En 2022, le navire amiral du groupe Belkhiria qu’est la Sopat faisait un chiffre d’affaires de plus de 178,356 MDT, en hausse de plus de 32,5 MDT en glissement annuel. La même année, ses bénéfices (606,319 MDT) augmentaient de presque 336,37 mille DT, et sa trésorerie, qui était négative de 3,2 MDT au début de l’exercice, redevenait positive de plus de 1 MDT à la clôture de l’exercice.
Après avoir beaucoup récolté sur le marché de quoi désormais contrôler presque 96 % du capital de l’entreprise, Kamel Belkhiria a tout récemment décidé de retirer l’action Sopat de la bourse. Une information qui a beaucoup fait réagir les boursicoteurs tunisiens sur les réseaux sociaux, qui ne comprennent pas cette sortie d’une entreprise qui s’est pourtant refaite une bonne santé en bourse, et le silence de Belkhiria à cet égard.


– La petite histoire d’un grand groupe
Créé en 1987 en Sarl par le groupe Lahmar (Fethi, Rached et Imed), il est contrôlé en poupée russe par « Gallus Holding Finance », qui est le bras financier du groupe. En mars 2007, le groupe Lahmar décide de son introduction sur l’Alternatif de la BVMT, et d’augmenter le capital à 10 MDT. Trois années plus tard, le capital était de plus de 37,861 MDT.
Rose Blanche Group est un groupe agroalimentaire tunisien qui opère dans les filières des céréales et dérivés, de l’alimentation animale et de la production avicole. « Rose Blanche », est surtout connu pour ses pâtes alimentaires, avec plus de plus d’un million de tonnes de produits céréaliers produits en 2020. Le groupe est une multitude d’entreprises enchevêtrées les unes dans les autres, exerçant essentiellement dans les céréales et qui a intégré la chaîne de l’élevage et la vente de poulets en rachetant la holding financière qui détient la majorité du capital de la Sopat.
Pour comprendre le lien entre la Sopat et le groupe la Rose Blanche de Belkhiria, rappelons que la Sopat était cotée sur le marché Alternatif de la BVMT, où elle était entrée en 2007 au cours de 11 DT. Son OPS (Offre Publique de Souscription) concernait alors 522.742 actions et le montant de l’opération était de 5,750 MDT.
En août 2010, la Sopat qui était alors encore contrôlée par les frères Lahmar, passait sur le marché principal de la Bourse, avec toutes les obligations de transparence qui accompagnent toute présence sur la cote de la Bourse. L’entrée sur la cote principale de la BVMT s’était faite après une opération de Split sur la valeur nominale de l’action de 5 à 1 DT, suivie par une augmentation de capital en numéraire opérée en juillet 2010, avec l’injection d’un peu plus de 1, 3 MDT.
– Il était coté en Bourse malgré lui, il décide d’en sortir
En février 2014, la société Gallus annonçait que le Fonds Abraj Capital qui détenait 49% du capital de Gallus S.A, elle-même propriétaire de 65,429% de la Sopat, a cédé sa participation au niveau de la société Gallus au profit des sociétés du Groupe Belkhiria et des frères Lahmar, pour la somme de 11 millions de dinars et 9.148.834 actions. Mars de la même année, le Groupe Kamel Belkhiria finit par détenir la totalité du capital de la société Gallus Holding Finance pour le montant de 11,449 MDT. Gallus détient à son tour 8.501.710 actions et droits de vote représentant 65,429% du capital de la Sopat, qui était alors encore cotée en Bourse. Kamel Belkhiria avait ainsi « hérité » d’une entreprise transparente et cotée, et qui s’échangeait au cours moyen de 2,68 DT l’action à la date de l’acquisition.
13 ans après son introduction sur le marché principal de bourse, il vient de choisir de retirer la Sopat de la bourse, sans donner une explication officielle, à laquelle d’ailleurs il n’est pas légalement obligé, et comme il pourrait d’ailleurs aussi y être obligé par le CMF, car détenant désormais, individuellement et de concert, plus de 95 % du capital. Mais dans le cas actuel, ce sont la Sopat même et ses propriétaires qui ont lancé l’OPR (Offre Publique de Retrait) qui est conduite par l’intermédiaire boursier TSI du groupe Hédi Ben Ayed.
La dite OPR, phénomène désormais en série sur une place entrepreneuriale qui retourne au vieux dicton du « vivons heureux, vivons cachés », ne concerne que le flottant de 4,35 % du capital resté en bourse, pour le prix de 2,050 DT l’action. Ce prix, rappelons-le, est fixé par le CMF et reflète la réalité du marché selon des intermédiaires que nous avons pu contacter.
– Qui a gagné, qui a perdu ?
Si les 1.647.997 proposés au rachat de cette entreprise, où le PER (Rapport entre le cours de l’action en bourse et ses profits) en bourse est de 51,744 % selon Mac Sa et la performance annuelle en 2023 a été de 42,36 % (Mieux que Attijari Bank qui est à 26,29 % ou la Biat avec 7,52 %), ne sont pas totalement vendus au groupe Belkhiria, la Sopat basculera vers le hors-cote.
L’entreprise restera cotée (Comme la BTK par exemple), mais ne sera plus astreinte aux obligations de publication de ses états financiers trimestriels et semestriels, mais seulement un simple bilan présenté en AGO annuelle. Le boursicoteur aura nettement moins d’informations sur la vie de l’entreprise, ses indicateurs d’activité, combien est rémunéré le DG (147.545 DT en 2022 pour Skander Makni et RIEN pour Kamel Belkhiria), si elle est fortement endettée ou non, si elle a été redressée fiscalement ou socialement, et bien d’autres informations qui manqueront.








