La Confédération des Entreprises Citoyennes de Tunisie (Conect) vient de rendre public le deuxième Policy Brief de son Conseil Scientifique. Le document s’attaque à une question devenue centrale dans le débat économique tunisien : celle de la « cashification » de l’économie, c’est-à-dire la montée en puissance de la monnaie fiduciaire au détriment des circuits bancaires formels, et ses effets sur l’accès au financement des petites et moyennes entreprises (PME).
– Un écart qui interroge
Les chiffres arrêtés au 31 décembre 2025 révèlent une tension inédite. Les billets en circulation ont atteint 26,9 milliards de dinars, en hausse de 19% sur un an. Dans le même temps, le crédit accordé aux entreprises n’a progressé que de 2,8%, ce qui, rapporté à une inflation de 5%, se traduit par un recul en termes réels. L’économie tunisienne se retrouve ainsi dans une situation paradoxale, où la masse de cash disponible s’enfle, tandis que les entreprises peinent à se financer.
Le Policy Brief apporte un éclairage essentiel sur les causes de cette divergence. Les auteurs estiment que 74% de la hausse de la monnaie fiduciaire ne résulte pas de pressions inflationnistes classiques, mais d’un ensemble de facteurs structurels, parmi lesquels la substitution des chèques par le cash, les contraintes réglementaires, la fuite fiscale et le recul de l’intermédiation bancaire.
– Cinq pressions simultanées
L’analyse met en évidence cinq mécanismes qui se combinent et se renforcent mutuellement pour asphyxier le financement des PME. La réforme des chèques a restreint un instrument de paiement différé largement utilisé par les petites entreprises. Le rationnement du crédit bancaire a réduit les capacités d’endettement. Le cadre réglementaire en vigueur favorise structurellement les transactions en espèces. L’élargissement de l’assiette fiscale a conduit certains opérateurs à se replier vers le cash pour limiter leur traçabilité. Enfin, le recours massif de l’État au financement bancaire crée un effet d’éviction, au détriment du secteur privé.
– Des réformes nécessaires, mais à accompagner
Le patronat tunisien sans droit de représentativité, prend soin de préciser que le Policy Brief ne remet en question ni le bien-fondé ni l’utilité des réformes en cours. L’intention des auteurs est ailleurs. Ils cherchent à mettre en lumière les effets d’interaction non anticipés que produit la mise en œuvre simultanée de ces réformes, et à proposer des mesures concrètes pour en atténuer les conséquences sur les entreprises les plus vulnérables.
Au total, huit mesures d’accompagnement sont préconisées. Parmi elles figurent la mise en place d’un dispositif d’affacturage facilité, permettant aux PME de mobiliser rapidement leurs créances, des incitations au paiement numérique pour accélérer la transition vers des flux traçables, et la création d’un observatoire permanent dédié au suivi du financement des PME, afin de disposer d’une vision continue et actualisée des tensions sur ce segment.








