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Afreximbank-Tunisie : 5,15 milliards de dinars en quatre ans et une relation financière qui mérite d’être nommée

La Tunisie vient de franchir un nouveau palier dans sa relation avec la Banque africaine d’import-export. Un décret présidentiel publié au JORT (Journal officiel de la République tunisienne), le 8 juin 2026, ratifie un quatrième accord de prêt avec Afreximbank, pour un montant de 500 millions de dollars. Le texte, signé sous le numéro 2026-108 par le président Kaïs Saïed, entérine une décision du conseil d’administration de la BCT (Banque centrale de Tunisie) datée du 18 mars 2026. La source du financement est désormais connue. Les conditions financières de l’accord, elles, restent confidentielles.

Quatre tranches en quatre ans

Pour comprendre ce que représente ce nouveau prêt, il faut le replacer dans une séquence qui commence en avril 2022. C’est à cette date que la BCT signe, au nom et pour le compte de l’État tunisien, une première convention avec Afreximbank portant sur 700 millions de dollars, remboursables sur sept ans dont deux de grâce, à un taux d’intérêt fixe de 5,76%. La même opération impose à la BCT le dépôt de 400 millions de dollars en garantie auprès de la banque panafricaine, à un taux de rémunération de 1,65%. Autrement dit, la Tunisie emprunte à 5,76% et replace une partie des fonds à 1,65% : l’écart de rendement constitue, de fait, un coût supplémentaire dissimulé dans la mécanique contractuelle. Les tirages sur cette tranche ont atteint 2 089,4 MDT (millions de dinars tunisiens) en 2022, selon les résultats provisoires d’exécution du budget de l’État publiés par le ministère des Finances.

En 2023, une deuxième opération est enregistrée dans les comptes de l’administration centrale pour un montant de 1 466,0 MDT, toujours au titre de l’accord Afreximbank, confirmé par le même document officiel.

Fin novembre 2024, la BCT contracte un troisième prêt de 500 millions de dollars, à un taux d’intérêt fixe de 5,51%, remboursable sur cinq ans dont une année de grâce. L’opération est qualifiée juridiquement d’avenant à la convention initiale de 2022. Là encore, un dépôt de garantie est exigé : 350 millions de dollars, bloqués pendant cinq ans à 1,65%. Sur les 500 millions empruntés, la Tunisie n’accède effectivement qu’à 150 millions de dollars nets. Les tirages sont enregistrés à hauteur de 1 595,3 MDT en 2024. L’ARP (Assemblée des représentants du peuple) approuve l’accord le 27 décembre 2024.

En 2025, aucun tirage Afreximbank n’apparaît dans les comptes d’exécution budgétaire. Le prêt de juin 2026 constitue donc la première opération de cette série sur l’exercice en cours. En cumulant les trois tranches documentées par source primaire, les tirages Afreximbank enregistrés entre 2022 et 2024 atteignent 5 150,7 MDT, soit l’équivalent d’environ 1,65 milliard de dollars. Afreximbank s’impose ainsi comme le créancier le plus sollicité par Tunis en dehors des institutions de Bretton Woods, mobilisé à quatre reprises en moins de quatre ans.

Un prêteur de substitution, pas un partenaire de développement

Afreximbank se présente volontiers comme un financeur du développement africain. Ses prêts à la Tunisie méritent pourtant d’être qualifiés avec précision. Il s’agit, dans chaque cas documenté, de crédits budgétaires classiques, destinés à couvrir un déficit de financement de l’État, assortis de conditions de marché et de clauses de garantie qui réduisent sensiblement leur utilité nette. Selon une analyse publiée par businessnews.com.tn, le coût effectif des deux premières tranches s’établirait, une fois intégré le mécanisme des dépôts de garantie, entre 10 et 11,5% sur les fonds réellement disponibles, soit un niveau nettement supérieur aux taux nominaux affichés.

Ce profil contractuel dit quelque chose d’important sur la situation tunisienne. La Tunisie n’a émis aucune obligation souveraine sur les marchés internationaux depuis 2019. Sa note de crédit, dégradée en catégorie spéculative depuis 2022, lui ferme l’accès aux levées de fonds classiques. Dans ce contexte, Afreximbank remplit une fonction précise : elle fournit des liquidités que les marchés refusent, à des conditions que Tunis n’est pas en position de négocier véritablement. Ce n’est pas une relation de partenariat au développement. C’est une relation de dépendance à un prêteur de substitution.

