énergie renouvelable, notamment solaire du continent, l’Afrique qui connaît également une dynamique pilotée par les instances africaines et nourrie par les bienfaits d’une intégration interafricaine plus poussée ».
Africaine, la Tunisie que représentait Najla Bouden applaudie par ses pairs, « plaide pour une coopération internationale selon les principes directeurs de l’appropriation africaine, du partenariat international, de l’inclusivité et de l’ouverture ».
Cette coopération « devrait pouvoir investir les domaines à même d’atténuer les effets des crises comme ceux des énergies renouvelables et autres technologies d’énergie propre, y compris l’hydrogène et l’ammoniac combustible, et les technologies d’efficacité énergétique. Il en est de même pour le domaine de l’agriculture, des systèmes alimentaires et des chaînes de valeur résilients et durables, qui résistent au changement climatique et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales. Soulignons également l’importance d’investir dans la transformation numérique de l’Afrique et dans les infrastructures TIC, y compris les infrastructures de données, de mettre en place des politiques industrielles numériques et de développer les compétences appropriées », a encore prêché Najla l’Africaine pour un jour.
Et d’en venir ensuite au fin mot de l’histoire, en rappelant que « cette transformation nécessite des financements conséquents. Malheureusement, les possibilités de financement des pays africains ont été fortement réduites dans les conditions de marché défavorables marquées par la remontée des taux et la réduction de la liquidité sur fond de surévaluation des risques ».
La cheffe du gouvernement tunisien en a profité pour demander « l’augmentation de la part des Droits de Tirage Spéciaux (DTS) du FMI pour l’Afrique pour permettre aux pays africains d’accéder à des financements perpétuels à un taux extrêmement bas de 0,05 % ». Une demande déjà faite l’année dernière par Kais Saïed à la même occasion. Comme lui, elle a rappelé à Paris que « les pays développés qui n’ont pas vraiment besoin des DTS ont souvent une part bien plus importante que celle de tout le continent africain. C’est le cas de la France dont la part représente 84 % de celle de toute l’Afrique. Dans ce conteste, il devient de plus en plus vital pour les pays africains d’avoir plus de DTS afin de pouvoir faire face à leurs besoins de financement immédiats, pour les transformations et coopérations souhaitées et éventuellement pour rembourser par anticipation d’autres dettes plus chères », a-t-elle dit, dans un excellent français, d’une voix calme et déterminée. La France, grande donatrice de leçons en matière de droits de l’homme, y compris donc celui du développement, l’entendra-t-elle ?
- Bouden, ambassadrice de la volonté de la Tunisie de se réformer
La cheffe du gouvernement tunisien n’a pourtant pas oublié que son pays reste sous surveillance négative de tous les marchés financiers et autres bailleurs de fonds, qui attendent qu’elle entame les réformes qui la rendront économie bancable, pour l’aider à y réussir. « Le programme des réformes présenté par le Gouvernement tunisien au Fonds Monétaire International ambitionne d’accroître la résilience économique et de renforcer la soutenabilité à travers l’amélioration du climat des affaires et ce, en facilitant l’accès au marché, la modernisation de l’infrastructure, la promotion de l’inclusion économique, financière et sociale ainsi que l’accélération de la transition énergétique », a-t-elle ainsi dit devant ce large aréopage d’investisseurs internationaux.
Et de dévoiler que « la Vision Tunisie 2035 consacre un nouveau modèle de développement articulé autour de nouvelles stratégies sectorielles, des niches régionales et du renforcement du partenariat public-privé et de la promotion des énergies renouvelables (…). La Tunisie place, aujourd’hui, l’innovation, l’entreprenariat et le développement des startups au cœur de son modèle de développement futur ». On attendra donc en principe un nouveau Business-plan pour la Tunisie de Bouden. Wait & See !
En attendant, Bouden semble tabler sur le secteur privé. Samir Majoul, patron de l’Utica, qui était présent à Paris, appréciera. Il restera certainement sur sa faim, lorsque la cheffe du gouvernement dit s’atteler « à instaurer un climat des affaires plus attractif en privilégiant le dialogue entre le secteur public et le secteur privé. A cet effet, le gouvernement vient d’engager un programme d’appui à l’initiative privée qui s’articule particulièrement autour de l’assouplissement des procédures en actionnant la guillotine, de la digitalisation du parcours de l’investisseur, la modernisation des infrastructures industrielles, et d’autres mesures encore ».
- La cheffe rassure sur le programme du chef
Et c’est à notre tour, médias non présents à Paris, de rester sur notre faim, lorsqu’on l’écoute promettre encore de « mieux positionner le site tunisien sur le radar des investisseurs internationaux, à travers le développement de projets structurants, notamment dans le secteur industriel et les services à forte valeur ajoutée ». Elle cite certes à ce propos le projet ELMED d’interconnexion électrique entre la Tunisie et l’Italie qui constitue une nouvelle preuve de ces investissements mutuellement bénéfiques pour les deux continents. Mais cela restera encore à voir !
A Paris, Bouden n’oublie pas que les réformes demandées sont aussi d’ordre politique, et se donne ainsi l’occasion de « rassurer et confirmer de nouveau que la Tunisie s’est engagée, depuis le 25 juillet 2021, dans un processus de transition démocratique irréversible, en concordance avec la volonté et les choix exprimés par les Tunisiens et leur désir ardent de vivre dans une société démocratique respectueuse de l’Etat de droit et des valeurs universelles ».
Selon elle, « la Tunisie est déterminée à avancer sur cette voie corrective visant à mettre en place des institutions démocratiques réelles et pérennes, à asseoir les véritables fondements de l’Etat de droit et à lutter contre la corruption, dans le respect des principes de la démocratie et des libertés fondamentales et en parfaite harmonie avec les choix du peuple tunisien (…). Le but de tous ces changements profonds est de redonner aux Tunisiens confiance en leur Etat et ses institutions et d’assurer durablement une stabilité politique retrouvée ». A ce stade, c’est une grande partie du peuple qu’elle gouverne qui gère jusqu’ici tant bien que mal son espoir que le chef de tout l’Etat réalisera leur espoir, et confirme sa détermination à bien faire … ce qu’il dit, non ce qu’il pense tout seul !








