Nouvelair Tunisie clôture l’exercice 2024 sur un bilan de 783,8 millions de dinars (MDT), en hausse de 32,9% par rapport à 2023. C’est un exercice marqué par une croissance soutenue du chiffre d’affaires, une amélioration de la rentabilité opérationnelle et un bilan en profonde transformation, même si la qualité du résultat net mérite d’être nuancée.
– Une activité en accélération
Le chiffre d’affaires brut atteint 1 083 MDT en 2024 contre 942 MDT en 2023, soit +15%. Le transport international reste le cœur de l’activité, à 1 035 MDT (+15%), tandis que l’activité ACMI (location d’avion avec équipage) progresse plus vite encore, à 27,6 MDT (+23%). Ces deux moteurs confirment la capacité de la compagnie à diversifier ses sources de revenus et à atténuer la saisonnalité inhérente au transport charter.
– Une rentabilité opérationnelle en forte hausse
Le résultat d’exploitation bondit de 49,9 MDT à 79,4 MDT, soit +59%. La marge opérationnelle rapportée au chiffre d’affaires brut passe de 5,3% à 7,3%. L’EBITDA (résultat d’exploitation avant amortissements et provisions) est estimé à 140,8 MDT, représentant environ 13% du chiffre d’affaires brut contre 11% en 2023. Cette progression reflète une meilleure absorption des charges fixes sur un volume d’activité croissant, malgré des coûts de vente directs qui s’élèvent à 850,6 MDT, portés notamment par les loyers avions (+25%) et les réserves de maintenance (+25%).
– Un résultat net à lire avec discernement
Le résultat net (RN) publié atteint 73,1 MDT, en progression de 23,9%. Mais sa composition mérite attention. Deux éléments viennent gonfler ce chiffre. D’abord, les produits des placements contribuent à hauteur de 16,5 MDT au rendement du portefeuille de bons du Trésor zéro coupon (BTZ) de 362 MDT détenu par la société. Ce flux est récurrent tant que ce stock est maintenu. Ensuite, les autres gains ordinaires atteignent 21,3 MDT, dont 19,98 MDT de produits liés aux exercices antérieurs, soit un rattrapage ponctuel de régularisations passées. Ce dernier poste est clairement non récurrent, il était quasi nul en 2023.
En retranchant ces 19,98 MDT et en tenant compte de l’économie fiscale correspondante au taux effectif de 29,2%, le résultat net normalisé s’établit à environ 59 MDT, sensiblement inférieur aux 73,1 MDT affichés, mais qui traduit néanmoins une performance sous-jacente solide. Par ailleurs, les charges financières nettes se dégradent à 13,1 MDT contre 5,9 MDT en 2023, essentiellement sous l’effet de pertes de change sur les soldes en devises (8,8 MDT), dans un contexte de pression continue sur le dinar tunisien. Enfin, la fiscalité pèse lourd : impôt sur les bénéfices de 24,1 MDT auquel s’ajoute une contribution conjoncturelle de 6,0 MDT, portant la charge fiscale totale à 30,2 MDT, soit un taux effectif de 29,2%.
– Un bilan restructuré, sans dette financière
Les capitaux propres ont été multipliés par 2,4 en un an, passant de 51,5 MDT à 124,4 MDT grâce à l’accumulation des résultats. Le capital social reste inchangé à 56,7 MDT, avec un actionnariat familial Milad dominant à environ 52%. Fait structurant, la dette financière bancaire est nulle, aucun emprunt ni concours de trésorerie n’apparaît au passif.
Les provisions pour risques et charges constituent le premier poste du passif non courant, à 268,5 MDT, dont 142 MDT pour la réparation des moteurs d’avions loués et 105,4 MDT pour la maintenance des appareils en propriété. Ces provisions sont inhérentes au modèle aérien et traduisent des obligations techniques futures réelles, non une dette financière au sens strict. Les fournisseurs représentent 215 MDT, dont 179 MDT de factures non encore parvenues liées à la maintenance technique.
– Une liquidité confortable malgré l’investissement
Le ratio de liquidité courante s’établit à 1,56, en légère amélioration par rapport à 1,50 en 2023. En intégrant les placements financiers dans les actifs liquides, la position disponible dépasse 437 MDT. Le flux de trésorerie opérationnel ressort à 39,6 MDT, en nette progression par rapport à 20,1 MDT en 2023. Les investissements ont absorbé 69,4 MDT, dont des avances sur l’acquisition de cinq Airbus NEO pour 12,6 MDT, signalant un programme de renouvellement de flotte en cours. La trésorerie recule mécaniquement de 101,9 MDT à 74,8 MDT, variation logique au regard de cet effort d’investissement.
– Points de vigilance
Trois éléments méritent un suivi. Les créances douteuses s’élèvent à 53,2 MDT, soit 42% du portefeuille client brut, intégralement provisionnées mais reflétant une exposition au risque de contrepartie significative, notamment vis-à-vis de compagnies comme Koral Blue et Karthago Airlines. L’exposition aux variations de change reste un facteur de volatilité important sur le résultat financier, dans un contexte où loyers avions, dépôts et une large part des charges sont libellés en devises. Enfin, la contribution conjoncturelle de 6 MDT, présentée en éléments extraordinaires, est en réalité une charge fiscale en voie de banalisation qui pèsera durablement sur les résultats futurs.
En synthèse, Nouvelair 2024 est une compagnie en bonne santé opérationnelle, sans endettement financier et avec une trésorerie robuste. La progression du résultat d’exploitation est réelle et convaincante. Le résultat net publié, lui, bénéficie d’un effet comptable ponctuel de près de 20 MDT qui ne se reproduira pas mécaniquement, ce qui invite à retenir environ 59 MDT comme base de référence pour toute projection prospective.








