Nous évoquions dans notre édition d’hier, le cas de la compagnie Tunisair, ses grosses difficultés et la mauvaise gestion de cette situation par tous les ministres du Transport et tous les gouvernements. Tunisair vient de publier ses états financiers pour l’exercice 2021.
Cette année-là encore, elle terminait déficitaire de 265,9 MDT. Un déficit en hausse de presque 34 MDT. Ses capitaux étaient négatifs de plus de 1,240 Milliard DT, pour un capital social de juste 106,2 MDT. Et donc, Tunisair aura ainsi « bouffé » plus de 10 fois son capital.
On n’est donc toujours pas sorti de l’auberge chez le transporteur public aérien tunisien, et cela ne va certainement pas arranger ses affaires, et ceux du ministre du Transport et la direction féminine qu’il y a installée, depuis la mise sous scellés de Khaled Chelly, toujours en prison pour on ne sait quelles accusations, et toujours pas passé devant la justice malgré les mois de détention ! Voici en tout cas, ce qu’en disent les Commissaires aux Comptes de Tunisair :
– 1,813 Milliard DT de pertes en 2021, qui mettent en danger tout Tunisair
« Suite aux difficultés économiques, techniques et sociales qui ont perduré sur plusieurs années successives et suite également à la baisse durant les exercices 2020 & 2021 de l’activité de la société en raison des conséquences mondiales de la pandémie de COVID‐19, les pertes cumulées au 31 décembre 2021 ont atteint la somme de 1 813 millions de dinars, engendrant un total des capitaux propres négatif d’une valeur de 1 241 MDT (millions de dinars, dont 1.076 MDT pour l’OACA).
Ces conditions, ajoutées aux autres points décrits dans le paragraphe « Fondement de l’opinion avec réserves », révèlent l’existence d’une incertitude significative sur la capacité de la société à poursuivre son exploitation. Il s’ensuit que cette situation place la société sous les dispositions de l’article 388 du code des sociétés commerciales. Ce dernier évoque la nécessité d’une AGE qui devra décider, dans un délai de 4 mois, s’il y a lieu de prononcer la dissolution de Tunisair ». Et « si l’AGE ne s’est pas réunie dans le délai précité, toute personne intéressée peut demander la dissolution judiciaire de la société ».
– Le Fisc ne lâche rien et lui refuse la ristourne de la TVA
« La société a signé à la fin de l’année 2022 un arrangement à l’amiable avec l’administration fiscale suite à la notification, courant novembre 2021, des résultats de la vérification fiscale approfondie résultant de la demande de restitution déposée précédemment au titre de la Taxe sur la Valeur Ajoutée pour les années 2017, 2018, 2019 et 2020.
Toutefois, les Commissaires aux Comptes (CC) ont constaté une divergence entre les chiffres portés sur la notification de la taxation d’office et les soldes comptables à la clôture des dits exercices, sans parler des difficultés rencontrées dans la justification des comptes liés au droit de timbre et à la retenue à la source. Et les CC d’estimer qu’une mission de due diligence s’impose afin de valoriser le risque fiscal potentiel, et constater éventuellement les provisions nécessaires ».
– Les moteurs des A320, toujours retenus, et l’affaire est devant le TCP
En vertu d’un accord conclu entre TUNISAIR‐SA et sa filiale, Tunisair TECHNICS, cette dernière a été chargée de réaliser une opération de maintenance de 6 moteurs d’avions appartenant à TUNISAIR‐SA. Tunisair TECHNICS, à son tour, a fait intervenir un intermédiaire pour l’exécution de l’opération de maintenance chez le prestataire des travaux, et ce, contre une enveloppe financière totale de l’ordre de 35,6 millions USD. A cause d’un différend financier entre l’intermédiaire et Tunisair TECHNICS sur les sommes dues et sur les modalités de paiement, quatre (4) des six (6) moteurs d’avion ont été retenus chez le prestataire des travaux de maintenance. Ce différend a été soumis devant le tribunal de Commerce de Paris pour jugement, il reste non résolu au moment de la publication de ce rapport. Les conséquences financières potentielles découlant de ce litige impliquant la Société et/ou sa filiale Tunisair TECHNICS n’ont pas été estimées ni reflétées dans les états financiers accompagnant ce rapport. En outre, et contrairement à la décision du conseil d’administration de la société réuni le 29 mars 2023, le management de la société a conclu un arrangement avec le prestataire des travaux de maintenance, avant le dénouement du litige porté devant les tribunaux de Paris (TCP) ».
Ce tableau de bord catastrophique n’est cependant que celui de l’exercice 2021. Et il est attendu, théoriquement et à moins de développements extraordinaires, que la situation financière de la compagnie, toujours cotée en bourse bien qu’elle ait battu tous les records de non publication des états financiers, aille vers le pire. « A Dieu ne plaise » !








