À 716 dollars par mois pour vivre, le pays est l’une des destinations méditerranéennes les plus abordables pour un Européen. Mais le Tunisien moyen ne couvre même pas la moitié de ce montant avec son salaire. Lecture d’un rapport qui dit deux vérités à la fois.
Le rapport Wise.com sur le coût de la vie en 2026 livre un chiffre brut pour la Tunisie, 716 dollars par mois pour une personne seule, qui place le pays en milieu de classement régional. Mais ce chiffre n’a pas la même signification selon qu’on le lit avec un salaire tunisien ou avec une pension européenne. Et c’est précisément cette double lecture qui rend l’analyse intéressante.
Un rapport conçu pour les étrangers, pas pour les Tunisiens.

Avant d’interpréter les chiffres, il faut comprendre à qui ils s’adressent. Wise est une fintech britannique spécialisée dans les transferts internationaux et les comptes multidevises. Sa cible commerciale est explicite, ce sont les expatriés, les « Digital Nomads », les retraités qui s’installent à l’étranger et les travailleurs détachés. La page Tunisie de Wise n’est pas conçue pour un Tunisien qui vit en Tunisie. Elle est conçue pour un Français, un Allemand ou un Italien qui se demande s’il peut prendre sa retraite à Sousse ou à La Marsa. Ce détail change tout.

– Pour le salarié tunisien, la vie est inaccessible
Le salaire net mensuel tunisien selon Wise s’établit à 333 dollars, soit 46,5 % du coût mensuel total de 716 dollars. Concrètement, un salarié couvre moins de la moitié de ses besoins de base avec son travail. Le ratio est plus défavorable qu’au Maroc à 60 %, qu’en Algérie à 58 %, qu’au Kenya à environ 50 %, et infiniment plus que dans le Golfe où l’Arabie Saoudite atteint 150 % et les Émirats 140 %. Seules l’Égypte à 31 % et le Nigeria à 10,5 % font pire, mais ce sont des cas extrêmes de paupérisation salariale. La Tunisie n’est pas le pays le plus cher de la région, mais c’est l’un de ceux où le salaire moyen rémunère le moins bien ce coût.

– Pour le retraité européen, la Tunisie est une affaire
Pour le retraité français qui touche 1 500 à 2 000 euros de pension nette, ou l’Allemand qui en touche 1 800 à 2 500, la Tunisie est une destination méditerranéenne particulièrement attractive. À 716 dollars de coût mensuel, le pays se compare très favorablement aux autres rives de la Méditerranée. Comparée à un coût mensuel d’environ 1 500 dollars au Portugal, 1 800 en Espagne, 1 200 en Grèce, 1 900 en Italie ou 2 200 en France, la Tunisie offre un coût deux à trois fois inférieur. À 90 minutes d’avion de Paris ou de Rome, avec un climat doux, l’usage du français, une sécurité notée 61 sur l’index Wise et un patrimoine culturel reconnu. Pour le retraité étranger qui importe son revenu en monnaie forte, la Tunisie est tout simplement l’une des meilleures équations qualité-prix du bassin méditerranéen.
– Une double économie sur un même territoire
Ces deux lectures coexistent dans le même pays, et leur juxtaposition crée un phénomène que les économistes tunisiens commencent à mesurer, l’alignement progressif de certains segments du marché sur la capacité d’achat étrangère plutôt que locale. C’est visible sur le marché immobilier de La Marsa, Gammarth, Hammamet et Djerba, où les prix se dollarisent ou s’euroïsent (Ndlr ; néologisme sur Euro) de facto. C’est visible dans la restauration haut de gamme, dans les services premium et dans certaines zones touristiques où le prix d’un repas a doublé en cinq ans sans aucun rapport avec l’évolution du dinar.
Le mécanisme est connu sous le nom de rente d’expatriation inversée. Les pensions et salaires étrangers qui s’installent en Tunisie y achètent un pouvoir d’achat très supérieur à celui du Tunisien moyen, ce qui tire mécaniquement vers le haut les prix des biens et services exposés à cette demande étrangère.

– Le vrai problème tunisien
À la question de savoir si la vie est chère ou bon marché en Tunisie, la réponse dépend entièrement de la personne qui la pose. Pour le Tunisien moyen, la vie y est trop chère pour ce qu’il gagne. Pour le retraité européen, la Tunisie est l’une des destinations les plus compétitives du bassin méditerranéen. Le rapport Wise ne dit pas autre chose, à condition de bien le lire.
La vraie question pour la Tunisie n’est donc pas de savoir si elle est chère ou pas. Elle est de savoir comment éviter que le pays devienne un endroit où il est de plus en plus avantageux de venir vivre avec un revenu étranger, et de moins en moins viable d’y vivre avec un revenu tunisien.
On rappelle, encore une fois, que ces chiffres, issus de la mise à jour 2026 de Wise, dessinent le portrait d’un pays où les dépenses courantes restent maîtrisées, mais où le salaire moyen peine à couvrir l’intégralité du panier type d’un célibataire. Les fortes variations entre le centre‑ville de Tunis et des villes comme Sfax incitent à choisir sa résidence avec soin.
Les données présentées (coût moyen de la vie, loyers, prix des repas, salaire moyen, etc.) sont typiquement des indicateurs utilisés par les expatriés ou personnes envisageant de s’installer (vivre), les voyageurs de longue durée (visiter), et les travailleurs à distance (digital nomads).
Source, Wise.com Cost of Living Index 2026.








