Dans le cadre de sa participation aux Assemblées annuelles du Groupe de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, Fethi Zouhaier Nouri, Gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie, a tenu, le jeudi 16 octobre 2025, une série de rencontres bilatérales avec nombre de représentants d’institutions financières internationales. Il représentait pourtant le pays d’un président qui a presque rompu toute relation avec le FMI, et qui prône le compter- sur- soi pour le financement de l’économie d’un pays, via la BCT quitte à fatiguer toute la place financière et les crédits de l’étranger, et le remplacement du secteur privé par les sociétés communautaires, au risque de privilégier les uns par rapport aux autres.
Ainsi, lors de sa réunion avec les responsables de l’agence de notation Moody’s (Une des institutions, que le chef de tout l’Etat tunisien nommait avec dénigrement les « Ommik Sannafa »), le Gouverneur a passé en revue les récents développements économiques et financiers en Tunisie depuis la dernière évaluation de l’agence, mettant en lumière les résultats positifs enregistrés par l’économie nationale au cours de l’année 2025.
Il a à cet égard souligné que cette amélioration reflète les efforts nationaux soutenus visant à « inscrire la Tunisie sur une trajectoire de croissance économique durable, pour renforcer la stabilité économique et financière », en prenant à témoin le fait que ces efforts ont notamment permis l’amélioration de la notation souveraine de la Tunisie par l’agence Fitch (Ndlr : Une autre Ommik Sannafa !), passée de CCC+ à B-, avec perspective stable. Le Gouverneur a également évoqué la préparation de la Tunisie à la prochaine évaluation par Moody’s, prévue pour le premier trimestre 2026.
– Nouri versus Alaya. Le fonctionnaire, et l’indépendant
Fethi Nouri a par ailleurs tenu une séance de travail avec des représentants de plusieurs banques et institutions financières internationales, au cours de laquelle les discussions ont porté sur l’évolution des indicateurs économiques et financiers de la Tunisie durant les dernières années. Le 30 juillet 2025, le CA de la BCT affirmait que « « au niveau du secteur extérieur, le déficit commercial (FOB-CAF) s’est situé à 9.900 MDT au terme du premier semestre 2025, contre 8.017 MDT un an auparavant, induisant un creusement du déficit courant, qui a atteint 3.399 MDT (ou 1,9% du PIB) à fin juin 2025, contre 1.964 MDT (ou 1,2% du PIB) une année auparavant. L’aggravation du déficit courant a été relativement atténuée par la bonne tenue des flux des revenus de travail et des recettes touristiques ».
Devant les banquiers, Nouri évoque la capacité de la Tunisie « à maintenir une croissance durable ».
A un groupe d’investisseurs internationaux en obligations tunisiennes, Nouri a certifié que « la Tunisie traverse une phase de redressement économique tangible, illustrée par les résultats réalisés en 2025 ». Des résultats, surtout en matière d’exécution du budget, que personne d’autre que la ministre des Finances ne connaît. Cela est en tout cas l’avis du gouverneur de la BCT, une institution qui n’est plus indépendante de l’Exécutif.
Analyste indépendant, l’économiste tunisien Hachemi Alaya dénonçait, cependant, en septembre dernier dans son « EcoWeek », ce qu’il appelle « la superficialité infantilisante qui a cours dans notre pays, montre que l’économie tunisienne est loin de la convalescence annoncée déjà en 2022 ». Il évoque une « croissance surprenante » d’un secteur minier tunisien, pourtant à la production « erratique ». Il pointe « l’inflation au niveau des prix de gros qui a pris 4,1 % en moyenne au 1er semestre (…), sans compter les salaires minimums qui ont augmenté à un rythme qui dépasse celui de la croissance et de la productivité du travail ».
Alaya affirme que « l’industrie tunisienne n’en finit pas de sombrer … Elle a perdu depuis le début de l’année près de 57 entreprises industrielles de plus de dix salariés dont, 45 sont totalement exportatrices. Au cours des 5 dernières années, ce sont 698 sites industriels qui ont disparu du paysage industriel tunisien. ». Il déplore « un déficit d’investissement alarmant », et dénonce un « tourisme au un bilan artificieux », pour affirmer en conclusion que « l’économie tunisienne n’est pas en convalescence ».
Et, comble de cette économie tunisienne, dont l’illustre économiste tunisien dit qu’elle « devient un conte d’Ommi Sissi », Hachemi Alaya, sous l’intertitre de « Facebook plutôt que Mobile Money ». « Selon les données de la GSMA qui viennent d’être publiées, la Tunisie pointe à la 5ème place en Afrique et n’est dépassée en Afrique du Nord que par la Libye. Sauf que cette infrastructure qui, partout ailleurs –particulièrement en Afrique-est de plus en plus utilisée comme substitut au cash et pour soutenir le développement fulgurant des paiements numériques (Mobile Money), est essentiellement utilisée dans notre pays pour tchatcher sur Facebook. Selon une « Enquête sur l’utilisation de l’internet … en Tunisie » de l’INT, les réseaux sociaux viennent en tête des 18 usages de l’internet (93,2%) cependant que les opérations bancaires en constituent l’usage le moins fréquent (15,3%).
– Chkoundali, Benbouhali et Sghiri, tout aussi pessimistes pour 2026
La loi de finance 2025 et le budget qu’elle est censée traduire, l’économiste Ridha Chkoundali en disait récemment sur Express Fm, qu’elle reflète « un large fossé entre les objectifs et les politiques », prenant l’image de quelqu’un qui déclare comme objectif d’aller sur la lune, mais au moyen d’une charrette. Economiste tunisien vivant en Australie, Larbi Benbouhali estime que « le budget 2026 ne prévoit pas de fonds pour investir dans la capacité de production industrielle réelle de l’économie, créer de nouvelles richesses et réduire le taux de chômage élevé de 17% ».
Pour Benbouhali, « le budget 2026 aura un impact négatif sur l’économie de deux côtés : la BCT est obligée de maintenir le TID à 7,5 % pour lutter contre l’inflation, ce qui affectera la consommation et les dépenses des ménages, et le gouvernement sera contraint d’augmenter les impôts pour financer la hausse des salaires et l’augmentation des coûts de production en raison de l’inflation, ce qui affectera l’investissement et le résultat final est : un faible produit intérieur brut, un faible investissement et un taux de chômage élevé ».
Autre avis, sur le budget économique 2026, qui théoriquement est basé sur des résultats positifs comme dans la belle image esquissée par le gouverneur de la BCT à Washington, celui de Dhafer Sghiri qui est membre de la Commission des finances, le député et membre de la commission des Finances à l’ARP. Sur la radio privée Express Fm, le député a qualifié la loi des finances 2026, de « projet sans saveur, sans couleur, sans vision et sans idées », estimant qu’il ne comporte aucune réforme structurelle ni mesure incitative réelle pour soutenir les entreprises en difficulté ou les citoyens frappés par la crise ».








