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L’impératif d’une agriculture climato-intelligente

L’Afrique du Nord est confrontée à des pressions croissantes sur la durabilité de son agriculture en raison de la rareté de l’eau, de la variabilité climatique, de la dégradation des terres et des vulnérabilités économiques des systèmes alimentaires. Une étude élaborée par le think tank washingtonien Middle East Institute (MEI) révèle d’importantes disparités au sein de la région. Des pays comme le Maroc, la Tunisie et l’Égypte présentent des capacités institutionnelles et des investissements relativement plus importants dans la modernisation de l’eau et de l’agriculture. D’autres, notamment le Soudan et la Mauritanie, sont confrontés à des défis structurels plus profonds liés aux conflits, aux infrastructures limitées et à la dégradation des ressources.

Bien que plusieurs pays mettent en œuvre des politiques visant à améliorer l’efficience de l’eau, à développer leurs sources d’irrigation et à promouvoir une agriculture climato-intelligente, la région demeure très vulnérable aux changements climatiques et à la raréfaction des ressources. Des investissements soutenus dans la gestion de l’eau, l’innovation agricole et la coopération régionale seront essentiels pour améliorer la sécurité alimentaire à long terme et la résilience agricole.

Pour ce qui est plus spécialement de la Tunisie, le groupe de réflexion relève en premier lieu une baisse des précipitations due au changement climatique qui a plongé le pays dans une situation de sécheresse depuis 2017, l’exposant à un risque élevé de stress hydrique. Par conséquent, en 2023, la part d’eau par habitant en Tunisie a chuté à 400 mètres cubes par an, bien en deçà du seuil de 1 000 mètres cubes fixé par les Nations Unies pour la pauvreté en eau. La même année, le niveau des réservoirs a baissé en dessous des seuils adéquats, contraignant le gouvernement à instaurer, pour la première fois, un rationnement de l’eau dans certaines régions du pays, y compris la capitale.<sup>48</sup> La relative solidité des institutions tunisiennes a permis au gouvernement de mettre en œuvre ces mesures et d’intégrer le dessalement des eaux souterraines saumâtres et de l’eau de mer dans une réponse coordonnée visant à atténuer la diminution de ses ressources en eau douce causée par la sécheresse. Depuis 2024, la Tunisie a accru sa capacité de dessalement grâce à la construction de trois nouvelles usines de dessalement d’eau de mer, à Zarat, Sfax et Sousse. Actuellement, l’ensemble des usines de dessalement tunisiennes contribuent à hauteur d’environ 6 % à l’approvisionnement national en eau potable, l’objectif national étant de porter cette contribution à 30 % d’ici 2030.

Le MEI constate que l’efficacité de l’utilisation de l’eau dans l’agriculture tunisienne présente un potentiel d’amélioration important. Cependant, outre les pertes d’eau dans les systèmes de transmission agricole, la faible efficacité de l’utilisation de l’eau résulte également de détournements illégaux et de compteurs d’eau non enregistrés⁵⁰ Sachant que 80 % des ressources en eau de la Tunisie sont consommées par son secteur agricole, cela engendre d’importantes pertes d’eau.

Durabilité des terres agricoles

La Tunisie possède environ 4,2 millions d’hectares de terres cultivées, soit environ 26 % de sa superficie totale, ce qui lui confère l’un des taux de terres cultivées par habitant les plus élevés d’Afrique (0,45 ha par personne). L’agriculture tunisienne, majoritairement pluviale, reste vulnérable à l’aridité, à l’irrégularité des précipitations et à la dégradation continue des sols. Par conséquent, la Tunisie subit une érosion des sols généralisée, affectant environ 3 millions d’hectares de terres. Les sols dégradés perdent leur cohésion et leur capacité de rétention d’eau, créant des conditions propices aux incendies de forêt.

En Tunisie, ces incendies ont contribué à la disparition de 26 100 hectares de couvert végétal entre 2001 et 2023. Afin d’accroître la résilience des terres agricoles face aux effets de la sécheresse, les agriculteurs tunisiens se sont tournés vers des semences locales plus durables. Ces semences sont mieux adaptées au climat et présentent l’avantage supplémentaire d’être tolérantes à la sécheresse, résistantes aux ravageurs et capables de produire des rendements élevés.

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