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Depuis quelques jours, et plus précisément depuis la publication d’une note de l’observatoire de l’immigration et de la démographie intitulée « l’immigration tunisienne en France, une croissance rapide qui pose question », la Tunisie est montrée du doigt dans des réseaux sociaux et des cercles politiques et médiatiques. Certains n’y sont pas allés de main morte reprochant aux Tunisiens de France leur manque d’intégration (échec de la politique de « l’immigration choisie ») et jugeant les autorités tunisiennes peu coopératives en matière de lutte contre l’immigration illégale (Tunisiens en situation irrégulière sous OQTF ou mesure d’éloignement).
La mort du Tunisien Abdelkader Dhibi, jugée suspecte par une majorité de Tunisiens et injustifiée par les autorités tunisiennes, a exacerbé la campagne contre la Tunisie et les Tunisiens de France par ces mêmes cercles avec des analyses et des propos flirtant parfois avec la xénophobie et l’esprit colonialiste. Poussant la vindicte à son paroxysme, ils se sont érigés en donneurs de leçon sur la politique interne et le modèle social tunisien. Une ligne rouge a été franchie qui a suscité colère et vive émotion auprès de Tunisiens de tout bord. L’ingérence dans les affaires internes et l’atteinte à la souveraineté nationale sont des transgressions qui ont toujours indigné et mobilisé les Tunisiens.
Les Tunisiens de France se sentent pris pour cible et un sentiment d’insécurité s’est emparé d’une bonne partie de cette communauté qui a été toujours un modèle d’intégration et de sociabilité. Une communauté bouleversée et encore sous le choc après l’assassinat d’un autre citoyen tunisien Hichem Miraoui, dans le Var au mois de mai dernier, dans un crime qualifié de « terroriste et raciste par la justice française » et que les Tunisiens de France ont encaissé avec douleur mais beaucoup de dignité et de responsabilité.
Les Tunisiens sont plutôt les victimes d’une vision erronée qui met davantage l’accent sur des faits certes tragiques et abjectes (Nice) mais qui restent isolés et ne reflètent en rien la réalité d’une communauté au comportement irréprochable et qui, par le passé en Tunisie et ailleurs, a rejeté et combattu le terrorisme et toutes les formes de violence…une vision biaisée qui nuit à l’image de la Tunisie et omet de mentionner que les Tunisiens constituent le deuxième contingent des médecins exerçant en France hors communauté européenne, sous-payés et travaillant souvent dans des conditions difficiles mais ô combien précieux pour atténuer l’impact des déserts médicaux et la pénurie du personnel de santé en France. Les ingénieurs tunisiens, notamment dans le domaine des TIC, représentent 1,6% des ingénieurs dans les licornes françaises et jugés comme ayant la cote dans les entreprises françaises. Les étudiants tunisiens jouissent d’une bonne réputation et sont nombreux dans les domaines de pointe, les filières d’excellence et les études doctorales. Les artisans Tunisiens ne sont pas en reste, ils proposent leurs services de qualité et apportent leur savoir-faire dans nombre de métiers jugés sous tension comme la restauration, l’hôtellerie, le bâtiment…les boulangers tunisiens ont souvent raflé les meilleures distinctions…
L’immigration tunisienne en France est une « immigration qualifiée » et l’intégration des Tunisiens est encore perfectible notamment avec « la fuite des cerveaux » dont souffre la Tunisie depuis quelques années. L’immigration tunisienne en France devrait être conçue comme un modèle et une chance et non pas un échec comme le laissent entendre certaines voix xénophobes. Tout ce climat de suspicion autour des Tunisiens est ressenti comme de l’inimitié et un manque de considération par l’ensemble des Tunisiens.
Ce qui est qualifié par certains comme « un racisme d’atmosphère » doit cesser au risque de transformer un climat délétère en une haine contre les Tunisiens, ressentie comme une forme d’injustice et un acharnement qui n’a pas lieu d’être. Une enquête impartiale sur la mort du Tunisien Abdelkader Dhibi doit mettre la lumière sur les circonstances de sa mort et un discours public de vérité sur l’apport indéniable des Tunisiens de France à l’essor d’un pays qu’ils n’ont jamais déçu, doit contribuer à l’apaisement des esprits et au retour à la raison.
*Mondher Zenaidi, ancien ministre et actuel opposant









