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La Tunisie dame le pion à l’Italie et la Grèce en tant que fournisseur oléicole mondial

La Tunisie redéfinit le marché mondial de l’huile d’olive, renouant avec le prestige dont elle jouissait à l’époque romaine. Alors que les principales régions oléicoles européennes, comme l’Italie et la Grèce, sont confrontées à la crise climatique, la Tunisie a, à elle seule, enregistré une récolte record. Le gouvernement tunisien a fait de l’huile d’olive non plus un simple produit agricole, mais un atout stratégique national, et a lancé une diplomatie économique d’envergure, souligne la version anglaise du plus grand quotidien coréen Chosunilbo..

Rabobank, institution financière réputée pour son expertise dans le financement agricole, a annoncé le 1er janvier 2026 que la production tunisienne d’huile d’olive devrait atteindre cette année entre 380 000 et 400 000 tonnes. Cela représenterait une hausse de plus de 35 % par rapport aux 280 000 tonnes de l’année dernière. Najeh Saidi Hamed, président de l’Association tunisienne des producteurs d’huile d’olive, a déclaré au Financial Times (FT) que la récolte pourrait même atteindre 500 000 tonnes, un record pour la filière oléicole tunisienne.

Selon le Service agricole étranger (FAS) du Département de l’Agriculture des États-Unis (USDA), la production mondiale d’huile d’olive est actuellement estimée à environ 2,7 millions de tonnes. Or, la consommation dépasse largement les 3 millions de tonnes. On observe donc un déficit d’approvisionnement d’environ 300 000 tonnes, soit près de 10 % de la production. Les sécheresses successives qui frappent l’Italie et la Grèce, principales régions productrices, ont réduit leur production de moitié.

La Tunisie en piste pour devenir le 2ème producteur-exportateur mondial

La production grecque a chuté de 49 % en 2024 par rapport à 2023. En Italie, la production a reculé de 39 % l’an dernier par rapport à 2024. Si la Tunisie produit plus de 380 000 tonnes d’huile d’olive cette année, comme prévu, elle compensera largement les déficits de l’Italie et de la Grèce. Elle est ainsi en passe de dépasser ces deux pays et de devenir le deuxième producteur et exportateur mondial d’huile d’olive, après l’Espagne.

En Asie, notamment en Corée, l’huile d’olive tunisienne est cependant peu connue. Jusqu’à présent, environ 80 à 90 % de la production tunisienne était exportée en vrac vers l’Europe, et plus particulièrement vers l’Italie. L’huile d’olive tunisienne se distingue nettement des autres produits européens par sa compétitivité en termes de prix. Le salaire moyen des ouvriers agricoles tunisiens représente cinq à dix fois moins qu’en Italie ou en Espagne. De plus, le soleil généreux d’Afrique du Nord, à proximité du Sahara, contribue à prévenir les ravageurs et les maladies. La culture biologique y est plus aisée qu’en Europe, située à une latitude relativement plus élevée. Sur le papier, le coût de production de l’huile d’olive tunisienne haut de gamme est environ 30 à 40 % inférieur à celui de l’Europe. Malgré cela, son acidité, critère de qualité essentiel, se maintient entre 0,2 et 0,3 %, ce qui la place parmi les meilleures au monde.

Les entreprises italiennes ont importé en grande quantité de l’huile d’olive tunisienne relativement bon marché lorsque la production nationale était insuffisante, puis l’ont réexportée sous des marques italiennes. Grâce au régime de perfectionnement actif (RPA) de l’UE, les marques italiennes d’huile d’olive peuvent mélanger des huiles nationales et tunisiennes pour la vente. Il leur suffit d’indiquer en petits caractères sur l’étiquette arrière qu’il s’agit d’un « mélange Union européenne/hors UE ». Elles peuvent même simplement embouteiller de l’huile d’olive tunisienne et la vendre en mentionnant « embouteillée en Italie ».

2026, une année idéale pour la Tunisie

Les experts estiment que cette année est idéale pour que la Tunisie se démarque sur le marché de l’huile d’olive. Face à la lente reprise des principaux producteurs européens, la Tunisie devrait jouer un rôle de contrepoids et contribuer à la stabilisation des cours internationaux de l’huile d’olive. Ces cours ont atteint un niveau record en 2024, dépassant les 10 000 dollars la tonne (environ 14,5 millions de wons). Depuis, ils se sont maintenus à un niveau élevé, au-dessus de 9 000 dollars la tonne (prix de référence pour l’huile d’olive italienne).

L’expert agricole Fawzi Zayani a déclaré dans une interview au Financial Times : « Cette année restera gravée dans l’histoire agricole tunisienne comme une période faste », ajoutant : « Nous devons renforcer l’appellation d’origine protégée (AOP) unique de la Tunisie sur le marché international et porter la part des produits haut de gamme en bouteille, actuellement inférieure à 10 %, à plus de 30 %. »

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