La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, aurait-elle joué la mauvaise carte en s’impliquant comme elle l’a fait dans le protocole d’accord migratoire signé entre la Tunisie et l’Union européenne ? Le fait est que, n’en engrangeant sans doute pas les dividendes qu’elle escomptait, elle est revenue à la charge pour réclamer à son voisin nord-africain la mise en œuvre intégrale dudit accord conclu pour mieux gérer le flux de migrants tunisiens vers l’Italie.
S’exprimant, mercredi, devant le parlement italien, elle a indiqué que Rome soutient l’application du Mémorandum d’entente et du plan de la Commission européenne composé de dix points lors de la réunion de deux jours du Conseil de l’Europe.
En fait, maints obstacles se dressent sur la voie de la mise en œuvre de l’accord avec la Tunisie, qui est considérée comme un point de départ majeur des flux migratoires vers les îles italiennes voisines. Certains points, notamment le soutien financier, font, cependant, l’objet d’un différend. D’ailleurs, les responsables tunisiens ne se sont pas fait faute de reprocher à Bruxelles sa lenteur dans le respect des engagements financiers pris.
Une maigre consolation quand même pour Meloni : la baisse du nombre d’arrivées en mer en octobre par rapport au même mois en 2022 qui, assure-t-elle, montre que le travail accompli jusqu’à présent pour stopper l’immigration irrégulière commence à porter ses fruits. C’est aussi, a-t-elle ajouté, le résultat de « l’accord avec la Tunisie, malgré le fait qu’un camp politique ait essayé par tous les moyens de le saboter », faisant référence aux partis de la gauche politique en Italie et en Europe qui, selon elle, ont essayé de faire valoir qu’aucun pays d’Afrique du Nord n’est un État sûr avec lequel il est possible de s’entendre pour arrêter les départs ou rapatrier les migrants en situation irrégulière.
Le « gros problème » de Meloni
Mais , il est un fait que plus de 70 % des Italiens pensent que Meloni a fait moins que ce qu’elle avait promis en matière d’immigration, et 66 % estiment que le gouvernement n’est pas capable de gérer cette question.
« C’est un gros problème pour Mme Meloni », a déclaré Matteo Villa, chercheur principal à l’Institut italien d’études politiques internationales. « Le gouvernement est soumis à une forte pression. Meloni n’est pas la seule dans ce cas. Les populistes de droite du monde entier sont souvent accusés de vendre des solutions simplistes et irréalistes à des problèmes complexes, en particulier l’immigration. L’ancien président américain Donald Trump n’a jamais construit le mur, bien que son successeur ait toujours l’intention de le faire. La Grande-Bretagne continue d’être rejointe par des dizaines de milliers de migrants clandestins chaque année, bien après que les partisans de la droite pro-Brexit l’aient convaincue de se séparer de l’UE pour « reprendre le contrôle » de ses frontières. Le président centriste français Emmanuel Macron a battu à plusieurs reprises la dirigeante d’extrême droite Marine Le Pen lors des débats présidentiels en mettant en évidence l’incohérence de son programme, rappelle, à ce propos Foreign Policy.
Un MoU de plus en plus contesté
L’accord sur l’immigration avec la Tunisie fait partie d’une stratégie de la droite pour attirer des électeurs, selon une eurodéputée allemande de premier plan
Ursula von der Leyen a conclu à la hâte un accord avec la Tunisie afin de simuler une action sous la pression pour freiner l’immigration, a déclaré à Euractiv Katarina Barley, candidate principale des sociaux-démocrates allemands (SPD/S&D) aux élections européennes de juin prochain. Barley, qui a été ministre de la justice en Allemagne et qui est l’actuelle présidente de la délégation du SPD au Parlement européen, a récemment été reconduite en tant que candidate principale désignée du parti pour les prochaines élections européennes.
Avant la campagne, elle a mis en garde contre un glissement imminent de l’extrême droite associé à une situation migratoire « insupportable ». « Le statu quo en matière de migration (…) n’a rien à voir avec les valeurs de l’Union européenne », a-t-elle déclaré, ajoutant que les pays situés aux frontières de l’UE laissaient les migrants se noyer dans la Méditerranée parce que les gouvernements refusaient de partager le fardeau.
La pression exercée pour réduire les flux migratoires a conduit les pays européens à payer le gouvernement autoritaire de la Tunisie en échange d’une répression de l’immigration en Méditerranée. Cependant, l’accord est aujourd’hui en suspens, car le président tunisien et les fonctionnaires de l’UE se sont échangés des coups au sujet de la mise en œuvre appropriée, la Tunisie devant restituer les fonds à Bruxelles, souligne le réseau de médias européens Euractiv.
L’accord a été adopté à la hâte par une soi-disant « équipe Europe », composée de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et de deux dirigeants nationaux, afin de faire bonne figure devant les électeurs, a déclaré Barley, critiquant le manque de coordination européenne plus large. Ses espoirs reposent sur une réforme en cours de la politique d’asile commune de l’UE, qui est censée répartir les arrivées plus équitablement entre les États membres.
Cependant, le temps presse. Si un accord n’est pas conclu avant les élections, le sort des dossiers sera incertain, car les partis de centre droit, y compris les partis d’extrême droite, sont en passe de remporter la majorité des sièges au Parlement européen après les élections.








