Preuve de sincérité pour les uns, l’aveu du ministre de l’économie et de la planification, Samir Said, qualifiant, dernièrement, le recours aux prêts du FMI d’incontournable pour sortir de la crise, a paru plutôt, pour d’autres, refléter l’esprit fataliste qui a longtemps caractérisé les sociétés orientales et que les pionniers de la renaissance arabe et tunisienne dont le leader Habib Bourguiba avaient combattu par tous les moyens.
Pourtant, plusieurs mesures retenues dans le budget de l’Etat pour l’année 2023 et les dispositions de la loi des finances pour le même exercice montraient une bonne appréciation de la situation nationale et internationale, et un soin de calibrage salutaire, à l’instar de la révision à la baisse du taux de croissance fixé à 1,8% et la compression du déficit budgétaire malgré la dimension nettement sociale de la loi de finances.
Un ralentissement général de l’économie mondiale et des économies nationales est attendu, en effet, en 2023, à part celles de peu de pays extrêmement riches comme certains pays pétroliers du Proche-Orient.
Les rapports internationaux les plus fiables sont unanimes pour estimer que la croissance mondiale ne dépasserait pas 2,7% en 2023, mais ils prévoient un fléchissement du taux d’inflation qui a grimpé à des niveaux élevés en 2022 (plus de 10% dans les pays européens et environ 9% en Tunisie).
Justement, les mêmes rapports internationaux ont mis en garde contre le risque de mal calibrer les mesures monétaires, budgétaires ou financières déplorant que ce risque a fortement augmenté à l’heure où l’économie mondiale reste plus fragile que jamais et où des signes de tension apparaissent à divers plans.
En effet, un des facteurs de ce recul de l’économie mondiale et des économies nationales est le resserrement des politiques monétaires à travers des relèvements successifs des taux directeurs des Banques centrales, ce qui a impacté négativement la demande et les sources de financement des investissements.
Politisation à outrance
Le nouveau budget tunisien a été marqué aussi par une certaine prudence au niveau de la fixation du prix référentiel du baril de pétrole, soit 89 dollars, contre 75 dollars en 2022, bien que le marché mondial du pétrole soit très volatil, si bien que l’Algérie qui est un producteur de pétrole et de gaz a opté pour un prix référentiel se situant entre 60 et 70 dollars. Toutefois, les analystes estiment que des dérives pourraient se produire, dans ce domaine, à cause des décisions purement politiques prises par certains pays influents comme celle des pays européens tendant à plafonner les prix de pétrole et de gaz, au mépris de la règle de l’offre et de la demande du marché.
La politisation devient ainsi la règle dans la conduite des affaires et comme elle est employée par les grandes puissances, ça passe ou ça casse. Le FMI ne déroge pas à cette règle.
Aussi, tout le monde, aujourd’hui, des plus grands spécialistes aux gens les plus ordinaires, vous dira que « le FMI est un ami qui vous veut du mal », au point que sa réforme, devenue une urgence mondiale, figure à l’ordre du jour de l’Organisation des Nations Unies dont il n’est qu’une Agence, en attendant seulement que le contexte international se stabilise et se pacifie un peu.
Déjà, en 2009, l’ONU a souligné dans l’une de ses déclarations « qu’il importe de réformer d’urgence la gouvernance des institutions de Bretton Woods (le FMI), sur la base d’une juste et équitable représentation des pays en développement, afin d’accroître la crédibilité et d’élargir la responsabilité de ces institutions. Ces réformes doivent refléter fidèlement les réalités nouvelles et renforcer le point de vue, la voix et la participation des marchés émergents dynamiques et des pays en développement, notamment les plus pauvres d’entre eux ».
C’est que de très nombreuses difficultés que rencontrent aujourd’hui les pays émergents et en développement comme la Tunisie, à l’instar des difficultés liées au surendettement, ont eu pour origine le reniement des principes sur lesquels a été fondée l’Institution de Bretton Woods, de la part du FMI et des grandes puissances et à leur tête les Etats Unis, comme le principe de la stabilité des monnaies locales qui ne devraient pas fluctuer au-delà de 1%, ou encore le principe de la poursuite de l’application de l’or comme étalon, à côté du dollar américain. Entre temps, les Américains ont décidé de retirer à l’or ce rôle et depuis c’est le dollar, et par conséquent les Etats Unis, qui sont devenus la référence.
Les récents relèvements des taux directeurs opérés pour lutter contre l’inflation ont été inaugurés par les Etats Unis, avant d’être suivis par la plupart des autres pays. La Turquie où le taux d’inflation a atteint un niveau phénoménal (76%), a procédé, au contraire, à des baisses de son taux directeur. C’est que, parallèlement aux mesures de relèvement, le gouvernement américain a pris soin de fournir aux entreprises économiques américaines des aides substantielles de plusieurs milliards de dollar au point que les Européens s’en sont plaints auprès de l’Organisation mondiale du commerce.
Lourd reliquat
Mais, le FMI a continué de presser le gouvernement tunisien à ne plus venir en aide aux entreprises publiques à travers le budget de l’Etat, pour lui accorder des prêts.
Au même moment, selon les mêmes rapports internationaux, l’appréciation marquée du dollar, consécutive à un abus « de la planche à billets » de la part des Etats Unis, a intensifié sensiblement les pressions sur les prix intérieurs et la crise du coût de la vie dans beaucoup de pays. De nombreux pays émergents comme la Tunisie et autres pays en développement ou à faible revenu restent en situation de surendettement.
Accablé par un lourd reliquat de mauvaise gestion et de gaspillage d’argent et d’efforts de la décennie écoulée, le gouvernement tunisien s’est trouvé manœuvrer sous haute tension, toutefois, comme l’ont affirmé plusieurs analystes, il y a toujours un éventail national de choix dans lequel on peut puiser à loisir pourvu de pouvoir garantir l’adhésion du front intérieur qui reste la référence infaillible de succès.
S.B.H








