La Tunisie est aux prises avec la sécheresse depuis cinq ans. Des études semblent confirmer sa persistance ainsi qu’une réduction sensible de la pluviométrie. Cette aridité prolongée a bien sûr une incidence sur les disponibilités hydriques aussi bien pour l’eau potable que l’eau destinée à l’irrigation.
Le gouvernement estime ainsi que l’une des priorités de la prochaine étape est de « rationaliser la consommation de l’eau et de faire pression sur la demande dans tous les secteurs, en plus de l’utilisation de ressource non conventionnelles », y compris le dessalement de l’eau de mer et la réutilisation des eaux usées traitées.
C’est dans ce contexte que l’importance d’adopter de bonnes pratiques pour une meilleure résilience hydrique face aux changements climatiques impactant fortement les précipitations en Tunisie, a été soulignée par la directrice de la Conservation de la nature au bureau WWF-Afrique du nord, Saba Guellouz.
« Raviver l’ancienne tradition consistant à construire des citernes souterraines, communément appelées « Majel », pour la collecte des eaux de pluie, jadis très utilisée dans l’île de Djerba, serait l’une des solutions les mieux adaptées au contexte tunisien », a-t-elle ajouté dans une déclaration à l’agence TAP, au terme de la semaine de l’adaptation aux changements climatiques organisée, du 14 au 19 octobre 2024, par WWF-Afrique du nord.
Il est à noter que le réchauffement du bassin méditerranéen est 20% plus rapide que la moyenne mondiale, exposant fortement la Tunisie aux changements climatiques. Cela se manifeste par des précipitations irrégulières, des hausses de températures et des phénomènes climatiques extrêmes, impactant divers secteurs.
Dans ce contexte, le projet de Loi de Finances 2025 a reconduit la mesure visant à soutenir la construction des collecteurs d’eau de pluie, et ce pour une année supplémentaire (du 1er janvier au 31 décembre 2025). Des allocations supplémentaires de 2 millions de dinars seront mobilisées à cette fin, sur les ressources du Fonds national d’amélioration de l’habitat (FNAH).
Cette mesure visant à préserver les ressources hydrauliques a été instaurée par l’article 28 du Décret-loi n° 2022-79 du 22 décembre 2022, portant loi de finances pour l’année 2023. Lequel article alloue une dotation de 2 millions de dinars sur les ressources du FNAH pour l’octroi de crédits sans intérêts ne dépassant pas 20 mille dinars pour chaque crédit pour le financement de la construction des collecteurs d’eau de pluie. Ces crédits sont remboursables sur une durée maximale de 7 années.
Sur un autre plan, Guellouz a souligné l’importance de procéder au reboisement en préservant les variétés locales d’arbres et d’arbustes à l’instar du caroubier à Nefza, étant donné que ces variétés s’adaptent rapidement au climat tunisien, préservent les sols et garantissent des revenus aux populations locales.
Promouvoir des techniques d’adaptation
La semaine de l’adaptation aux changements climatiques ayant attiré plus de 500 participants vise à promouvoir les mesures d’adaptation prises par divers acteurs locaux, régionaux et nationaux, les ONG, les universitaires, les startups, les médias, ainsi que le grand public.
Elle a, également, pour objectif de mettre en valeur les bonnes pratiques et techniques d’adaptation aux niveaux local et national.
En parallèle aux conférences organisées au courant de cette semaine, une exposition s’est tenue au pavillon des expositions de la Cité des Sciences où une gamme variée de produits, services et pratiques représentant des solutions en lien avec l’adaptation aux changements climatiques a été présentée.
Il faut également noter que l’Observatoire tunisien de l’eau avait appelé à décréter l’état d’urgence hydrique et à mobiliser les moyens financiers nécessaires pour aider les personnes touchées par cette situation, notamment les petits agriculteurs.
L’organisation a estimé que la décision du rationnement de l’eau ne traduit aucune transformation des politiques hydrauliques nationales. Elle a, à ce titre, exhorté les autorités à clarifier les décisions prises et à respecter les horaires de coupure annoncés préalablement dans le cadre du régime de quotas.
Abdallah Rabhi, ancien secrétaire d’Etat chargé des Ressources hydrauliques et expert dans ce domaine, avait appelé à son tour à décréter l’état de sécheresse. « Le gouvernement doit faire preuve de pro-activité dans ses actions et mettre en place des mesures à la hauteur des défis auxquels le pays est confronté. Si nous attendons encore plus, nous n’aurons plus suffisamment de marge de manœuvre », a-t-il alerté.








