Ila été longtemps, et rarement à tort, que les entreprises tunisiennes avaient du tort à l’allumage en Afrique, qu’il se soit agi en termes de financement ou de mécanismes de marketing. Et pour remédier, plus précisément aux limites du financement bancaire classique pour soutenir l’internationalisation des entreprises tunisiennes en Afrique, les temps sont opportunément venus de s’essayer à d’autres mécanismes de financement, notamment le capital-investissement et les fonds d’investissement spécialisés (FIS).
C’est autour de cette idée force que vient d’être organisée à Tunis une conférence-débat consacrée aux mécanismes de financement de la croissance des entreprises tunisiennes sur le continent africain, à l’initiative du Conseil d’Affaires Tuniso-Africain (Tunisia Africa Business Council – TABC), en marge de son Assemblée générale ordinaire.
Il s’est agi de présenter des solutions financières alternatives capables d’accompagner aussi bien les entreprises déjà présentes en Afrique que celles souhaitant s’y implanter.
À cette occasion, le président du TABC, Anis Jaziri, a souligné le caractère inédit de cette démarche, notant que les opérateurs économiques tunisiens restent majoritairement focalisés sur le financement bancaire à travers le crédit.
« Aujourd’hui, nous parlons de capital-risque, de fonds d’investissement et de mécanismes capables d’entrer dans le capital des entreprises, de renforcer leurs fonds propres et de leur donner les moyens financiers nécessaires pour exporter ou s’implanter durablement en Afrique », a-t-il déclaré.
Selon lui, l’amélioration des fonds propres constitue un levier indispensable pour développer l’export et les implantations tunisiennes en Afrique, dans un contexte où les banques tunisiennes demeurent peu présentes sur le continent.
« À part la Société Tunisienne de Banque (STB), aucune banque tunisienne n’est implantée en Afrique, contrairement au Maroc, qui a construit depuis des années une véritable stratégie de financement africain. Or, l’absence bancaire prive l’opérateur tunisien d’informations essentielles sur le risque client et la solvabilité », a-t-il ajouté.
Cité par Mosaïque fm, le président du Conseil d’affaires tuniso-africain a révélé que, durant l’année en cours, de nouveaux marchés seront explorés, notamment en Angola, à Madagascar et au Kenya, ce pôle commercial d’Afrique de l’Est. Il a également annoncé l’organisation par le Conseil d’un programme d’accompagnement d’une délégation d’hommes d’affaires au mois de septembre 2026 vers l’Angola, ce pays pétrolier et riche, avant de clôturer l’année par une visite en République du Congo, selon ses propos tenus en marge de l’assemblée générale annuelle du Conseil.
Cap sur les secteurs vitaux
Anis Jaziri a précisé que les visites africaines programmées pour l’année 2026 mettront l’accent sur des secteurs vitaux, notamment le bâtiment et les travaux publics, les services et l’ingénierie dans toutes ses spécialités, ainsi que l’énergie, l’eau et l’assainissement, les télécommunications et les technologies de l’information, en plus de l’agriculture, des industries agroalimentaires, de l’industrie et de la transformation. Il a par ailleurs annoncé les préparatifs du Conseil pour la tenue de la neuvième édition du Forum du financement de l’investissement et du commerce en Afrique, prévue les 28 et 29 avril 2026 à Tunis.
Dans le même contexte, Anis Jaziri a affirmé que le programme du Conseil a réussi, au cours de l’année 2025, à accompagner plusieurs entreprises économiques sur divers marchés, notamment au Sénégal, au Burkina Faso et au Nigeria, contribuant à l’amélioration des exportations tunisiennes vers ces marchés. Cet accompagnement a également permis à certaines entreprises de s’implanter durablement dans ces pays à travers des plateformes commerciales ou des investissements industriels, ainsi que d’obtenir des financements en provenance du continent africain. Il a souligné la contribution du Conseil au renforcement des exportations tunisiennes vers l’Afrique, dont la valeur a atteint environ 1,6 milliard de dinars en 2025, un chiffre jugé satisfaisant, ajoutant qu’il s’attend à une hausse de ce montant au cours de l’année actuelle.
Des leviers puissants, mais peu connus !
De son côté, le vice-président de l’Association tunisienne des investisseurs en capital (ATIC), Mohamed Salah Frad, a mis l’accent sur les Fonds d’Investissement Spécialisés, qualifiés de mécanisme encore méconnu.
« Il s’agit de fonds introduits par la nouvelle loi transversale relative à la relance de l’investissement en Tunisie, permettant à des fonds domiciliés en Tunisie d’investir à l’étranger sans autorisation préalable, avec des compartiments en devises », a-t-il expliqué.
Ces outils, régis par le Conseil du marché financier, commencent à émerger en Tunisie, avec cinq à six fonds déjà opérationnels, et offrent aux entreprises tunisiennes la possibilité de prendre des participations et de s’implanter physiquement à l’international, notamment en Afrique.
Pour sa part, la présidente de l’ATIC, Selma Zouaoui, a souligné qu’au-delà du crédit bancaire, il existe une palette diversifiée de solutions de financement, allant des fonds d’investissement spécialisés et du capital-investissement à l’assurance-crédit et aux garanties à l’export. Des instruments qu’elle a qualifiés de leviers puissants, mais encore insuffisamment connus.
Selon elle, la rencontre intervient pour combler ce déficit de connaissance et à démontrer, de manière concrète, comment ces mécanismes peuvent être mobilisés efficacement pour soutenir l’internationalisation des entreprises.








