AccueilChiffreTunis : Mondher Zenaidi a-t-il tiré son épingle du jeu ?

Tunis : Mondher Zenaidi a-t-il tiré son épingle du jeu ?

Arrivée là où personne ne l’attendait et au milieu d’un tapage médiatique qui était loin de plaire à une scène politique en somnolence, la candidature de Mondher Zenaidi aux Présidentielles en avait dérangé plus d’un. Une candidature, doublée d’un silence médiatique dans lequel il a choisi de se murer tout au long des trois années de son exil parisien, qui avait fini par faire de son dernier passage sur le petit un écran un événement médiatique malgré lui.

Si, par endroits, Mondher Zenaidi s’en est tiré à bon compte, lors de sa prestation télévisée de dimanche, sur Ettounsya tv, face à un Samir Ouafi qui s’appliquait à lui tirer les vers du nez s’agissant de son rôle en tant que ministre du président déchu , il n’en a pas moins failli à convaincre du bien fondé et de la pertinence de ce qu’il propose aux Tunisiens s’il arrivait à prendre ses quartiers au palais de Carthage. On pourrait, pour cela, lui trouver l’excuse du quasi harcèlement de l’animateur à propos d’un passé dont il s’était farouchement défendu. Pourtant, il ne semblait guère en être incapable, à la faveur de tout ce qu’il a pu amasser comme états de services dans toutes les fonctions ministérielles et autres qui lui avaient été confiées sous Bourguiba et ultérieurement sous Ben Ali. Serviteur de l’Etat hors pair, de l’avis quasi unanime, il a été le maître d’œuvre de maints chantiers de réformes dans bien des secteurs où il a eu à faire étalage de son sens de l’Etat, de son inventivité et de sa proximité du citoyen. Qu’il se soit agi de commerce, de transport, de santé ou encore de travail législatif en tant que président de la commission des finances de la Chambre des députés, sa gestion lui valait rarement des griefs, et même si c’était parfois le cas, il est vrai, il ne pouvait pas en être totalement comptable, au regard des néfastes pressions auxquelles il était, comme la majorité des membres des équipes gouvernementales de cette période, soumis de la part de la nébuleuse hyper active dans l’entourage de Ben Ali lui-même et plus encore dans celui de son épouse et de ceux qui gravitaient dans leur orbite. Des pressions que l’ancien ministre compensait, ses fans comme ses détracteurs l’avoueront, par une volonté inébranlable de servir son prochain. L’ancien ministre qu’il était, avait toujours la porte de son bureau, littéralement ouverte devant le citoyen lambda et plus particulièrement ceux de Kasserine qui est sa région natale. Lorsqu’il était au commerce, comme lorsqu’il était à la santé, l’homme était toujours affable, recevait sans chichi et essayait tant bien que mal de rendre service, parfois de panser les plaies de ceux que l’ancienne famille avait blessés ou fourvoyés. On se rappelle, par exemple, le cas de cette infirmière de l’hôpital La Rabta, physiquement agressée par un membre de cette famille et à qui elle avait eu le courage de rendre la pareille, que le ministre Zenaïdi avait reçue, réconfortée et même protégée.

En fait, Mondher Znaïdi, bosseur né et sur le bureau duquel le visiteur ne voyait traîner aucun parapheur avec des documents qui attendraient signature, passait sûrement pour un présidentiable auquel on donnerait le bon Dieu sans confession, tant il débordait de prévenance et d’amabilité. Mais il lui manquerait sans doute l’essentiel, à savoir la garantie qu’il sera le Président que la majorité des Tunisiens attendait pour fixer le cap du redressement du pays et de gérer autrement la chose publique en enrayant le chômage, en jugulant l’inflation, exercice qui ne lui est pas, au demeurant, étranger, en combattant la pauvreté, en ramenant les régions dans le giron du développement et surtout en garantissant la sécurité pour tous les citoyens. A son crédit, les chiffres d’une inflation maîtrisée tout au long de son passage au ministère du Commerce, pourraient aisément parler pour lui. L’homme connaît parfaitement les circuits commerciaux et on pourrait même dire qu’il en a la maîtrise. L’homme est le descendant d’une grande famille d’agriculteurs à Sbiba notamment.

 

C’est indiscutablement à cette aune que Mondher Zenaidi sera jugé et jaugera ses chances de s’attirer les suffrages des électeurs, et il a été remarquable qu’il ne se soit pas investi autant que nécessaire dans cette direction, se limitant à esquisser quelques bribes de son programme et à s’accommoder des satisfécits que lui décernait sans compter les deux invités du plateau. Son bagout facile, son éloquence et son historique politicien, même avec ses lacunes découlant de son travail sous l’ancien régime, ou au profit de l’Etat comme il aimerait le corriger, pourraient aussi être quelques uns de ses atouts. Ceux qui le connaissent pourraient y ajouter son tempérament consensuel et la facilité qu’il a à trouver des compromis. Des traits de caractères qui pourraient être d’un grand secours pour un Président que tout le monde voudrait fédérateur et rassembleur en face d’une scène politique émiettée en mosaïques différentes.

C’est tout cela que Mondher Znaïdi n’avait parfois pas pu, tout au long de cette rencontre télévisuelle, démontrer. A cela, il faudra, peut-être ajouter cette maladresse de le mettre face à des journalistes qui, à force d’essayer de le blanchir, finissait par essayer le rendre plus blanc que blanc. Zenaïdi le faisait bien sans leur aide, en tenant tête, des dizaines de minutes, durant à un Samir Ouafi qui finit par ressembler à un juge d’instruction. Certains diront certainement, que c’est son travail et que la magistrature suprême vaudrait bien une telle séance de torture !

M.L.

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