Le Conseil national des régions et des districts vient d’adopter en une séance plénière cinq projets de loi portant création de centrales de production d’électricité à partir d’énergies renouvelables (ER) dans les gouvernorats de Sidi Bouzid, Gafsa et Gabès. Ces textes, déjà approuvés par l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) le mois dernier, parachèvent ainsi leur parcours législatif.
Aux termes de cette nouvelle législation, la STEG rachètera l’intégralité de l’énergie produite, ce qui devrait alléger le recours aux importations de gaz naturel et générer des économies en devises. Les conventions accordent aux investisseurs privés des droits d’exploitation allant jusqu’à 25 ans, assortis d’avantages fiscaux, avant la restitution des installations à l’entreprise publique.
Une transition énergétique pour porter la part des renouvelables à 35 %
Ces projets s’inscrivent dans la stratégie nationale de transition énergétique visant à porter la part des renouvelables à 35 % de la production électrique d’ici 2030, conformément aux engagements climatiques internationaux de la Tunisie.
L’adoption de ces textes intervient dans un climat de controverse, accentué par le récent limogeage de la ministre de l’Industrie et de l’Énergie, soulevant des interrogations sur la gouvernance du dossier énergétique. Le syndicat de la STEG et plusieurs composantes de la société civile alertent sur le risque de voir l’entreprise publique réduite à un simple rôle d’intermédiaire acheteur.
Ils dénoncent la durée prolongée des concessions et les exonérations fiscales accordées au privé. « La Tunisie pourrait passer d’une dépendance au gaz importé à une nouvelle dépendance liée au marché européen de l’électricité », a averti une source syndicale.
Cette mise en garde vise notamment le projet d’interconnexion électrique sous-marine ELMED avec l’Italie, un câble de 200 km d’une capacité de 600 MW, soutenu par des institutions financières européennes. Ses partisans y voient une intégration stratégique au marché européen de l’énergie, tandis que ses détracteurs craignent un alourdissement de la dette de la STEG et une exposition accrue aux fluctuations des prix européens. Une étude du « Groupe de travail pour la démocratie énergétique » conteste le calcul officiel du coût de l’électricité solaire privée, estimant qu’il omet les charges supportées par la STEG pour maintenir des centrales à gaz en appoint lors des périodes d’absence d’ensoleillement.
L’étude prévient que la part de la STEG dans la production nationale pourrait diminuer significativement si le recours au privé se poursuit au rythme actuel. En sens inverse, l’expert Ali Kanzari soutient que les mécanismes d’incitation appliqués en Tunisie sont en vigueur dans de nombreux pays et constituent un levier indispensable pour mobiliser les investissements nécessaires, que l’État ne pourrait financer seul. Entre réduction de la dépendance au gaz et préservation de la souveraineté énergétique, le débat sur le modèle tunisien de transition énergétique reste ouvert, renvoyant dos à dos partisans du partenariat public-privé et défenseurs d’un investissement public renforcé centré autour de la STEG.
Hausse de la production nationale d’électricité de 6% en 2025
La production nationale d’électricité a enregistré, en 2025, une hausse de 6% pour se situer à 20535 GWh (y compris autoproduction renouvelable) contre 19442 GWh en 2024, selon le rapport sur la conjoncture énergétique publié par l’Observatoire national de l’énergie et des mines.
La production destinée au marché local a enregistré une hausse de 2%. Ainsi, les achats d’électricité principalement de l’Algérie ont couvert 11% des besoins du marché local en 2025.
La STEG conserve toujours la part du lion dans la production électrique avec 95% de la production nationale à fin novembre 2025. La production d’électricité à partir des énergies renouvelables s’est située à 6%.
Par ailleurs, environ 420 MW de toitures photovoltaïques ont été installée en 2025 dans le secteur résidentiel et 70 MW sur la moyenne et la haute tension dans les secteurs industriel, tertiaire et agriculture.
Les ventes d’électricité ont enregistré une hausse de 2% entre 2024 et 2025. Les ventes des clients de la haute tension ont enregistré une augmentation de 15%, celles des clients de la moyenne tension ont enregistré une quasi-stabilité. A noter que pour les ventes basse tension destinées majoritairement au secteur résidentiel (près de 75% en moyenne), les statistiques basées sur la facturation bimestrielle, dont près de la moitié est estimée, ne permettent pas d’avoir une idée exacte sur la consommation réelle.








