AccueilLa UNEEuro-Cycles encaisse, mais sa rentabilité s'use plus vite que ses ventes

Euro-Cycles encaisse, mais sa rentabilité s’use plus vite que ses ventes

Euro-Cycles clôture l’exercice 2025 avec un chiffre d’affaires de 99,5 MDT (millions de dinars tunisiens), en recul de 16,85 pour cent par rapport aux 119,6 MDT de 2024. Le résultat net s’établit à 8,4 MDT contre 10,4 MDT un an plus tôt, soit une baisse de 19,2 pour cent. Le total bilan se contracte de 155,2 à 126,1 MDT. Les capitaux propres progressent légèrement à 64,4 MDT, soutenus par le résultat de l’exercice, malgré un dividende de 5,9 MDT versé aux actionnaires, soit 0,600 dinar par action. Les commissaires aux comptes Yosra Chelly et Ahmed El Kafsi certifient les comptes sans réserve, avec un paragraphe d’observation sur un contrôle douanier en cours portant sur vingt ans d’opérations d’exportation.

La photographie d’ensemble reste celle d’une société profitable et solide. Mais le détail des comptes raconte une histoire moins lisse, celle d’une rentabilité opérationnelle qui s’érode plus vite que le chiffre d’affaires, et d’une trésorerie largement portée par un effet ponctuel.

–          Une baisse qui vient entièrement de l’export

Eurocycles est une exportatrice quasi exclusive. La liste de ses clients ordinaires est entièrement composée d’acteurs étrangers, Halfords au Royaume-Uni, Atala en Italie, Go Outdoors et Conor Sports, Modelo Continente au Portugal, Avantago Sports en Allemagne. Aucun client tunisien n’apparaît dans les comptes, ce que confirment le régime fiscal à l’export et les engagements hors bilan libellés en devises. La totalité de la baisse du chiffre d’affaires est donc une baisse de l’export.

Le premier client en porte la marque. La créance Halfords passe de 16,9 à 7,3 MDT, une contraction de 57 pour cent en un an. Plusieurs clients disparaissent complètement de la liste, KS Cycling, Yoac Group, Groupe Tandem Falcon, signe que le repli est large et ne tient pas à un seul compte.

–          Le contexte européen explique le choc

Cette baisse n’est pas une défaillance commerciale interne, mais la traduction comptable d’un choc de demande externe. Le marché européen du vélo traversait en 2025 une phase de déstockage prolongée après la bulle post-Covid. Selon les données de marché disponibles, le marché britannique accusait un recul d’environ 30 pour cent par rapport à son niveau d’avant-pandémie, et le marché allemand reculait sur l’année, les surplus s’écoulant avec de fortes remises lors des salons professionnels. Halfords renouait toutefois avec une légère croissance sur les ventes de vélos pour son exercice clos en mars 2025, ce qui offre un signal d’espoir pour 2026. Ces éléments de contexte ne figurent pas dans les états financiers et relèvent de l’environnement de marché.

En Allemagne, premier marché européen, les ventes de vélos et de vélos électriques ont reculé de 7,7 pour cent en valeur en 2025, avec une pression simultanée sur les volumes et sur les prix moyens, le prix moyen du vélo électrique passant d’environ 2 650 à 2 550 euros.

Le signal positif, Halfords a annoncé une croissance de ses ventes de vélos de 1,7 pour cent sur l’exercice clos en mars 2025, après plusieurs années difficiles.

–          La compression des marges, le vrai sujet

Derrière la résistance du résultat net se cache une érosion plus rapide de la rentabilité. Le résultat d’exploitation chute de 29,5 pour cent, à 13,4 MDT contre 19,1 MDT, presque deux fois plus vite que le chiffre d’affaires. La marge sur coût matière ressort à 32,3 pour cent du chiffre d’affaires en 2025, soit 32,2 MDT de marge dégagée. L’excédent brut d’exploitation revient à 17,0 MDT. Autrement dit, la société n’a pas seulement vendu moins, elle a aussi vendu dans un marché où la pression sur les prix imposée par le déstockage pesait sur les conditions de marge.

–          Une trésorerie sous perfusion de déstockage

Eurocycles affiche un flux de trésorerie d’exploitation de 26,4 MDT, en apparence robuste. Mais l’essentiel provient du déstockage, les stocks nets passant de 93,3 à 74,4 MDT, soit près de 19 MDT libérés. Le flux récurrent, une fois neutralisé cet effet, se situe autour de 8 MDT. C’est un point que le marché ne lit pas toujours dans un résultat net positif. Le déstockage est une source de trésorerie ponctuelle, qui ne pourra pas se prolonger indéfiniment. Quand les stocks auront été ramenés à leur niveau d’exploitation normal, ce soutien disparaîtra, et la trésorerie reviendra à son niveau récurrent.

–          Le risque de change s’intensifie

Les pertes de change atteignent 3,2 MDT en 2025 contre 2,0 MDT en 2024. Pour une société dont la quasi-totalité des recettes est en devises, toute volatilité du dinar dans les exercices à venir se répercutera directement sur le résultat financier, dans un sens ou dans l’autre.

Un contrôle douanier à surveiller

Les commissaires aux comptes signalent qu’Eurocycles fait l’objet depuis août 2024 d’un contrôle douanier portant sur vingt ans d’opérations d’exportation, de 2004 à 2024, concernant les justificatifs de rapatriement de devises. La société a présenté 10 050 titres sur les 10 158 demandés, soit 99 pour cent. Les 108 titres restants sont en cours de traitement auprès des intermédiaires agréés. Aucun redressement n’a été notifié à la date du rapport, le 28 avril 2026. Les commissaires précisent que la situation n’a pas remis en cause la régularité et la sincérité des états financiers. Le risque est résiduel mais non clos, et il porte sur l’intégralité de l’historique d’exportation d’une société dont l’export est le cœur du modèle depuis sa création.

–          Ce que le résultat net ne dit pas

Eurocycles reste profitable, avec 8,4 MDT de résultat net et des capitaux propres solides à 64,4 MDT. La baisse du chiffre d’affaires s’explique en grande partie par un choc de demande externe sur ses marchés européens, et non par une défaillance commerciale interne. Mais derrière ce résultat, la rentabilité opérationnelle s’érode à grande vitesse, la trésorerie est largement soutenue par un déstockage qui ne peut se prolonger indéfiniment, et le risque de change s’intensifie. La légère reprise enregistrée par Halfords sur son dernier exercice offre un signal d’espoir pour 2026. L’enjeu pour Eurocycles sera de reconstituer ses volumes commerciaux à des conditions de marge acceptables, dans un marché européen qui se réoriente vers le vélo électrique, segment sur lequel la société n’est pas encore visible dans ses comptes.

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