AccueilChiffreTunis : Qui gouverne au palais de Carthage ?

Tunis : Qui gouverne au palais de Carthage ?

Depuis qu’il a accédé officiellement à la magistrature suprême de la Tunisie et pris ses quartiers au palais de Carthage, Béji Caïd Essebsi donne la nette impression d’avoir viré sa cuti, en ne réfléchissant plus de lui-même cette plaisante image qui lui attirait les bonnes grâces des Tunisiens, surtout ceux et celles qui l’ont choisi comme premier président de la deuxième République.

Ses apparitions sont de plus en plus rares mais trop souvent cérémonieuses, presque « guindées » et même s’il lui arrivait de s’exprimer en public, il le faisait si solennellement et comme rivé à un texte qui visiblement le rebutait qu’il finit par perdre son bagout et sa faconde ponctués de « sorties » dont lui seul a le secret.

C’est à comprendre que la présidence de la République ne lui va pas bien, l’ayant dépossédé de tout ce qui constituait son fonds de commerce et qui lui a valu d’être le Président des Tunisiens. BCE n’est plus le boute-en-train que l’on connaissait, qui a le mot pour rire et faire rire et dont les bons mots et les petites phrases meublaient les chroniques et amusaient la galerie.

Surtout, on le dit sous influence, celle de son entourage tout proche qui surveillerait tous ses propos, faits et gestes, allant même jusqu’à inspirer ses décisions. Abdessattar Messaoudi, membre du bureau exécutif de Nidaa Tounès et avocat personnel de Béji Caïd Essebsi, a apporté, jeudi, un témoignage qui ne peut pas passer inaperçu. Il a affirmé que le président de la République ne dirige pas le gouvernement, ajoutant qu’il existe une troïka au palais de Carthage en la personne de Mohsen Marzouk, Ridha Belhaj et Rafaâ Ben Achour, qui le fait à sa place.

Dans une déclaration à Shems fm, il a ajouté que ce groupe s’isole avec BCE et place les ministres et les secrétaires dans les postes qu’il veut au gouvernement.

Il a indiqué, en outre, que la communication avec Caïd Essebsi est devenue très difficile et compliquée depuis son accession à la magistrature suprême, ajoutant que BCE n’est joignable que par des moyens détournés, selon ses dires.

Lui emboîtant le pas, le journaliste tunisien de la BBC, Mekki Helal, a indiqué dans un article à propos de Nidaa Tounes, publié sur un site d’information, que «les choses se passent selon les directives, les allégeances et le degré de proximité avec le président (ndlr : BCE) et son fils et même du cercle restreint du palais (ndlr : Carthage) qui semblent avoir coupé Essebssi de son environnement partisan et ne lui montrent que ce qu’ils veulent bien lui montrer ». Et le journaliste de la BBC de faire le rapprochement avec les derniers jours du régime du premier président tunisien Habib Bourguiba.

Le carcan de la Présidence !

Ce qui ajoute au flou de la situation, c’est que le président de la République, et s’agissant de l’extrême lenteur du processus de la formation du gouvernement, donne l’air d’être inscrit aux abonnés absents, alors que les rebondissements s’alignent, l’un plus spectaculaire que l’autre, pouvant entacher le crédit non seulement du chef du gouvernement désigné, mais aussi du chef de l’Etat, si ce n’est déjà fait.

On comprendrait bien la distance que Béji Caid Essebsi veut garder vis-à-vis de Habib Essid pour ne pas donner l’impression que c’est lui qui en fait qui est le timonier et que le chef du gouvernement n’est qu’un faire-valoir. Toutefois, il ne sera pas sans conséquence que le chef de l’Etat, et alors même que le délai légal approche à grands pas, continue de laisser les choses en l’état au risque de voir les membres de son parti, Nidaa Tounès, s’étriper encore plus et le vote de confiance remis aux calendes grecques.

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