Les associations de la société civile en Tunisie ont relancé leurs appels pour que le gouvernement suspende son accord migratoire avec l’Union européenne (UE) dont les États membres sont accusés d’aggraver la crise en réduisant le financement des navires de sauvetage civils. Elles ont prévenu que chaque nouvelle restriction des opérations de recherche et de sauvetage ne faisait qu’alourdir le bilan des victimes.
« L’Europe est en train de transformer la Méditerranée en cimetière, et l’Italie en est la première responsable », a déclaré Imad Soltani, président de l’Association pour une terre pour tous, cité par The New Arab.
L’Italie est responsable des « violations systématiques » subies par les migrants en mer et dans les centres de détention italiens, où les abus poussent souvent les détenus au suicide ou entraînent des morts suspectes, ajoute-t-il.
Au demeurant, en décembre dernier, le comité anti-torture du Conseil de l’Europe a publié un rapport critiquant le traitement réservé par l’Italie aux migrants dans les centres de détention locaux, citant des cas de mauvais traitements physiques, de recours excessif à la force et d’utilisation de psychotropes sur les détenus.
Depuis 2011, plus de 5 000 Tunisiens auraient disparu en Méditerranée. La route de la Méditerranée centrale – principalement à partir de la Tunisie – reste le deuxième couloir le plus fréquenté et le plus dangereux vers l’Union européenne.
Selon le ministère italien de l’intérieur, près de 30 000 migrants ont atteint les côtes italiennes depuis le début de l’année, dont plus de 5 000 mineurs non accompagnés.
Le mois dernier, le ministère allemand des Affaires étrangères a confirmé qu’il ne financerait plus les ONG opérant en Méditerranée, marquant ainsi un nouveau durcissement de la politique migratoire du pays.
Parmi les organisations touchées figurent SOS Humanity, SOS Méditerranée et Sea-Eye, des groupes dont les opérations, selon les militants, sont désormais gravement sous-financées.
Pour une pression accrue sur les gouvernements de l’UE
En Tunisie, les dirigeants de la société civile insistent sur le fait que toute nouvelle restriction des missions de sauvetage doit s’accompagner d’une pression accrue sur les gouvernements de l’UE, ainsi que d’efforts renouvelés pour retrouver les milliers de personnes qui n’ont pas encore été retrouvées, souligne The News Arab.
En 2023, la Commission européenne a versé 150 millions de dollars au gouvernement tunisien dans le cadre d’un accord controversé sur la migration et le développement.
L’Italie a signé trois accords d’une valeur de 50 millions de dollars d’aide pour des projets énergétiques et de crédit pour les petites et moyennes entreprises en 2024, en échange de la coopération de Tunis en matière de migration.
La Tunisie est un point de transit majeur pour des milliers de migrants subsahariens qui cherchent à rejoindre l’Europe chaque année, l’Italie étant leur principal point d’entrée.
Le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) note que tout au long de l’histoire moderne de la Tunisie, le nombre de migrants irréguliers quittant le pays a étroitement reflété son climat sociopolitique.
« C’est le sentiment croissant de désespoir qui augmente le nombre de migrants irréguliers. Lorsque les gens sentent qu’il n’y a pas d’espoir, ils essaient de partir, quel qu’en soit le prix », a déclaré Romdhan Ben Amor à la TNA.








