Les sont impérieusement venus pour la Tunisie et l’Union européenne de donner un coup de neuf à l’Accord d’association qui les lie, vieux de plus de trois décennies. Non qu’il soit malmené par le temps, mais parce que le besoin se fait crucial de l’adapter aux profondes mutations économiques, géopolitiques et technologiques intervenues à l’échelle mondiale.
En fait, les autorités tunisiennes considèrent désormais nécessaire de réviser l’Accord d’association afin de le rendre plus équilibré, plus équitable et davantage aligné sur les priorités nationales et les exigences du développement socio-économique du pays. Cette approche vise également à mieux prendre en compte les défis actuels, qu’ils soient sécuritaires, sociaux, culturels, financiers ou technologiques.
Trente ans après sa signature, l’accord apparaît en effet partiellement dépassé face aux transformations de l’économie mondiale. Initialement conçu pour organiser essentiellement les échanges de biens, il ne reflète plus pleinement la complexité des relations économiques contemporaines, marquées par l’essor du numérique, de l’innovation, de la transition énergétique et des exigences environnementales, mais aussi par les défis liés à la sécurité alimentaire et énergétique.
Selon le ministère tunisien des Affaires étrangères, la révision du partenariat avec l’Union européenne vise avant tout à instaurer un meilleur équilibre entre les deux parties et à exploiter pleinement leur potentiel commun.
Parmi les pistes évoquées figurent notamment l’amélioration de l’accès des produits agricoles et agroalimentaires tunisiens au marché européen, la participation des PME tunisiennes aux marchés publics européens, le renforcement des investissements directs étrangers dans les secteurs à forte valeur ajoutée, ainsi que le développement de la transition énergétique et de la transformation numérique.
Le ministère souligne que l’Accord d’association de 1995 demeure une base solide, mais qu’il ne peut plus, à lui seul, répondre aux mutations profondes ayant transformé les deux rives de la Méditerranée.
Passer de la logique de coopération à celle de la complémentarité
Dans cette dynamique, la signature en juillet 2023 du mémorandum d’entente sur un partenariat stratégique et global entre la Tunisie et l’Union européenne a marqué une étape importante. Ce texte a réaffirmé la volonté commune de donner un nouvel élan aux relations bilatérales autour de cinq axes majeurs : la stabilité macroéconomique, l’économie et le commerce, la transition énergétique, le rapprochement entre les peuples ainsi que la migration et la mobilité.
Les autorités tunisiennes estiment que cette nouvelle étape doit permettre de faire évoluer le partenariat d’une simple logique de coopération vers une logique d’approfondissement et de complémentarité, fondée sur les principes de co-responsabilité, de solidarité, de respect de la souveraineté et de non-ingérence.
Jeudi dernier, l’ambassadeur de l’Union européenne en Tunisie, Giuseppe Perrone, a déclaré que la révision des mémorandums d’entente et des accords de partenariat entre la Tunisie et l’UE « s’effectue périodiquement lorsque le besoin s’en fait sentir ». Il a également indiqué qu’une délégation de Bruxelles s’était récemment rendue en Tunisie afin d’examiner avec les autorités tunisiennes plusieurs dossiers relatifs aux énergies renouvelables et aux échanges commerciaux.
88 % des IDE et 90% des emplois
Les entreprises européennes représentent aujourd’hui les principaux investisseurs étrangers en Tunisie. Elles comptent pour près de 88 % des investissements directs étrangers en nombre de projets et assurent environ 90 % des emplois générés par les IDE, soit plus de 400 000 emplois directs à travers quelque 3 400 entreprises.
La balance commerciale entre la Tunisie et l’Union européenne demeure excédentaire pour la Tunisie depuis plusieurs années, avec un taux de couverture avoisinant 119 % en 2025.
Le stock des investissements européens en Tunisie atteignait 5,8 milliards d’euros à fin 2023, concentrés principalement dans les secteurs du textile et de l’habillement, de l’agroalimentaire ainsi que des industries électriques et électroniques.
En 2025, l’Union européenne a absorbé près de 69,9 % des exportations tunisiennes, pour une valeur de 44 527,8 millions de dinars, contre 42 862,3 millions en 2024. Les importations tunisiennes en provenance de l’UE ont quant à elles représenté 43,7 % du total des importations du pays, atteignant 37 321,2 millions de dinars.
L’enjeu stratégique de la mobilité et des visas
Le ministère tunisien des Affaires étrangères souligne également le renforcement significatif de la coopération dans les domaines de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. La participation de la Tunisie aux programmes européens tels que Horizon Europe, Horizon 2020 et Erasmus+ a permis aux chercheurs et aux institutions tunisiennes de mieux s’intégrer aux dynamiques internationales d’innovation.
Cette dynamique témoigne du potentiel du pays en matière de capital humain et d’innovation. Toutefois, plusieurs obstacles persistent, notamment en ce qui concerne l’octroi des visas, en raison de la lenteur et du coût des procédures administratives.
La facilitation de l’accès aux visas pour certaines catégories socioprofessionnelles apparaît désormais comme un enjeu majeur pour le développement du partenariat tuniso-européen. Les autorités tunisiennes plaident ainsi pour la mise en place de solutions durables permettant de renforcer davantage la mobilité et les échanges humains entre les deux rives de la Méditerranée.








