AccueilLa UNETunisair, « le cheval mort » et les boucs émissaires !

Tunisair, « le cheval mort » et les boucs émissaires !

Généralement attribuée aux Amérindiens Dakota, la « théorie du cheval mort » est expliquée sur l’encyclopédie universelle Wikipédia comme étant « une métaphore satirique qui reflète la façon dont certaines personnes, institutions ou nations sont confrontées à des problèmes évidents qui sont impossible à résoudre, mais au lieu d’accepter la réalité, ils s’accrochent à les justifier.

L’idée centrale est claire : si vous découvriez que vous montez un cheval mort, la chose la plus raisonnable à faire dans ce cas précis serait de descendre et de le quitter.

–          Tout sauf arrêter de monter un cheval mort

Cependant, dans la pratique, c’est souvent le contraire qui arrive.

Au lieu d’abandonner le cheval mort, des mesures sont prises comme :

• Acheter une nouvelle selle pour cheval.

• Améliorer l’alimentation du cheval, même s’il est mort.

• Changer le cavalier au lieu de s’attaquer au vrai problème.

• Renvoi du responsable des chevaux et engager quelqu’un de nouveau, en espérant un résultat différent.

• Organiser des réunions pour examiner comment augmenter la vitesse du cheval mort.

• Créer des comités ou des équipes de travail pour analyser le problème du cheval mort sous tous les angles. Ces comités travaillent pendant des mois, établissent des rapports et finissent enfin l’évidence : que le cheval est mort.

• Justifier les efforts en comparant le cheval à d’autres chevaux morts similaires, en concluant que le problème était un manque d’entraînement.

• Proposer des cours de formation pour le cheval, ce qui implique une augmentation du budget.

• Redéfinir le concept de « mort » pour se convaincre que le cheval a encore une chance ».

Est-ce que cela ne vous rappelle-t-il pas une chose en Tunisie ? Toutes les entreprises publiques (EP), certes. Mais cherchez encore. Un indice ? C’est l’entreprise classée à la 10ème place du classement des 20 entreprises publiques qui ont le plus de dettes fiscales auprès de l’Etat tunisien. Des dettes qui cumulaient en 2023 à environ 11,25 Milliards DT pour les 42 EP, dont 232,4 MDT pour Tunisair et 217 MDT pour les deux entreprises publiques produisant et commercialisant le tabac !

–          Tout a commencé avec le ministère Yassine Brahim

De la situation financière du transporteur public aérien en Tunisie, on sait peu de choses. Il y a cinq ans en 2020, elle était déficitaire de presque 232 MDT, et déjà déficitaire de presque 200 MDT à l’exploitation. Des déficits qui n’ont presque jamais cessé d’augmenter.

Au 2ème trimestre 2025, la compagnie, qui n’a plus que 7 avions en propriété contre 20 à la fin du 2ème trimestre 2024 et n’avait plus que 20 % de PdM (Part de Marché), traînait un endettement de presque 594,4 MDT. C’est l’entreprise qui emploie (chiffres 2025 publiés par BVMT) 2.721 personnes, pour 19 avions dont seuls 7 sont en propriété. Cela fait un ratio de plus de 143 employés par appareil, contre un ratio internationalement reconnu, de 80 employés au maximum.

Son pire chiffre, et qui la rappelle régulièrement aux cauchemars de ses plus fidèles clients malgré eux, est celui du 39 % en ponctualité. Cela, sans compter les mouvements sociaux récurrents qui la secouent et font tohu-bohu tonitruant dans ses étroits couloirs où se presse comme des sardines en boîte toute la Tunisie à la recherche d’un avion désespérément, dans l’indifférence complète des dirigeants, ministre compris.

–          Tunisair, entre manque d’argent de ses propriétaires et recherche de bouc émissaire

Le mal qui ronge Tunisair avait débuté sous Yassine Brahim, lorsque cet ancien Centralien de Paris, fils de militaire, et passé chef de projet logiciel chez Capgimini, devenait ministre du Transport pour sept mois, le 27 janvier 2011 au lendemain de ladite révolution. Il prenait alors la décision d’intégrer à Tunisair toute la main-d’œuvre de toutes ses filiales, gonflant à bloc les charges de la compagnie qui ne s’en relèvera plus.

Poids lourd en dettes de tous genres, et poids plume en bénéfices dévorés par les salaires et les charges, notamment d’une flotte surexploitée y compris pour les pièces détachées, la compagnie commence une descente aux enfers. En face, chez les plusieurs ministres du transport, chacun y va de son plan de restructuration, social et financier, sans qu’aucun n’arrive à convaincre les différents chefs de gouvernement à injecter le cash nécessaire dans les caisses de Tunisair. Le dernier à refuser de sauver Tunisair a été l’ancien chef de gouvernement Youssef Chahed.

Depuis, la gestion du cas de l’entreprise publique, Tunisair s’est plus focalisé sur le changement des DG que sur la recherche de vraies solutions à sa crise. Et point de cash, point de solution durable, toujours plus de crédits et une recherche effrénée de boucs émissaires qui validerait la thèse d’une entreprise publique objet de tous les complots possibles et imaginables. Et c’est là tout le sens de la ressemblance avec la théorie du cheval mort dont la mise en application a été détaillée plus haut dans notre article !

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