AccueilLa UNEL'aggiornamento américain pour les relations économiques avec la Tunisie

L’aggiornamento américain pour les relations économiques avec la Tunisie

Les relations entre la Tunisie et les Etats-Unis ne sont plus ce long fleuve tranquille qui balisait leur cheminement avant l’actuelle Administration Trump. En cela, la Tunisie est logée à la même enseigne que bien d’autres pays, singulièrement dans des domaines d’importance pour sa croissance, avec, à titre d’exemple, les mesures tarifaires et les coupes sombres dans les allocations au titre de l’aide au développement. De nouvelles approches semblent voir le jour comme le souligne l’ex ambassadeur des Etats-Unis à Tunis, Joey R. Hood, dans une analyse publiée par le think tank Stimson Centre sous le titre « Reassessing Tunisia’s Strategic Importance for the United States » (Réévaluation de l’importance stratégique de la Tunisie pour les États-Unis).   

Au-delà de la sécurité, écrit-il cependant, le développement économique est un autre domaine où la Tunisie peut jouer un rôle de stabilisateur régional, mais cela exigerait également une nouvelle approche. De même que le gouvernement américain ne devrait plus fournir une aide sécuritaire adaptée à une époque révolue, il ne devrait pas tenter d’utiliser des outils de promotion de la stabilité et du développement économiques qui ne sont plus soutenus par les citoyens ni par les gouvernements des deux pays. Pendant des années, les pays occidentaux ont soutenu un programme de réformes proposé par le gouvernement tunisien et financé par le Fonds monétaire international (FMI), à ceci près que le président Qais Saïed s’y est opposé. Il a notamment contesté les réductions proposées des subventions sur les carburants et l’alimentation, malgré les plans visant à indemniser les citoyens les plus démunis grâce à ce programme.

Et de relever que le président Saïed et le président Trump privilégient tous deux l’investissement direct aux projets de développement. Aussi le gouvernement américain devrait-il en tirer parti en développant le secteur manufacturier tunisien à l’étranger, un domaine où les entreprises tunisiennes et américaines obtiennent des résultats probants depuis des décennies, rappelle-t-il. Plus de 75 entreprises américaines profitent déjà de la production offshore en Tunisie, notamment pour des marques emblématiques comme le chewing-gum Bazooka, les vêtements Carhartt et les véhicules de luxe Porsche.

Il convient de préciser qu’en Tunisie, le terme « offshore » ne désigne pas des usines implantées sur une île, mais la fabrication de produits destinés exclusivement à l’exportation. Par exemple, un éleveur américain souhaitant exporter du bison vers le marché européen pourrait le faire transformer en Tunisie et l’expédier en 24 heures vers l’Italie, l’Espagne ou la France, sans aucun droit de douane grâce à la législation tunisienne sur la production offshore et à l’accord de libre-échange conclu avec l’Union européenne. Dans le contexte actuel de montée du protectionnisme commercial, une telle opération serait loin d’être anodine. De même, des entreprises peuvent tirer parti de ce régime de production offshore pour exporter vers les États-Unis, et l’ont déjà fait.

Cap sur les TICs

Le gouvernement américain pourrait davantage encourager l’implantation des entreprises américaines dans le secteur de la sous-traitance tunisienne en finançant des missions commerciales axées sur des secteurs porteurs tels que l’agroalimentaire, l’industrie pharmaceutique et les technologies de l’information. N’oublions pas tous ces diplômés en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STEM) que la Tunisie forme chaque année ! Ils font d’excellents ingénieurs logiciels, des techniciens de centres d’appels compétents (en trois langues) et des innovateurs. Dans bien des cas, il est peu probable que ces entreprises remplacent la main-d’œuvre américaine. En effet, dans le secteur agroalimentaire, elles transformeraient les produits tunisiens, et dans d’autres cas, elles fabriqueraient des biens qui, exportés directement des États-Unis en raison des droits de douane réciproques, ne seraient pas compétitifs sur le marché européen.

L’une des objections fréquemment rencontrées par les diplomates lorsqu’ils s’efforcent de promouvoir le commerce et l’investissement est que les entreprises américaines ne s’intéressent pas aux petits marchés comme la Tunisie. Pourtant, les dirigeants d’entreprise devraient être plus attentifs aux accords de libre-échange conclus par la Tunisie avec l’Union européenne et de nombreux autres pays africains. Ces arguments, cependant, restent parfois lettre morte. C’est alors qu’il peut être judicieux de dialoguer avec les PME et les collectivités territoriales.

Les business angels US pour l’innovation

Les futurs axes de collaboration devraient inclure un intérêt accru des investisseurs en capital-risque et des business angels américains pour l’innovation tunisienne, grâce à un soutien à faible coût du gouvernement américain. Ce soutien pourrait, à terme, être transféré aux collectivités territoriales et aux universités. Grâce à une loi sur les start-ups conçue avec l’apport d’experts américains, les innovateurs tunisiens (n’oublions pas tous ces diplômés en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques !) ont lancé plusieurs start-ups à succès ces dernières années. Instadeep, une entreprise d’intelligence artificielle spécialisée dans la santé, en est un exemple ; elle a récemment été rachetée par la société allemande BioNTech après avoir levé plus de 100 millions de dollars. Il ne fait aucun doute que les innovateurs tunisiens ont bien d’autres opportunités à offrir aux investisseurs américains ; le gouvernement américain a démontré son efficacité en tant qu’intermédiaire lorsqu’il s’y emploie, assure le diplomate américain.

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