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« Ce ne sont jamais les discours qui changent un pays, mais les projets, les investissements et la richesse à produire ».

AM*

À chaque débat sur les finances publiques, une idée revient avec insistance : la dette serait la principale cause des difficultés économiques de la Tunisie. Cette lecture est pourtant réductrice. Les emprunts ne sont pas à l’origine de la crise ; ils sont le résultat de plus d’une décennie de déséquilibres, de réformes reportées et d’opportunités perdues.

Depuis 2011, le pays a traversé une longue période d’instabilité politique. Les gouvernements se sont succédé, les réformes structurelles ont été différées, tandis qu’une large partie de la classe politique consacrait davantage d’énergie aux rapports de force qu’à la reconstruction de l’économie.
Pendant ces années, les dépenses publiques ont progressé plus vite que la richesse nationale. L’investissement public s’est contracté, les grands projets d’infrastructures ont été retardés, voire abandonnés, et plusieurs secteurs stratégiques ont progressivement perdu leur rôle de moteur de croissance.
Les phosphates, l’énergie et les transports, longtemps piliers de l’économie tunisienne, ont vu leurs performances décliner. Parallèlement, la dette publique s’est alourdie, les déficits se sont installés et les finances de l’État se sont progressivement fragilisées.
Lorsque le tournant du 25 juillet 2021 est intervenu, la Tunisie faisait déjà face à une crise politique, financière et économique profonde. La restauration de la capacité de décision de l’État constituait alors un préalable indispensable à toute stratégie de redressement.
Aujourd’hui, réduire le débat aux seuls emprunts revient à confondre la cause et la conséquence. Le recours au financement extérieur est devenu, dans une large mesure, un instrument permettant d’assurer la continuité de l’État, de financer ses engagements et de préserver les équilibres budgétaires, en attendant le retour d’une croissance suffisamment forte pour générer davantage de richesses.Les chiffres illustrent l’ampleur du défi.

En 2025, l’encours de la dette publique a atteint près de 141,7 milliards de dinars, soit 82,1 % du PIB. Le déficit budgétaire s’est élevé à environ 9,25 milliards de dinars, tandis que le service annuel de la dette représentait 24,4 milliards de dinars. Dans le même temps, la croissance économique n’a atteint que 2,6 % au premier trimestre 2026 et le chômage demeure proche de 15 %.Ces indicateurs montrent clairement que les seules ressources internes ne suffisent plus à financer l’ambition économique du pays.

La Tunisie devra donc continuer à mobiliser des financements extérieurs, mais selon une logique radicalement différente : attirer davantage d’investissements directs étrangers, développer les partenariats internationaux, bénéficier de financements concessionnels et orienter l’endettement vers des projets créateurs de valeur.Car toute la différence est là.
Un emprunt utilisé pour financer les dépenses courantes disparaît rapidement sans produire d’effet durable. À l’inverse, un emprunt consacré à un port en eaux profondes, à une nouvelle ligne ferroviaire, à un aéroport international, à des zones industrielles ou à des infrastructures énergétiques devient un investissement productif qui génère des revenus, stimule les exportations, crée des emplois et augmente les recettes fiscales pendant plusieurs décennies.
L’enjeu n’est donc pas de s’endetter ou non. Il est de savoir pourquoi l’on s’endette.

La Tunisie gagnerait aujourd’hui à lancer un véritable programme national de grands investissements : modernisation des infrastructures, développement des ports, rénovation du réseau ferroviaire, relance de la filière phosphatière, accélération des projets d’énergies renouvelables, amélioration de la logistique et meilleure intégration économique des régions.

Cette stratégie suppose également une relation pragmatique avec les institutions financières internationales. Les discussions avec le Fonds monétaire international doivent s’inscrire dans une vision nationale clairement définie, où les financements servent prioritairement à soutenir l’investissement productif plutôt qu’à couvrir les déficits courants. Dans le même esprit, les concours de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement, de la Banque islamique de développement, des fonds arabes ainsi que des partenaires européens et asiatiques doivent être davantage orientés vers les infrastructures, la transition énergétique et le développement régional.Mais l’argent ne remplacera jamais les réformes.

Aucun financement ne produira d’effets durables sans une administration plus performante, une gouvernance plus efficace, une accélération des procédures, une responsabilisation des décideurs et une véritable culture du résultat. Chaque projet retardé représente un coût considérable pour la collectivité. Chaque investissement perdu constitue une occasion manquée de créer de la croissance et de l’emploi.

L’histoire économique mondiale est riche d’enseignements. Les pays qui ont utilisé la dette pour construire des infrastructures, des universités, des réseaux de transport et des capacités industrielles sont devenus des économies compétitives capables de rembourser leurs engagements grâce à leur production. À l’inverse, ceux qui ont financé principalement leur consommation par l’endettement se sont durablement enfermés dans une spirale de déficits.
La Tunisie dispose pourtant d’atouts considérables : une position géographique stratégique, des compétences humaines reconnues, une proximité avec les marchés européens et africains et un potentiel encore largement sous-exploité.Ce potentiel ne demande qu’à être transformé en croissance.
Cela exige une vision économique cohérente, des projets structurants, un environnement favorable à l’investissement et une volonté politique plaçant l’efficacité, l’exécution et la création de richesse au cœur de l’action publique.Car, au final, ce ne sont jamais les discours qui changent un pays.Ce sont les projets qu’il réalise, les investissements qu’il concrétise et la richesse qu’il est capable de produire.

*Halim Bousma Député

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