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Recettes non fiscales 2025 : On finance le présent en hypothéquant l’avenir !

A bien lire le rapport sur l’exécution provisoire du budget 2025, le tableau des recettes non fiscales (RNF) de l’État tunisien pour l’exercice 2025 ne ressemble pas à un bulletin de santé budgétaire. C’est plutôt un diagnostic de survie, où chaque ligne raconte une fragilité structurelle différente. Derrière les agrégats officiels, trois réalités se dessinent : une rente pétrolière en effondrement, une dépendance gazière volatile et concentrée sur un seul mois, et un État qui peine à tirer sa juste part d’un tissu économique dont les fruits vont majoritairement ailleurs.

Le pétrole : une rente qui s’efface

La ligne « Revenus de commercialisation des carburants » raconte, à elle seule, trois ans de déclin accéléré et ininterrompu. En 2022, ces recettes atteignaient 922 millions de dinars (MDT). En 2023, elles tombaient à 616,4 MDT. La loi de finances (LF) 2025 avait prudemment tablé sur 587 MDT. Le résultat à fin décembre 2025 est de 374 MDT, soit une réalisation à seulement 63,7% de l’objectif budgétaire et une chute de 59,4% sur trois ans.

Cette trajectoire traduit à la fois l’épuisement des gisements tunisiens, la stagnation des capacités de raffinage, et la pression croissante des subventions qui comprime les marges de rétrocession à l’État. Sans réforme structurelle du secteur énergétique, cette ligne continuera de se rétrécir comme peau de chagrin, exerçant une pression croissante sur les autres sources de financement.

–          Le Gazoduc : une manne en dents de scie

La redevance Gazoduc, perçue par la Tunisie sur le transit du gaz algérien vers l’Europe via le pipeline Enrico Mattei, affiche une trajectoire erratique sur trois ans : 1 828,7 MDT en 2022, un pic à 2 064,6 MDT en 2023, puis un repli à 1 553,8 MDT en 2024 et à 1 525,1 MDT à fin décembre 2025. La volatilité est déjà préoccupante en elle-même. Elle cache, en plus, une anomalie structurelle majeure.

À fin décembre 2025, cette même ligne n’affichait que 147,4 MDT. Cela signifie que 1 377,7 MDT, soit 90,3% de la recette annuelle totale, ont été encaissés en un seul mois, décembre. La même concentration s’observait en 2024, où 87,4% du total annuel sont arrivés en décembre.

Cette architecture traduit un versement forfaitaire annuel de l’Algérie en règlement de droits de transit. Pour le trésorier de l’État, c’est un risque de liquidité systémique : toute l’année, la caisse attend décembre. Tout retard ou différend avec Alger plongerait les finances tunisiennes dans une situation critique en cours d’exercice.

–          Les participations publiques : beaucoup d’effort, peu de rendement

C’est ici que la réalité est la plus instructive. Les « Revenus des Participations », dividendes versés à l’État par ses entreprises publiques, s’établissent à 1 618,7 MDT à fin décembre 2025, au-dessus de l’objectif LF 2025 de 1 584 MDT. Le chiffre paraît solide. Il révèle en réalité l’étroitesse de la position de l’État dans l’économie productive.

Sur la même période, la Bourse de Tunis distribuait 1 580 MDT à l’ensemble de ses actionnaires, dont 879 MDT pour les cinq seuls plus grands distributeurs, la BIAT, la SFBT, Attijari Bank, Amen Bank et la Banque de Tunisie. Sur ces 879 MDT, environ 262 MDT sont partis vers trois groupes étrangers, Attijariwafa Maroc, Castel France et Crédit Mutuel France. L’État, lui, est absent ou minoritaire dans les sociétés les plus rentables de la cote. Il ne perçoit que des miettes des champions du marché, pendant que les actionnaires privés, tunisiens ou étrangers, en captent l’essentiel.

Pour atteindre ses 1 618,7 MDT, l’État est donc contraint de remonter des dividendes depuis des entreprises publiques moins rentables, banques publiques comme la Société Tunisienne de Banque (STB), la Banque de l’Habitat (BH) ou la Banque Nationale Agricole (BNA), opérateurs comme la Société Tunisienne de l’Électricité et du Gaz (STEG) ou la Société Nationale d’Exploitation et de Distribution des Eaux (SONEDE), au détriment de leurs investissements et de leurs fonds propres. On finance le présent en hypothéquant l’avenir.

–          Zéro privatisation : un choix, un coût

La ligne « Revenus de la Privatisation » reste vide. C’est un choix politique assumé, cohérent avec le discours souverainiste dominant. Mais ce choix a un coût d’opportunité réel, dans un contexte où des actifs de l’État pourraient attirer des capitaux privés et soulager temporairement la pression budgétaire.

–          L’Etat tient ses objectifs, mais difficilement

Les recettes non fiscales 2025 tiennent leur objectif global sur le papier. Elles le tiennent à grand effort : une rente pétrolière qui s’effondre, un Gazoduc imprévisible, et des entreprises publiques saignées pour compenser ce que l’État ne capte pas là où la richesse se crée vraiment. Un État actionnaire qui se nourrit peu, et de plus en plus difficilement. Et c’est ce qui fait que le ministère des Finances élargit, chaque année plus, le champ de son « rapt » fiscal, comme il vient récemment de le faire pour l’impôt sur la fortune. Un élargissement qui reste incompris face au peu d’investissement public et à la dégradation des services publics !

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