Au milieu de craintes d’effondrement proche des diverses filières agricoles, si rien n’est entrepris pour l’éviter, et des perturbations répétées de l’approvisionnement du marché local en divers produits, s’est tenue, ce mercredi 7 septembre, au siège de l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (UTAP), une séance de travail sur les préparatifs en cours en prévision de la nouvelle saison des grandes cultures dans le pays , à partir de fin septembre (culture du blé dur, du blé tendre, et de l’orge notamment).
L’ambiance était surchauffée du côté des agriculteurs, mais une note d’optimisme est venue atténuer leurs appréhensions. Le représentant du Groupe Chimique Tunisien, Abdelhafidh Ben Othman, a assuré les agriculteurs que le Groupe dispose des quantités suffisantes en engrais azotés principalement l’ammonitrate ( dit ammonitre en Tunisie) et en engrais phosphatés, notamment le DAP (di ammonium phosphate) mais attend la fixation des prix de ces intrants de la part des autorités compétents pour entamer l’approvisionnement du marché et des agriculteurs. Le prix de ces intrants change à chaque saison. Un conseil ministériel s’était tenu dernièrement à cet effet, et les nouveaux prix ne vont pas tarder à sortir, probablement cette semaine ou la semaine prochaine.
Il a parlé d’un stock de 60 mille tonnes d’ammonitrate, soit 25% de la consommation annuelle et des quantités suffisantes de DAP. Leurs prix bénéficient de subventions car ils sont élevés notamment pour les engrais azotés, l’azote étant importé.
L’autosuffisance, objectif commun
Le ministère de l’Agriculture, de la pêche et des ressources hydrauliques a mis en place un plan national pour la réalisation de l’autosuffisance en céréales et plus particulièrement en blé dur.
Le président de l’UTAP, Noureddine Ben Ayed, a évoqué les difficultés auxquelles font face les diverses filières agricoles, soulignant l’adhésion des agriculteurs à l’objectif d’atteindre l’autosuffisance pourvu que les moyens nécessaires soient mis à leur portée.
Comme les autres agriculteurs, il a mis l’accent sur la nécessité de faire participer les agriculteurs à la définition des stratégies agricoles, et d’être à leur écoute, d’autant que le ministère de l’Agriculture est supposé être leur représentant et leur défenseur à l’échelle gouvernementale.
« Nous ne demandons pas l’impossible, a-t-il dit, mais nous ne sommes pas disposés à travailler sans une marge bénéficiaire propre à compenser la sueur des agriculteurs. »
Les débats ont porté sur l’augmentation des coûts de production et la nécessité d’en tenir compte ainsi que sur l’importance d’approvisionner le marché en intrants agricoles de manière continue.
Dans des déclarations à la presse en marge de la réunion, le président de l’UTAP a signalé la situation difficile que connaît le secteur du lait, proposant une augmentation de 100 millimes pour le prix du litre de lait à la production.
L’hémorragie des céréales
Mais ce sont les produits céréaliers qui donnent le plus de tourments, au motif qu’ils participent à l’hémorragie des caisses de l’Etat en dominant les subventions des produits alimentaires, leurs prix à la consommation en Tunisie étant parmi les plus bas et leur consommation une des plus élevées au monde.
En 2020, les céréales accaparaient plus des trois quarts des subventions totales directes des produits alimentaires. Les produits céréaliers qui sont les plus subventionnés sous forme de biens de consommation finale sont le gros pain, la baguette, les pâtes alimentaires, la semoule, le couscous et la farine.
Le système de subventions universelles tel qu’il est conçu actuellement, a considérablement contribué à gonfler la consommation de blé et dérivés entrainant des fuites et du gaspillage économiquement coûteux.
En effet, les prix faibles de détail des céréales et dérivés, ont contribué à enregistrer un record mondial pour la Tunisie en termes de consommation de blé par habitant. Celle-ci dépassant le double de la moyenne mondiale. Cette demande extrêmement élevée de céréales reflète également les incitations des transformateurs à produire plus (pour recevoir plus de subventions) et génère un fort gaspillage des produits céréaliers.