 

La preuve en est inscrite noir sur blanc dans les comptes officiels. Les résultats provisoires d’exécution budgétaire à fin décembre 2025, publiés par le ministère des Finances, ventilent les tirages extérieurs en deux catégories distinctes : les emprunts affectés à des projets d’investissement, d’un côté, et les prêts d’appui budgétaire direct, de l’autre. Afreximbank figure exclusivement dans cette seconde catégorie, intitulée sans ambiguïté « appui budgétaire » dans la nomenclature officielle. Aucun de ses tirages n’est associé à un projet, une infrastructure ou un investissement productif. Comme la BCT finance le Trésor sur le compartiment intérieur — par ses facilités de refinancement et ses avances directes — Afreximbank est devenue, sur le compartiment extérieur, un pourvoyeur de liquidités budgétaires. La différence est que la BCT agit par création monétaire, avec des effets sur la masse monétaire et l’inflation, tandis qu’Afreximbank apporte des devises étrangères assorties d’intérêts et d’obligations de remboursement qui alourdissent la dette extérieure. Dans les deux cas, le Trésor est le bénéficiaire direct, et l’équilibre budgétaire est la finalité déclarée.

Une dette publique à 82,1% du PIB

Ce quatrième prêt s’inscrit dans une trajectoire d’endettement public documentée avec précision par les résultats provisoires d’exécution budgétaire à fin décembre 2025, publiés par le ministère des Finances. L’encours total de la dette publique tunisienne atteignait 141 665,4 MDT à fin 2025, soit 82,1% du PIB (produit intérieur brut). C’est en légère amélioration par rapport au pic de 84,9% enregistré en 2024, mais le niveau reste historiquement élevé et structurellement contraignant.

La dette se répartit désormais à 60,8% sur le compartiment intérieur (86 178,0 MDT) et à 39,2% sur le compartiment extérieur (55 487,3 MDT). Ce rééquilibrage vers la dette intérieure traduit les difficultés persistantes d’accès aux marchés internationaux de capitaux, compensées par un recours accru aux ressources domestiques, notamment les bons du Trésor et les emprunts nationaux.

Le service de la dette a pesé 24 441,5 MDT en 2025, dont 17 983,0 MDT au titre du remboursement du principal et 6 458,5 MDT au titre des intérêts. Ces charges représentent 11% des dépenses budgétaires totales, selon la structure des dépenses publiée dans le même document. Sur le volet extérieur, les principaux bailleurs en 2025 ont été l’Algérie (1 477,7 MDT de tirages budgétaires), le FMA (Fonds monétaire arabe, 171,2 MDT), l’Italie (167,9 MDT) et la Banque mondiale (117,5 MDT). Afreximbank n’apparaît dans aucun tirage 2025, le prêt de juin 2026 relevant donc du prochain exercice.

La structure de la dette extérieure par créanciers révèle une prédominance du multilatéral à 68,9%, suivi du bilatéral à 22,8% et du marché financier à 8,3%. En devises, l’euro domine à 63,7%, suivi du dollar à 23,4%, du yen à 6,0% et d’autres devises à 6,9%.

Ce que le décret ne dit pas

Le décret présidentiel n°2026-108 ratifie l’accord. Il n’en publie pas les conditions. Le taux d’intérêt, la maturité, l’échéancier de remboursement et l’éventuelle clause de dépôt de garantie demeurent inconnus du public. Cette opacité est devenue la norme dans la gestion de la dette tunisienne. Elle contraste avec les exigences de transparence qui s’imposent à tout État dont la dette publique dépasse le seuil des 80% du PIB et dont la note souveraine est classée en catégorie spéculative.

Afreximbank a parallèlement ouvert un bureau régional à Tunis, signal d’un ancrage institutionnel plus structuré sur le marché tunisien. Ce positionnement dit autant sur la stratégie d’expansion de la banque panafricaine que sur la vulnérabilité financière de l’État tunisien.

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