Officiellement, la Banque centrale dispose de réserves d’environ 26 milliards de dinars, composées de devises et d’or. Sur le papier, ces réserves pourraient sembler suffisantes pour soutenir l’économie. Cependant, dans la réalité, elles servent avant tout de garantie pour assurer la stabilité du dinar, financer les importations essentielles et rassurer les partenaires internationaux.
– Le marché parallèle de l’or
En Tunisie, il est impossible d’analyser la question des réserves de change et leur utilisation potentielle sans prendre en compte un facteur essentiel, celui de l’existence d’une économie parallèle profondément enracinée, où l’or joue un rôle crucial.
Dans le même temps, un autre système fonctionne discrètement : celui de l’épargne informelle. Chaque année, entre 5 et 10 tonnes d’or circulent en Tunisie, principalement en dehors des circuits officiels. Cet or ne constitue pas simplement un produit de consommation, mais représente une véritable réserve de valeur pour les ménages, notamment dans un contexte de défiance envers le système financier.

Par conséquent, toute tentative de conversion des réserves en liquidités pour les injecter dans l’économie se heurte à une réalité structurelle. Une partie importante de cette liquidité serait immédiatement absorbée par le marché informel, notamment par l’achat de l’or. Ce mécanisme entraîne un effet négatif : il y a plus de dinars en circulation, mais également plus de pression sur les réserves, une dépréciation potentielle de la monnaie et une inflation accrue.
La Tunisie est ainsi confrontée à une équation complexe. D’une part, elle a besoin de financement pour soutenir la croissance. D’autre part, elle a un système économique dual où l’informel joue à la fois le rôle de soupape et de facteur de fragilité.
Dans ce contexte, les réserves ne devraient pas être considérées comme un outil budgétaire, mais comme un pilier de stabilité. Les mobiliser massivement affaiblirait un équilibre déjà précaire.
En Tunisie plus qu’ailleurs, la monnaie ne repose pas uniquement sur des chiffres. Elle repose sur la confiance. Et aujourd’hui, cette confiance se mesure non pas en dinars, mais en grammes d’or.
– L’or ménager en Tunisie
Dans une déclaration exclusive pour Africanmanager, mardi 7 avril 2026, le président de la Chambre nationale des commerçants bijoutiers, Hatem Ben Youssef, a indiqué que les prix de l’or ont enregistré un recul durant la période récente, après avoir atteint des niveaux record au cours de l’année 2025.
Ben Youssef a précisé que le gramme d’or 18 carats se négocie actuellement sur le marché tunisien aux alentours de 450 dinars, ajoutant que le prix du gramme d’or brut s’établit quant à lui autour de 325 dinars.
Il a rappelé que les prix avaient haussé d’environ 80 % sur l’ensemble de l’année 2025, en raison de la poursuite de la guerre russo-ukrainienne, du regain de la demande d’or au Moyen-Orient, ainsi que de l’affaiblissement de la confiance dans le dollar américain, avant que la tendance ne s’infléchisse sous l’effet de la montée des tensions entre la Chine et la Russie d’une part, et les pays du Golfe d’autre part. Les ventes mensuelles ont ainsi chuté de 80 tonnes à environ 5 tonnes au cours du premier trimestre 2026.
Le président de la Chambre a souligné que le marché de l’or devrait connaître une demande encore plus soutenue à mesure que les prix reculent, ce qui devrait inciter davantage de pays acheteurs à faire leur entrée sur le marché. À cet égard, il est à noter que la Chine et la Russie figurent parmi les principaux pays acquéreurs d’or, dans le but de renforcer leurs réserves auprès de leurs banques centrales et de consolider leurs positions face aux fluctuations monétaires.
S’agissant des perspectives de prix à court terme, Ben Youssef a estimé que la baisse sera légère, et que les cours ne retrouveront pas leur niveau de 2024, année où ils évoluaient autour de 200 dinars le gramme.
Sur le plan des réformes, il a appelé à la réouverture du bureau de contrôle des métaux précieux (Dar El Tabii ou l’office du poinçon), ce qui permettrait de recenser et de réguler les quantités d’or présentes sur le marché tunisien.
Il a également plaidé pour la réduction des quantité d’or en circulation sur le marché parallèle et pour l’endiguement de la contrebande, soulignant que le secteur nécessite de nouvelles dispositions législatives. Il a conclu : « Il faut mettre un terme aux opérations de blanchiment d’argent entre les mains des professionnels véreux. ».
Ben Youssef a par ailleurs invité les consommateurs à ne pas hésiter à vendre leur or à la casse, précisant que l’or ne perd jamais de valeur avec le temps. Certes, le modèle peut se déprécier avec l’ancienneté, mais de nombreux commerçants achètent les pièces usagées à l’automne, les font fondre et les revendent sous forme de nouvel or l’été. Il a également précisé que le prix de l’or à la casse ne doit pas être inférieur à 380 dinars, et peut atteindre 430 dinars selon la qualité de la pièce.








