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La fenêtre de croissance

«La Tunisie vient de clore ce qu’on appelle  la fenêtre démographique dans laquelle elle est entrée il y a une vingtaine d’années. Il s’agit d’une situation très prospère où les effets de la  fécondité avaient permis, par exemple, la fermeture d’écoles parce qu’il n’y avait pas assez d’élèves et en même temps nous n’avions pas une population âgée importante (moins de 10% de personnes âges de plus de 60 ans). Normalement, la Tunisie grâce à cette fenêtre démographique, si elle l’avait exploitée, aurait réalisé une croissance économique importante»

Au lieu de tirer profit de cet acquis majeur que les pionniers de l’Indépendance nous ont légué grâce à leur audacieuse politique d’espacement des naissances, évitant ainsi au pays l’impact dévastateur d’une surpopulation, le démographe tunisien qui l’a noté, l’universitaire Mohamed Ali ben Zina a ajouté que «  le problème qui s’est posé, cependant, est le chômage des jeunes notamment, qui a fait que même si on a un potentiel d’actifs important, il  ne pouvait pas contribuer à la croissance économique du pays en raison de ce chômage .

En effet, outre la petite population nationale actuelle, inférieure au tiers de la population de la capitale japonaise Tokyo, la même politique audacieuse des pionniers, malgré la modestie des moyens dont ils disposaient, a initié un enseignement généralisé qui a permis aujourd’hui, à la Tunisie, l’accumulation d’un capital humain de qualité. Toutefois, ce capital précieux est  bradé et laissé à la dérive au profit des pays européens, et autres, très contents de l’utiliser pour s’enrichir davantage.

Confrontés au vieillissement de leurs habitants, plusieurs pays européens dont la France et l’Allemagne ne cachent plus leurs besoins considérables en éléments humains instruits et qualifiés pour colmater les brèches. Le gouvernement français a élaboré une loi d’immigration positive afin de repeupler par ce moyen la campagne française dépeuplée.

Au top du progrès économique et technologique, ces pays croient encore à la devise « qu’il n’est de richesses que d’hommes ».

Elément de croissance

D’ailleurs, nombreux sont ceux qui disent ne pas comprendre qu’avec ces acquis démographiques de la Tunisie et la grande compression des besoins et de la demande sur le plan quantitatif, les responsables tunisiens n’ont pas su la propulser à des niveaux supérieurs de progrès économique et social.

A la place, on assiste, au contraire, dans les divers domaines, à de très mauvais services publics, tant en matière d’éducation et d’enseignement, qu’en matière de santé, de transport, d’infrastructure, d’administration parallèlement au chômage des jeunes diplômés du supérieur et la mauvaise répartition de la population, à cause de sa concentration dans les grandes villes, ce qui a généré des surcharges de la demande dans ces villes et une dilapidation des gains de progrès enregistrés au fil des ans.

Un étranger qui voit la surcharge des moyens de transport public dans la capitale Tunis compterait la Tunisie parmi la catégorie des pays sous développés.

Or, comme l’ont noté des spécialistes internationaux de renom, la fenêtre démographique dont parlait le démographe Mohamed Ali ben Zina, a le mérite autant d’équilibrer la société tunisienne que de la doter d’une jeune génération plus ouverte au progrès technique et au nouveau que les actifs âgés, victimes de leur dépendance aux sentiers battus.

Un capital humain de qualité est un élément central de croissance, ont affirmé ces spécialistes

Cependant, la Tunisie est en train de sortir de la fenêtre démographique signalée. La population tunisienne de plus de 60 ans est en augmentation progressive. La base de la pyramide des âges est en train d’augmenter ces dix dernières années en raison d’une reprise démographique due à un phénomène structurel. A cet égard, Mohamed Ali Ben Zina explique qu’à partir des années 2000, les naissances ont commencé à reprendre pour atteindre un pic inédit en 2011, résultant du boom des naissances apparu dans les années 80, et qui, en 2011 justement, ont atteint l’âge de se marier et d’avoir des enfants.

En effet, concernant l’espérance de vie estimée à 72 ans pour les hommes, et à 76 ans pour les femmes, la Tunisie frôle la moyenne mondiale. Il en va de même sur le plan de la fécondité, nous frôlons également la moyenne mondiale (2,6 enfants par femme) de sorte que la Tunisie se trouve sur le seuil de remplacement de la population.

Le  pays  a donc l’heureuse opportunité de parier sur ses avantages démographiques comparatifs pour surmonter les crises qui le secouent de partout, encore faut-il assurer les conditions et le contexte appropriés.

S.B.H

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