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Pétrole : Les prix poursuivent leur descente aux enfers. Quels effets sur les pays importateurs ?

Les cours du baril de pétrole brut ont baissé vendredi à New York, alors que le marché, hésitant depuis une dizaine de jours, continuait à ressentir la pression d’une offre excessive.

Le prix du baril de «light sweet crude» (WTI) pour livraison en février a cédé 1,11 $US sur le New York Mercantile Exchange (Nymex) pour s’établir à 54,73 $US, au lendemain d’une séance de clôture pour Noël.

«Le marché reste sous pression après les chiffres publiés mercredi par le département de l’Énergie, qui montraient une hausse globale des stocks de brut et de produits à base de pétrole» aux États-Unis, a commenté Andy Lipow de Lipow Oil Associates. Les stocks américains de pétrole brut ont en effet enregistré une hausse inattendue la semaine dernière, de même que ceux de produits distillés (dont le gazole et le fioul de chauffage). Les réserves d’essence ont, elles aussi, plus augmenté que prévu.

«Comme les investisseurs ne s’attendent pas à ce que l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) prenne une décision quelconque pour réduire sa production, et comme l’offre américaine devrait continuer à augmenter l’an prochain, même si des compagnies réduisent leurs budgets, le marché va continuer à s’orienter à la baisse», a prévu Andy Lipow.

Depuis la mi-décembre, les cours du baril de brut, qui ont chuté de près de moitié depuis mi-juin, changent de direction presque chaque jour même s’ils ont enregistré vendredi leur deuxième séance consécutive de baisse.

Cette chute des cours ont indiscutablement des effets sur les importateurs de pétrole comme la Tunisie. Selon une étude publiée cette semaine par le Fonds monétaire international, la baisse des cours agit de trois manières distinctes sur les importateurs. Premièrement, par l’effet de l’augmentation du revenu réel sur la consommation. Deuxièmement, par la réduction des coûts de production des produits finis et, partant, l’effet sur les bénéfices et l’investissement. Et troisièmement, par l’effet sur le taux d’inflation, globale et sous-jacente.

L’effet sur l’inflation sous-jacente dépend à la fois de l’impact direct de la diminution des prix du pétrole sur l’inflation globale et de la répercussion de ces prix sur les salaires et les autres prix. L’ampleur de cette répercussion dépend, à son tour, de la rigidité des salaires réels (la réaction des salaires nominaux à l’inflation de l’IPC) et de l’ancrage des anticipations inflationnistes.

En conjoncture normale, la politique monétaire réagirait à une baisse de l’inflation sous-jacente par une diminution plus que proportionnelle des taux d’intérêt nominaux, et donc par une baisse des taux d’intérêt réels. Il se trouve que la conjoncture n’est pas normale et que les principales économies avancées se heurtent à des taux d’intérêt nuls, abstraction faite de l’assouplissement quantitatif.

Les simulations du FMI tiennent compte, dans toute la mesure du possible, de ces différences d’intensité énergétique, de part de production pétrolière intérieure et de contrainte de politique monétaire.

Dans les pays à forte fiscalité spécifique — par opposition à proportionnelle — sur les produits énergétiques (c’est-à-dire prélevant un montant fixe par volume), un pourcentage donné de réduction du prix mondial du brut se traduit par un pourcentage de réduction plus faible du prix payé par les entreprises et les consommateurs. Les pays peuvent par ailleurs saisir l’occasion d’un repli des cours pour réduire les subventions — initiative recommandée de manière générale par le FMI —, ce qui se traduirait également par une moindre diminution des prix pour les entreprises et les consommateurs.

Certains pays importateurs sont fortement tributaires de la situation des pays exportateurs et donc pourraient profiter moins de la baisse des cours du brut. Par exemple, les pays du Machreq et le Pakistan pourraient aussi être touchés par une baisse des exportations non pétrolières, des transferts officiels et des envois de fonds des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), notamment à moyen terme.

En conjoncture normale, pour un pays en bonne santé macroéconomique —c’est-à-dire sans écart de production, avec une inflation conforme aux objectifs et un compte courant en équilibre —, les conseils sont bien rodés, forts de l’expérience des fluctuations passées des cours du pétrole : la politique monétaire doit veiller à faire en sorte que, en présence d’une inflation globale plus faible, les anticipations restent bien ancrées et l’inflation sous-jacente stable. La question de savoir si cela suppose que l’on augmente ou diminue les taux d’intérêt n’est pas si simple. D’une part, une augmentation de la demande appelle un relèvement des taux d’intérêt; d’autre part, pour éviter que l’inflation sous-jacente ne baisse, il faudrait sans doute faire baisser les taux. En tout état de cause, quelle que soit l’évolution des taux d’intérêt, l’amélioration du solde des transactions courantes entraînera vraisemblablement une appréciation du taux de change. Outre qu’elle est naturelle, cette appréciation est souhaitable, conclut le FMI.

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