AccueilLa UNELa Tunisie face à l'instrumentalisation des « aides financières »

La Tunisie face à l’instrumentalisation des « aides financières »

Le retour subit de la polarisation dans les relations internationales a pris de court  les pays pacifistes dont en particulier la Tunisie, lâchée, dans un moment critique, par des amis pour qui, sans crier gare, la règle est redevenue « si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi ». L’idée qu’on peut être l’ami de tous n’est plus tolérée.

Commentant, dernièrement, le piétinement des pourparlers avec le FMI en vue du déblocage du prêt promis de 1,9 milliard dollar à la Tunisie,  l’universitaire Mustapha Jouili, docteur en sciences économiques, a déclaré, le 18 avril, à La Presse, en substance : «  Bien que le FMI ait déjà donné son accord de principe (un financement de 1,9 milliard de dollars), les pourparlers continuent depuis quelques mois et risquent de prendre encore du temps. Ceci est lié en grande partie à deux facteurs : le premier, externe, associé aux dynamiques et rivalités géostratégiques récentes. Face à la montée des «puissances émergentes» (Brics) et leur présence ascendante dans la région, les puissances occidentales (USA et UE), au-delà des questions de «réformes», cherchent à instrumentaliser les «aides financières» pour préserver les alliances «traditionnelle» et éviter tout basculement des pays de la région, en l’occurrence la Tunisie, vers le bloc naissant.

« Le deuxième facteur, interne, réside dans l’impasse  où  se trouve le pouvoir politique en place. D’une part, dans un contexte de crise des finances publiques, le recours au FMI s’avère indispensable. Surtout que la recherche de nouvelles sources de financement implique un changement de positionnement géostratégique, ce qui est, pour l’instant, politiquement difficile sinon impossible. D’autre part, se financer auprès du FMI et accepter ses conditionnalités (élimination des subventions, privatisation…) risque d’exacerber la crise sociale et éroder la légitimité du pouvoir politique ».

Aux côtés de ces risques, d’autres analystes ont ajouté celui plus grand  de perte totale de souveraineté, qu’implique le surendettement, abstraction faite de l’issue des pourparlers, car la Tunisie, avec 132 milliards de dinars de dettes extérieures, représentant 93% du PIB, à la fin de 2022, selon la BCT, se trouve dans ce cas et n’aura d’autre alternative, en continuant de recourir à ce type d’emprunt que la soumission aux diktats des institutions internationales et aux exigences du capital international.

Sur le plan social, ce sont les catégories pauvres et moyennes qui vont en supporter le coût, mais, dans un laps de temps très court, toute l’économie tunisienne va en pâtir, ont- ils ajouté, ce qui rend absolument crédibles, à leur avis, les craintes d’effondrement de la Tunisie, formulées, ces dernières semaines, par les Européens.

Défi du modèle de croissance

Comment alors sortir du cercle ou du piège de l’endettement ? Il faut au préalable le vouloir !

Sans le crier sur les toits, le gouvernement Bouden  y pense, sûrement, tout le temps, face aux déséquilibres inquiétants des finances publiques dont il a la charge.

Dans ce contexte, le gouvernement avait déjà mis en place le fameux Programme National de Réformes, soutenu par des stratégies sectorielles et une vision générale à l’orée de 2035.

Mercredi 19 avril, un Conseil ministériel présidé par la cheffe du gouvernement s’est penché, justement, sur  « les mesures urgentes permettant de promouvoir la croissance économique en 2023, et la mise en œuvre du Programme National des Réformes ».

De source officielle, il est dit que « l’accent a été mis, à cette occasion, sur l’importance de résoudre les problèmes qui entravent la réalisation des projets d’investissement, l’accélération du rythme de la croissance, l’exécution des réformes structurelles en œuvrant à garantir la régularité de la production nationale en phosphate. Il s’agit également d’accélérer la réalisation des projets des énergies renouvelables, d’améliorer la production et le rendement des secteurs, à l’instar du tourisme, de l’agriculture, de l’industrie et de l’infrastructure ».

S’agissant du suivi du Programme National de Reformes, autant la cheffe du gouvernement que le ministre de l’économie et de la planification ont insisté sur l’impact de ces réformes pour la restauration des équilibres des finances publiques.

Cependant, l’économiste Mustapha Jouili et plusieurs autres spécialistes  ont relevé que l’action du gouvernement s’inscrit toujours dans la logique de l’ancien modèle de développement d’inspiration néolibérale et mondialiste, sans posséder les moyens dont la Tunisie disposait avant 2010, et épuisés depuis par l’incurie ayant marqué la période de relâchement post- révolution. .

Ainsi, pour lui, déjà depuis 2021, sortir du cercle ou du piège de l’endettement implique une rupture avec le modèle dominant, en particulier sa variante néolibérale. Il a plaidé en faveur d’un nouveau modèle avec, comme piliers, la justice sociale et la souveraineté nationale, un modèle qui accorde la priorité aux secteurs productifs.

Cependant,  ceci n’exclut pas le recours à des mesures ponctuelles immédiates pour améliorer la situation sans recourir aux prêts extérieurs, comme des mesures tendant à réduire le déficit de la balance commerciale, à travers les divers mécanismes possibles à l’instar du conditionnement des importations par des exportations parallèles conséquentes.

S.B.H

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