AccueilChiffreElections : Les promesses des partis critiquées par les experts

Elections : Les promesses des partis critiquées par les experts

La devise principale de la majorité des partis politiques est la relance économique. Et aucun programme électoral aussi bien des législatives et présidentielles n’a manqué de la mentionner.

L’enjeu s’est imposé de lui-même, car l’opinion publique exige de tout candidat une réponse explicite aux défis économiques du moment. Les déficits économiques se creusent, le taux de chômage rebondit après des tentatives d’en réduire la portée par des recrutements dans le secteur public et le pouvoir d’achat du citoyen se détériore à vue d’œil. La recrudescence de la contrebande, et la détérioration du dinar tunisien ne font qu’accentuer cette tendance qui interpelle l’électeur.

Des taux de croissance ambitieux pour un pays encore en crise…

Face à ce tableau pas très heureux, les partis politiques ont tous et sans distinction proposé d’atteindre des taux de croissance variant entre 6 et 8%, au cours du prochain quinquennat.

Le parti islamiste, Ennahdha, prévoit la réalisation d’un taux de croissance de 5% pour les trois prochaines années et de 7% à partir de 2018, soit un taux moyen de croissance annuelle de 6%. Ce taux n’est pas loin de celui prôné par Nidaa Tounes qui parie sur un taux de croissance de l’ordre de 7%.

De son coté, l’Union pour la Tunisie(UPT) émanation de la coalition centriste et de gauche qui a été boudée par Nidaa Tounès, vise à atteindre un taux de croissance de 7% entre 2015 et 2019 tout en révisant à la hausse le taux d’investissement pour l’établir à 28% à l’horizon 2019.

Contrairement à ces partis, le Front Populaire parait réaliste dans ses objectifs en prévoyant un taux de croissance de 3% en 2015.

Comment faire ? Sur cette question, Afek Tounes a fait remarquer que la Tunisie a besoin de réformes adéquates et d’une révision de son modèle de développement, qui ne pourrait se faire qu’à travers le développement de l’économie numérique.

Pour Al Joumhouri, la réalisation de cet objectif nécessite la révision des textes régissant les investissements extérieurs grâce à l’adoption du principe de la liberté totale d’investissement à commencer par l’autorisation préalable exigée des étrangers désirant acquérir 50% ou plus des grandes entreprises industrielles tunisiennes.

Qu’en est-il du Front Populaire ? La consolidation du rôle direct de l’Etat dans l’investissement et la création de richesses demeurent l’enjeu majeur de ce parti qui a exigé le maintien du contrôle de l’Etat sur les secteurs stratégiques sans oublier l’arrêt complet de la politique de privatisation et la soumission des entreprises à caractère économique à des méthodes de gestion modernes.

Des partis préoccupés par le chômage

Outre la révision à la hausse du taux de croissance, la plupart des partis politiques ont misé sur l’éradication d’épineux problème de chômage. C’est la raison pour laquelle, Nidaa Tounes promet une baisse du taux de chômage à 16% à travers la création de 90 mille emplois. Des promesses partagées par Ennadha qui a prévu un recul de ce phénomène pour se situer aux alentours de 10%, alors que l’UPT parie sur la mise en place de 143 mille nouveaux postes d’emplois dans les régions intérieures pour le prochain quinquennat.

Des programmes loin de la réalité économique

Les promesses engagées par les partis politiques ont fait l’objet d’une vague de critiques d’un grand nombre d’experts. Ces derniers n’ont pas manqué de signaler que ces partis politiques n’ont pas présenté de plans de sauvetage urgents pour l’économie nationale. De même, les reformes suggérées par les partis politiques sont encore loin de la réalité économique qui se dégrade de plus en plus.

C’est la raison pour laquelle, ces experts ont qualifié les taux de croissance estimés par ces partis d’ « imaginaires » par rapport à la gravité de la situation économique et mis en relief l’incapacité du pays d’aller vers les taux estimés.

Cette réalité qui a déjà incité la Banque centrale de Tunisie (BCT) à réviser à la baisse ses prévisions de croissance attendue pour 2014, à 2,4% contre 2,8% prévus initialement, donne les signes d’une fragilité qui a été reconnue récemment par le chef du gouvernement Mehdi Jomaa dans une interview à Reuters lorsqu’il a indiqué que le pays a besoin d’au moins trois ans pour que la relance économique soit à l’ordre du jour. La reprise reste tributaire de la mise en place des réformes fondamentales et douloureuses et des décisions courageuses que les partis politiques n’évoquent qu’évasivement parce qu’elles sont par essence impopulaires.

Elles toucheraient notamment la baisse des subventions, la modification du système fiscal, et surtout la remise du pays au travail. Or ces orientations toucheraient aux petits privilèges acquis par les Tunisiens depuis la Révolution: recevoir le plus, donner et travailler le moins.

Wiem Thebti

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