Le quatrième examen des politiques et pratiques commerciales de la Tunisie a actuellement lieu à l’Organisation Mondiale du Commerce. Cet examen se fonde sur un rapport du Secrétariat de l’OMC et de celui du gouvernement tunisien.
Il en ressort que la Tunisie continue de faire face à des défis structurels persistants – faibles investissements, chômage élevé (notamment chez les jeunes), fortes disparités régionales et importance de l’économie informelle – qui freinent son développement. Ces faiblesses ont amplifié l’impact de la pandémie de COVID-19, entraînant une contraction du PIB de près de 9 % en 2020. La reprise qui a suivi est restée modeste, avec une croissance quasi nulle en 2023 et une croissance de seulement 1,4 % en 2024, illustrant les difficultés à relancer l’activité économique de manière durable.
Cependant, malgré une faible croissance économique, l’ouverture commerciale de la Tunisie a fait preuve d’une résilience considérable. Après un ralentissement temporaire en 2020 dû à la pandémie, l’ouverture commerciale a fortement rebondi, dépassant les niveaux d’avant la COVID et atteignant plus de 100 % ces dernières années, signe d’un secteur extérieur dynamique malgré un contexte intérieur fragile. Selon l’indice des coûts du commerce de l’OMC, le coût des importations en Tunisie a augmenté en 2020, mais reste inférieur de 6 % à la moyenne africaine. En revanche, les coûts à l’exportation ont diminué et restent inférieurs de 13 % à la moyenne africaine. Selon la Banque mondiale, 27 % des entreprises tunisiennes exportent directement au moins 10 % de leur chiffre d’affaires, contre 14 % au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Par ailleurs, plus de la moitié des entreprises tunisiennes utilisent des matières premières d’origine étrangère, ce qui témoigne d’une certaine intégration aux chaînes de valeur mondiales.
Une spécialisation plus ciblée en exportation
Bien que la Tunisie figure parmi les économies les plus diversifiées d’Afrique du Nord, sa structure d’exportation évolue vers une spécialisation plus ciblée. Entre 2015 et 2023, le nombre de produits pour lesquels la Tunisie dispose d’un avantage comparatif révélé – c’est-à-dire pour lesquels la part d’un produit dans les exportations tunisiennes est supérieure à sa part dans les exportations mondiales – a légèrement diminué, signe de cette spécialisation accrue. Parmi ces produits, le textile prédomine, suivi par les machines, les produits alimentaires et les produits chimiques, reflétant une base industrielle relativement diversifiée. 4. Les exportations totales de biens tunisiens ont progressé à un taux annuel moyen de 5,7 % entre 2016 et 2023. La Tunisie demeure également un exportateur net de services commerciaux, notamment grâce au tourisme, le nombre d’arrivées internationales ayant presque doublé entre 2015 et 2024. Si l’Union européenne reste le principal marché d’exportation, absorbant plus de 70 % des exportations, la Tunisie a commencé à développer sa présence sur d’autres marchés – en Afrique du Nord, en Amérique du Nord, en Asie et au Moyen-Orient – même si sa part de marché demeure modeste.
La Tunisie a connu d’importantes transformations institutionnelles et stratégiques depuis sa dernière revue de politique commerciale (RPC) en 2016, notamment l’adoption en 2022 d’une nouvelle constitution renforçant les pouvoirs présidentiels et le lancement du programme « Vision Tunisie 2035 », qui définit les grandes orientations de sa politique économique. Face aux défis économiques internes, la Tunisie a également redéfini ses priorités en matière de politique commerciale en 2023, en les orientant vers le développement des exportations et le renforcement de la compétitivité des opérateurs tunisiens.
Des lignes tarifaires discutables !
La Tunisie n’a consolidé que 58 % de ses lignes tarifaires, avec un taux consolidé moyen simple de 57,9 %. Ce taux s’élève à 116 % pour les produits agricoles et à 40,8 % pour les produits non agricoles. Comme lors de la précédente RPC, la Tunisie a continué d’appliquer des droits supérieurs aux taux consolidés à un certain nombre de lignes tarifaires. Ces lignes, au nombre de 189 en 2025, concernent principalement les machines et appareils mécaniques, les articles en fer ou en acier, ainsi que les huiles essentielles et les produits de parfumerie. Outre les droits de douane, les importations sont soumises à la TVA, aux droits d’accise, aux taxes parafiscales et aux frais de service douaniers. Le système de TVA est en cours de réforme afin de réduire le nombre de taux applicables de trois à deux : 19 % et 7 %. Par ailleurs, les importations de certains produits de consommation sont soumises à des contrôles préalables pour garantir la sécurité et la protection des consommateurs.
En résumé, la Tunisie présente un réel potentiel de croissance, notamment grâce à ses cultures de rente, ses ressources minières, son industrie manufacturière relativement diversifiée et ses atouts touristiques. La transition vers une économie numérique et le recours accru aux énergies renouvelables pourraient également constituer d’importants moteurs d’accélération de cette croissance. Cependant, dans un contexte de croissance économique particulièrement faible et de perspectives toujours incertaines, des progrès doivent être réalisés sur plusieurs fronts afin de tirer parti de ces opportunités. Il s’agit notamment d’améliorer et de simplifier davantage le cadre économique, de stimuler l’investissement, de mettre en œuvre une politique tarifaire plus simple et plus prévisible, de promouvoir un développement plus durable des énergies renouvelables, de réduire les disparités régionales et de mieux encadrer le secteur informel. Ces évolutions pourraient jouer un rôle clé dans le renforcement de la compétitivité et de l’attractivité économique du pays à long terme.








