AccueilLa UNELe Plan Mattei, vecteur de partenariat et parade anti-migratoire !

Le Plan Mattei, vecteur de partenariat et parade anti-migratoire !

Instrument capital d’un partenariat recherché par l’Italie et ses multiples vis-à-vis africains, plus spécialement tunisiens, Rome met en avant le Plan Mattei, lequel, disons-le clairement, se décline dans une version dont on ne fait pas mystère, et qui prend rang de parade contre la migration africaine.

Les esprits candides soutiennent, cependant, que la vision du Plan Mattei se veut transversale : « Il ne s’agit pas seulement de coopérer, mais aussi d’adopter une approche complètement différente de l’aide traditionnelle. L’idée part du principe que l’Europe et l’Italie n’ont pas d’avenir sans un partenariat avec l’Afrique, et vice versa. Il s’agit d’une relation mutuellement bénéfique ».

Ce partenariat a un porte-étendard en la personne de la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, qui affirme une continuité avec une politique étrangère nationale centrée sur l’approvisionnement énergétique, incarnée par la compagnie ENI. Le Plan Mattei symbolise un éloignement des traditions diplomatiques classiques italiennes, souvent perçues comme un frein au réformisme. Cette vision met en avant l’autonomie de l’Italie en Afrique, rappelant les contrats de développement d’ENI dans les années 1950, et souligne une rivalité persistante avec la France, notamment au Maghreb, où l’ENI soutenait l’Algérie durant son indépendance.

Au-delà de ces grandes entreprises, d’autres acteurs existent. Les petites et moyennes entreprises italiennes ont une forte inclination à exporter, y compris vers l’Afrique. Cependant, l’Italie fait face à un déficit commercial avec ce continent, dû principalement aux importations d’énergie, surtout en gaz en provenance d’Algérie et de Libye. Malgré ce déséquilibre, certains secteurs voient une croissance dans les exportations italiennes vers l’Afrique.

Un financement initial de 5,5 milliards d’euros

Le Plan Mattei bénéficie d’un financement initial de 5,5 milliards d’euros, sous forme de subventions, crédits ou garanties. Trois milliards seront alloués depuis le Fonds national pour le climat, géré par la Banque publique de développement Cassa Depositi e Prestiti (CDP) et supervisé par le ministère de l’Environnement, tandis que 2,5 milliards proviendront du budget de la coopération au développement. Un comité de pilotage, placé sous l’autorité du cabinet du Premier ministre, coordonne le Plan, en assurant la liaison avec divers acteurs clés du système de coopération national, notamment les ministères, la CDP, l’Agence italienne de coopération au développement (AICS), l’Agence italienne du commerce, l’Agence italienne de crédit à l’exportation, ainsi que les autorités locales, les organisations de la société civile et le secteur privé.

Piliers clés

Selon le think tank  Cercle de stratégies et d’influences, le Plan Mattei repose sur plusieurs piliers clés, d’abord la mise en place d’un partenariat paritaire avec les nations africaines, évitant tout approche paternaliste ou prédatrice, et basé sur des bénéfices mutuels, tout en favorisant une collaboration étroite et continue avec les partenaires africains, basée sur l’écoute et le respect mutuel.

Autres outils mobilisables : lancer des projets pilotes dans des pays ciblés pour tester et adapter les interventions avant une extension progressive, collaborer avec des initiatives européennes et internationales pour maximiser l’impact des efforts conjoints, assurer que les projets apportent des avantages socio-économiques durables aux populations locales, tout en favorisant une stabilité régionale, et mettre l’accent sur les énergies renouvelables pour accompagner la transition énergétique en Afrique.

Le Plan s’articule autour de six axes d’intervention :

Éducation et Formation : Favoriser l’accès à l’éducation et la formation professionnelle pour les jeunes générations africaines.

Santé : Renforcer les systèmes de santé locaux et améliorer l’accès aux services de santé.

Eau : Améliorer la gestion des ressources en eau et l’accès à l’eau potable.

Agriculture : Développer une agriculture durable et assurer la sécurité alimentaire.

Énergie : Promouvoir l’accès à l’énergie durable et propre.

Infrastructures : Améliorer les infrastructures physiques et digitales.

Ces objectifs visent à renforcer les relations entre l’Italie et les nations africaines en répondant aux défis socio-économiques et en promouvant un développement durable et inclusif.

 Critiques et perspectives d’avenir

Malgré ses ambitions, le Plan Mattei suscite des interrogations quant à sa mise en œuvre concrète et à ses véritables motivations. Certains observateurs y voient une manœuvre politique visant à renforcer la position de Giorgia Meloni sur la scène intérieure, notamment en matière de gestion des flux migratoires. D’autres s’inquiètent de l’utilisation potentielle de fonds destinés à la lutte contre le changement climatique pour financer des projets énergétiques traditionnels, au détriment des énergies renouvelables.

Dans les six mois suivant son lancement officiel, la gestion et l’organisation du Plan ont rencontré plusieurs problèmes critiques : une fragmentation marquée, des difficultés à intégrer les projets individuels dans une stratégie globale, ainsi qu’un manque de clarté et de transparence. Ces enjeux persistent malgré la publication du document programmatique et stratégique en juillet. Bien que le décret du Premier ministre ait apporté des précisions, l’absence d’un mécanisme de traçabilité des projets et de leurs objectifs reste un problème majeur. En particulier, malgré les informations fournies, il semble manquer un calendrier détaillant les différentes phases et les échéances des projets pilotes, ainsi que des indications sur les délais d’évolution de ces projets.

De plus, certains projets mentionnés dans le décret présentent des lacunes significatives en matière d’estimations financières précises et d’identification claire des sources de financement nécessaires pour couvrir les investissements.

Enfin, le choix fragmenté des projets jusqu’à présent n’est pas basé sur des critères d’impact clairs ni sur des objectifs spécifiques alignés avec les plans de développement des pays africains. Cela complique la tâche d’éviter que ces projets ne s’inscrivent dans des dynamiques de clientélisme ou de favoritisme, favorisant des intérêts particuliers, qu’il s’agisse d’entreprises ou de gouvernements.

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